Mercredi 26 janvier 2022
TEST: 3629

Voyager en Inde : prendre le train pour traverser le Tamil Nadu

Par lepetitjournal.com de Chennai | Publié le 16/11/2021 à 01:01 | Mis à jour le 16/11/2021 à 01:01
Le logo de Indian Railways

Voyager en train sur une longue distance peut paraître une aventure délicate en Inde : comment se repérer dans le réseau ferroviaire, comment réserver une place, les horaires sont-ils fiables, l’hygiène et le respect des règles sanitaires sont-ils garantis… autant de questions qui n’encouragent pas à opter pour ce moyen de transport. Anne Mathilde et sa famille n’ont pas hésité. Ils vous racontent leur expédition, avec des détails pratiques sur comment faire et un compte rendu qui permet de réviser les à priori injustement négatifs sur le transport ferroviaire indien.

 

700 km séparent Chennaï de Nagercoil, à la pointe sud de l’Inde, un trajet d’environ 14h que ce soit en voiture… ou en train. Alors pourquoi pas en train de nuit ? 

 

Réserver des billets de train en Inde

L’aventure commence par la réservation des billets. Deux possibilités s’offrent au voyageur :

  • au guichet en gare,
  • par internet, via le site de l’IRCTC : “Indian Railway Catering & Tourism Corporation (Limited)”.

 

Pour la réservation par internet, il faut s’armer de patience, prévoir de créer un compte avec identifiant et mot de passe, avoir un numéro de téléphone, un moyen de paiement indien et un passeport pour les expatriés. Parés ? 

Identifier la gare de départ et celle d'arrivée sur le site de l'Indian Railway Catering & Tourism Corporation

Le premier défi sur le site est d’identifier la gare de départ, puis celle d’arrivée dans la (très étendue) liste des abréviations proposées. 

Au départ de Chennai, pour un voyage moyenne-longue distance intra-état, on embarquera à Chennai Egmore et pour un voyage inter-état, ce sera à Chennai Central.

Egmore et Central se ressemblent beaucoup : monuments néo-gothiques du début du XXème siècle en briques rouges et toits blancs, emblématiques de l’époque coloniale. Mais à l’intérieur de ces bâtiments d’époque, les panneaux d’affichage sont modernes et digitaux, indiquant les départs et arrivées, quais et compositions des trains en toute lisibilité anglaise. 

 

Gare de Chennai Egmore en Inde

 


Choisir la catégorie de siège / couchette dans un train en Inde

Le second défi - de taille-  et de BIEN choisir la catégorie de siège / couchette. Tout le confort et le plaisir du voyage en dépendent.

Le voyageur en recherche de tranquillité ou de sécurité accrue optera pour l’AC First Class = appelée 1A, soit 2 à 4 couchettes en compartiment entièrement fermé de l’intérieur.

L’AC 2 Tier = appelée 2A se compose de six couchettes de part et d’autre de l’allée centrale sur toute la longueur du wagon. C’est sans autre séparation qu’un simple rideau et c’est inexistant dans les voitures les plus anciennes. 

Reste à choisir son train en fonction de la date et l’horaire, régler … et préparer sa valise ! 

 

Attention au départ !

Chennai – Nagercoil : Traversée du Tamil Nadu en train de nuit

Nous avons embarqué dans le MS QLN EXPRESS un soir de septembre, dans une atmosphère humide, bruyante et agitée. Les alentours de la gare fourmillaient d’activité, mais le mouvement général était fluide. Notre chauffeur nous a déposé rapidement à l’extérieur de la gare et nous avons suivi la foule jusqu’au premier quai, sans passer par le hall, fermé au public.

Le panneau des départs nous a envoyés vers la « plateforme » 8. Jusqu’à ce que nous soyons douillettement installés, plusieurs personnes se sont arrêtées pour nous proposer leur aide et s’assurer que nous étions dans la bonne direction.

Quand nous sommes montés à bord de notre train, jaune incertain sous l’éclairage au néon, il faisait l’objet de soins particuliers : remplissage des réserves d’eau pour les sanitaires (qui seront vidangés et approvisionnés plusieurs fois pendant le trajet) et contrôle des climatisations par le technicien dédié (qui fera le voyage avec nous). Le haut-parleur répétait les annonces de départ et d’arrivée encourageant les voyageurs à respecter les distances de sécurité… A l’intérieur du train, le port du masque était respecté. Sauf au moment du casse-croute, bien-sûr.

 

On s’installe : le nez au vent par la porte ouverte. 

Nous avons quitté Chennai Egmore pile à l’heure !

Jusqu’au départ, et même encore après, les vendeurs ambulants arpentaient nerveusement les wagons et les quais proposant thé, café, soda, biscuits, snacks et portions de riz. Dès que le train s’est élancé, les voyageurs ont déballé les provisions et attaqué leur repas.

Pendant que la plupart se régalaient, nous regardions Chennai défiler par les portes grand-ouvertes.

Quel bonheur, désormais impensable dans nos contrées d’Europe, de pouvoir se pencher à l’extérieur pour sentir le vent sur son visage, s’émerveiller des lumières de la ville, guetter les passages à niveau et répondre aux signes de mains. Parfois des odeurs désagréables tempéraient un peu notre plaisir, mais jamais pour longtemps. La nuit étincelait de mille feux. 

Dans des trains plus récents, les portes sont fermées, ce que nous avons découvert avec déception lors du voyage retour. Pour l’heure, la voiture dans laquelle nous avions pris place datait de 2006, comme écrit à l’arrière de celle-ci. Mais elle semblait sans âge. Certains équipements fonctionnaient, d’autres pas. La climatisation soufflait bruyamment, de même que les ventilateurs accrochés au plafond. Les veilleuses individuelles éclairaient plus ou moins et les prises individuelles rechargeaient ou pas, selon une loterie cosmique imprévisible.

L’ensemble était propre, y compris les sanitaires en inox. Il y avait du papier dans les toilettes, de l’eau et du savon, de grands sacs poubelle accrochés aux soufflets entre les wagons, qui se sont vites remplis avec les restes de repas. Tout a été changé et lavé pendant les arrêts de nuit. 

 

A l'interieur d'un train couchette en Inde


 

Bercés par les bruits du train...

 

Le contrôleur, assisté du technicien de la climatisation n’a pas tardé à nous rendre une aimable visite. Sur son grand listing en papier, il a trouvé nos noms en clin d’œil. Il n’a exigé ni passeport, ni E-ticket, simplement demandé le rituel « Where are you from ? » … Où allions-nous, ça, il le savait déjà… Il a continué sa tournée d’inspection.

Peu après son passage, l’ambiance du wagon, déjà calme dans l’ensemble, s’est assoupie davantage avec l’extinction des feux. Nous avions été prévenus que pour des raisons sanitaires, I’IRCTC ne fournissait plus la literie, à savoir oreillers, draps et couvertures. Nous avions misé sur les vestes polaires et les serviettes de bain en dry-fit pour nous tenir chaud. Les sac-à-dos ont servi d’oreiller. Nos compagnons voyage se sont enroulés de la tête-aux-pieds dans d’amples cotonnades colorées, les enfants collés à leur mère, se métamorphosant en cocons géants. Les bruits du train et de la ventilation nous ont bercé de gare en gare, un peu plus d’une quinzaine avant d’arriver à destination. 

 

Arrivés en avance sur l’horaire prévu

 

Quand nous sommes descendus du train à Nagercoil, le soleil brillait depuis longtemps.

Son lever s’était accompagné du retour des vendeurs ambulants. Le voyageur prévoyant avait économisé ses billets de dix roupies en prévision des dépenses du voyage : thé ou café, biscuits, samossa et les incontournables idli. Nous avons goûté et comparé avec gourmandise le chaï parfumé à la cardamome et le café saturé de sucre et de lait.

En regardant par la fenêtre, le paysage nous a surpris par ses innombrables éoliennes parsemant les collines sur des dizaines de kilomètres. Nous avons aussi constaté que les voies avaient été entièrement refaites, le ballast et les traverses usagés s’empilant à intervalles réguliers le long du chemin. Autant de traces de modernité à la conquête des campagnes encore très traditionnelles qui s’étalaient sous nos yeux curieux.

Malgré ses nombreux arrêts nocturnes, le train avait gagné quarante-cinq minutes sur l’horaire. Ce qui nous avait échappé, jusqu’à ce qu’il s’immobilise devant le panneau « Nagercoil » indiquant que nous étions arrivés à destination très en avance.

Heureusement que les arrêts durent plusieurs minutes. Nos sacs bouclés en un tour de main, nous avons quitté notre compartiment et nos compagnons de route.

Cependant que nous achevions notre périple vers l’extrême sud de l’Inde en voiture, le MS QLN EXPRESS repartait vers le nord en longeant la frontière avec le Kerala. Où il finit sa course ! L’Inde n’est sûrement pas à une contradiction près et ce mystère de dernière minute avive davantage notre plaisir enfantin au souvenir de ce voyage en train de nuit. 

 

 

un train en Inde

 

 

Informations pratiques :

Réserver / annuler son billet de train sur le site de l'IRTC

Décrypter la liste des gares et les numéros des trains

Choisir la bonne classe de compartiment, plusieurs sites expliquent les catégories de billet dans les trains indiens : tripsavvy ou trainspread ou trainman

 

 

Bon voyage

 

 

Nous vous recommandons
logo

lepetitjournal.com de Chennai

Lancé en août 2019, ce quotidien en ligne s’adresse à l’ensemble des Français et Francophones à Chennai, en expatriation, en voyage ou ayant l'intention de venir.
0 Commentaire (s) Réagir

Que faire à Chennai ?

DÉCOUVERTE

Le SIKKIM, un paradis indien 

Christine Sigot nous fait partager son enthousiasme pour le SIKKIM, petit état indien blotti dans les contreforts himalayens, qu’elle a découvert avec son mari pendant les fêtes de fin d’année 2021.

Expat Mag

Varsovie
POLITIQUE

Pologne, la rentrée politique chaotique décryptée par Nicolas Maslowski, politologue

Affaire Pegasus, Nowy Ład, autoritarisme, révolution conservatrice, Union européenne, état de droit : états des lieux avec Nicolas Maslowski, politologue, sociologue et directeur du CCFEF à Varsovie