Bonjour India : Dawaldi, disciple de Cartier Bresson expose ses photos de Paris

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 02/06/2022 à 00:45 | Mis à jour le 02/06/2022 à 10:14
Affiche de l'exposition Dalwadi a trip to France

Dans le cadre de Bonjour India 2022, le festival organisé par l'Institut français, le réseau des Alliances Françaises et l'ambassade de France, une exposition de photos du Professeur Parmanand Dawaldi prises à Paris en 1970 est actuellement en tournée en Inde. 

 

Après Ahmedabad, Bhopal, Bombay, Chandigarh, Delhi, Pune, et d’autres villes, l’exposition est actuellement à Hyderabad et sera à Bangalore à partir du 6 juin puis à Calcutta et Jaipur. 

 

Voici le témoignage d’une Française qui a visité l’exposition à Hyderabad :

 

Dans le cadre du festival Bonjour India 2022, l’Alliance Française de Hyderabad nous offre avec l’admirable professeur Dalwadi un joli voyage photographique dans la France des années 70.
Un voyage rafraîchissant, plein d’humour, inspiré par le travail d’Henri Cartier-Bresson et l’idée de la capture de « l’instant décisif »… ou de l’instant volé parfois, peut être, aux « Amoureux des bancs publics »
Une France que je n’ai pas vécue mais qui m’a vue grandir…
Je vois dans ces années 60, années 70, une certaine insouciance, une légèreté, une jeunesse sans doute portée par la souffrance de la génération précédente qui a vécu le manque et la tristesse de notre histoire. Une jeunesse en attente d’un avenir meilleur, qui bouleverse les codes, la société, et la provoque dans la rue. Ces années sont celles de mes parents, pas les miennes. Il y avait une certaine intelligence qui n’est plus… Et puis il y avait d’autres  révolutions: celle de la mode et de la musique!!!

L'exposition Dawaldi a trip to France à Pune
L'exposition à Pune - credit photo Alliance Française de Pune

 

L’exposition Dalwadi, a trip to France en tournée dans 11 villes indiennes

Les photographies de Paris réalisées par Dawaldi dépeignent la capitale française telle que la vivaient les Parisiens de l’époque : manifestations et célébrations, scènes de rue dans les cafés, sur les ponts et dans les stations de métro, expressions libérales d'amour et autres images illustrant la charmante vie publique de la ville il y a cinq décennies. 

Cette exposition démontre l'aboutissement poétique de l'alliance entre Cartier-Bresson et Dalwadi et est un témoignage attachant de la façon dont le style et la perspective uniques de l’artiste français ont influencé le photographe indien.

 


L'Alliance Française d'Ahmedabad, qui a piloté la tournée indienne de Dalwadi dans le cadre de Bonjour India 2022, envisage de faire voyager l'exposition en France et, à cette fin, est en recherche de partenaires.


 

Parmanand Dalwadi à l'inauguration de a trip to France à Pune
Le professeur Dalwadi - credit photo : Alliance Française de Pune

 

Parmanand Dalwadi, un photographe ayant un penchant pour la capture spontanée

Parmanand Dalwadi obtient son diplôme en beaux-arts à l'université Maharaja Sayajirao de Baroda en 1963. Le passage à la photographie s'est fait la même année lorsqu'il a rejoint le National Institute of Design d'Ahmedabad, alors naissant. Dalwadi y a obtenu son diplôme en communication visuelle en 1968, mais sa carrière dans la photographie avait déjà pris un nouveau tournant lorsqu'il a assisté le photographe français légendaire Henri Cartier-Bresson lors de sa tournée en Inde en 1965.

Henri Cartier-Bresson l'a ensuite invité à Paris en 1970 pour travailler avec le célèbre Pierre Gassmann. "Bresson était connu pour son moment décisif en photographie et j'avais moi aussi ce penchant pour la capture spontanée", explique Dalwadi, qui a également travaillé pour la célèbre agence Magnum Photos à Paris.

 

Photo de l'exposition Dawaldi a trip to France
@Parmanand Dawaldi

 

La description des relations humaines a été le point culminant des photos de Dalwadi. "Cela a été possible", dit-il, "en découvrant Paris par la rue et la France par la route pendant un séjour de neuf mois". Il a exploré Londres, l'Italie et Francfort de la même manière.

 

Je ne suis resté que neuf mois en France. Chaque jour passé à Paris, je marchais dans les rues avec mon Nikon F. Je me fondais simplement dans la foule et devenais invisible, de sorte que mes sujets ne savaient pas que je les prenais en photo. Ce n'est pas comme si je gaspillais des photos. Les pellicules étaient très chères à l'époque, j'avais donc un nombre limité de rouleaux. Je devais être patient, attendre le bon moment, celui où la spontanéité, l'inconscience et l'étincelle de l'émotion la plus pure et la plus brute apparaissent sur le visage de mes sujets. Et je le faisais en me tenant à quelques mètres d'eux. Pour un cadre parfait, le conscient et l'inconscient doivent se rencontrer.

C'est cette approche psychologique des hommes qui rend les images de Dalwadi captivantes. Les lieux des prises de vue transmettent aussi un message comme celui du cliché intitulé "Women sit on the power of men" (les femmes s'assoient sur le pouvoir des hommes), qui montre des femmes attendant à un arrêt de bus, avec le mot "manpower" inscrit derrière elles.

 

Il ne s'agit pas de technique, mais de sentir le pouls visuellement. C'est quelque chose que même le meilleur appareil photo numérique peut ne pas obtenir. La technologie est bonne pour ajouter des effets, mais le cadre principal doit vous parler.

Lors de l’inauguration de l’exposition dans les différentes villes dans lesquelles elle a déjà été présentée, Dawaldi a expliqué qu'il n'avait pris que des photos en noir et blanc pour des raisons économiques et non par choix esthétique : "Les pellicules photo étaient chères et je ne pouvais pas me permettre de n'acheter que de la couleur. Je me privais souvent de repas pour pouvoir acheter une pellicule".

 

Une photo de l'exposition Dawaldi a trip to France
@Parmanand Dawaldi

 

Grâce à une bourse de la Fondation Ford, il a pu voyager dans toute l'Europe et économiser de l'argent pour acheter des pellicules et prendre des photos. C'est également à Paris qu'il a rencontré sa femme, le Dr Radium Bhattacharya, décédée en 2009. "Nous étions ensemble depuis 32 ans. Elle était oncologue, mais elle est décédée des suites d'un cancer", explique-t-il.

 

Parmanad Dawaldi a enseigné la photographie à l'école d'architecture d'Ahmedabad en conseillant aux photographes en herbe d'apprendre comment et quoi voir. "La première chose peut se faire par le biais de l'appareil photo, mais la seconde ne peut se faire que par l'esprit. La photographie est un art visuel. Je dis à mes étudiants de lire beaucoup, de voir des photos de différents photographes, de comprendre ses effets et de réagir à cette photographie.

 

Parmanand Dalwadi a été président de l'Alliance française d'Ahmedabad pendant 6 ans.

 

Les voyages d’Henri Cartier-Bresson en Inde et son influence sur les photographes indiens

L'instant décisif. La photographie spontanée. La photographie de rue. Henri Cartier-Bresson est connu comme le père de plusieurs sous-genres et le détenteur d'innombrables titres dans l'art et la pratique du photojournalisme et il jouit d'une grande popularité dans le monde entier. En Inde, Cartier-Bresson est probablement à la photographie ce que Shakespeare est à l'anglais.

Dans le cadre de ses déplacements professionnels à travers le monde, Cartier-Bresson a effectué six voyages mémorables en Inde au cours des deux décennies qui ont suivi l'indépendance du pays. Ses premières visites dans la nation nouvellement libérée avaient pour but de documenter la vie et les événements politiques, comme la disparition du Mahatma Gandhi. Dans ce qui fut un "moment décisif" prolongé à lui seul, Cartier-Bresson a d'abord photographié Gandhi une semaine avant son assassinat, puis a couvert les funérailles du leader.

 

livre de photos de Cartier Bresson en Inde

 

En 1965, le célèbre photographe, connu pour ses images représentant des vignettes de la vie à Srinagar, Ahmedabad et Jaipur, entre autres, fait à nouveau le tour du pays, cette fois en traversant le nord de l'Inde. Son compagnon de voyage est un jeune diplômé des beaux-arts du Gujarat, Parmanand Dalwadi, qu'il a rencontré au prestigieux National Institute of Design.

Parmi les nombreux jeunes artistes visuels qu'il a encouragés à se lancer dans la photographie en Inde, Dalwadi a été choisi par Cartier-Bresson pour travailler à Paris aux côtés du légendaire photographe Pierre Gassmann. Ce dernier est également célèbre pour avoir photographié Cartier-Bresson lui-même, un homme connu pour son extrême répugnance à être photographié. 

 

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