Jeudi 24 juin 2021

INDE : Atteinte du Covid, elle raconte son passage à l’hôpital public

Par lepetitjournal.com de Chennai | Publié le 11/05/2021 à 01:00 | Mis à jour le 11/05/2021 à 01:00
Photo : photo d'illustration, Hôpital en Inde
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Prya, une Indienne de 67 ans vit à Chennai depuis toujours. Avec sa belle-fille, elle vient de traverser une période de contamination qui la marquera beaucoup. Récit.

 

A l’écart du virus, elle est testée positive

Prya est une élégante indienne de 67 ans, née à Chennai et qui y a toujours vécu. Elle partage avec son fils, sa belle fille et son petit-fils de 6 mois un appartement de 3 pièces, loué dans le quartier d’Arumbakam. Même si quelques cas de COVID avaient été déclarés depuis 2020 dans son entourage, Prya ne craignait pas la contamination. « Je suis en bonne santé, je prépare tous les matins une décoction de plantes pour renforcer mes défenses naturelles et je sors peu de mon logement ». Les conditions réunies selon elle pour se tenir à l’écart du virus. 

Il y a quelques semaines, l’entreprise de son fils demande à chaque salarié de se tester car plusieurs d’entre eux sont déclarés la maladie. Le test s’avère négatif mais peu de jours après, sa femme devient fiévreuse et perd l’odorat. Prya et sa belle-fille sont contaminées. La fiabilité des tests n’est pas garantie et le fils présente une forme asymptomatique de la COVID.

Rapidement, Prya se sent très fatiguée. Ses muscles et articulations sont douloureux et elle perd le goût et l’odorat. Son médecin traitant s’inquiète de l’évolution de son état et se démène pour trouver une place dans un hôpital. Après de multiples appels et démarches, une ambulance la conduit à plus de 20 kilomètres de chez elle, dans un hôpital public, entièrement dédié aux malades COVID.  Prya ne nécessite pas de soins intensifs respiratoires mais la fièvre aigue et sa grande faiblesse inquiètent les médecins. Elle est installée dans une unité d’une vingtaine de patientes, jeunes et moins jeunes.

 

 

Le quotidien à l’hôpital public

La chambre est propre. Les sanitaires sont communs. Une femme de ménage est chargée de l’entretien. Chaque patiente prend ses repas dans son lit. Au petit déjeuner et au déjeuner, même menu : une soupe Sambar. Le soir, des galettes. Un de ses frères réussit à lui transmettre un colis de victuailles pour améliorer l’ordinaire mais la plupart des femmes de l’unité se contentent de ces repas peu appétissants et peu rassasiants.

Un médecin passe tous les jours pour examiner les malades. Lui et son équipe sont protégés de la tête aux pieds. Les échanges se font à distance. Difficile de lire sur le visage des professionnels ce qu’ils pensent. Prya se remémore aujourd’hui avec tendresse le seul contact humain chaleureux de ce séjour hospitalier : un jeune garçon qui, tous les matins, faisait la distribution des tisanes. Il n’avait pas le droit à l’équipement des autres intervenants et ne portait qu’un masque et des gants. Il approchait chaque lit et réconfortait par ses paroles et regards. Prya n’en veut pas à l’équipe médicale dont elle comprend la fatigue et l’inquiétude par rapport à sa propre santé, mais l’ambiance tendue et peu compatissante a accentué son stress et son angoisse.

 

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Photo d'illustration, hôpital à Pune. 

 

Face au manque de personnel, les patientes doivent se rendre toutes seules, à pied aux lieux d’examens sanguins et de radiologie. Une épreuve pour la plupart d’entre elles, très affaiblies. Après dix jours, Prya peut regagner sa maison en payant les 400 roupies de transport. Le lendemain, la police de Chennai vient contrôler sa présence au domicile et affiche à la porte un avis de contamination. Vingt jours de quarantaine pour toute la famille.

 

Un virus destructeur de relations humaines

Prya n’a pas retrouvé l’odorat et se sent toujours très faible. Elle a peu d’appétit et son moral est au plus bas. Pour préserver le bébé, la famille a décidé de ne plus le prendre dans les bras et de porter en permanence un masque. Le bébé ne tête plus sa maman. Il réagit violemment à ce changement de relations et pleure en permanence. Prya dit que le virus lui vole l’amour de ses proches. Plus de contacts physiques, plus de sourires et de rires. Les appels téléphoniques de ses amis et parents ne parviennent pas à la réconforter. Elle ressent une certaine distance et gêne dans les échanges. Pour elle, le virus est un destructeur des relations humaines. Plus que les conséquences physiques, c’est l’isolement social et la perte de confiance en l’autre qui sont les plus préjudiciables…

 

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