Édition internationale

SOCIAL - Le sourire des enfants du bois

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

En complément de ses nombreuses actions pour aider les enfants du Cambodge, l'association « Les Enfants du Sourire Khmer» a permis l'ouverture d'une école de menuiserie, tout près de Kompong Speu. Quelques semaines après la première rentrée des classes, nous nous y sommes rendus pour découvrir son fonctionnement

L'école du bois, vaste bâtiment à quelques kilomètres de Kompong Speu (crédit: LPJ Cambodge)

Dans la voiture qui nous mène à 40 kilomètres au sud-est de Phnom Penh, madame You, déléguée générale de l'ONG « Les Enfants du Sourire Khmer », paraît intarissable au sujet de l'école du bois que nous allons visiter : « L'objectif de ce projet, imaginé en 2006, est la formation professionnelle, chose qui n'existait pas jusqu'alors au Cambodge. Nous avons choisi le métier de menuisier, car il s'agit ici de valoriser une ressource qu'offre le pays. Dix-huit élèves, âgés de 15 à 22 ans, ont commencé les cours en septembre dernier. » A nos côtés dans le véhicule, Masahiro Watabe, un architecte japonais. Ce dernier a conçu bénévolement les plans de l'école. Il vient aujourd'hui pour vérifier la bonne tenue de la construction. Initié par « Les Enfants du Sourire Khmer » (dont la présidente n'est autre que Kénory You, la fille de Mme You), le projet a été financé par la Fondation Air France, la Caisse Dépôt et Consignation, l'association Amalyde et quelques autres bienfaiteurs privés.

Madame You, aux côtés d'une partie des élèves (crédit: LPJ Cambodge)

Jusqu'à 50 kilos de riz en 10 jours
Au bout d'une petite route en terre, apparaît enfin l'école. Ses abords sont déserts. « Nous arrivons en pleine heure de cours. Les élèves sont en classe ou bien en atelier pratique dans la scierie » explique madame You. On en profite donc pour nous faire visiter les lieux. Construit sur deux étages, le bâtiment sert aussi de lieu d'hébergement. Aux élèves bien sûr, mais également à des professionnels francophones. Ces derniers se sont relayés pendant un an et demi pour enseigner le métier de menuisier aux trois formateurs que compte l'école. A l'étage, la boiserie est omniprésente. Cloisons, portes coulissantes, meubles et toitures sont conçus dans cette matière et donnent un certain cachet au lieu. « Ce sont les premières réalisations des formateurs » nous révèle Mme You.

Des élèves épanouis
Au rez-de-chaussée, nous découvrons la salle de classe. Une petite dizaine d'élèves écoute religieusement le formateur en plein cours théorique de menuiserie. Mme You les salue et ne manque pas d'entamer une discussion avec l'enseignant. Il y est question des cours inculqués. La représentante de l'association vient elle-même donner des leçons de cambodgien aux élèves. Une fois sortie de la salle, elle nous confie : « Ça me fait vraiment plaisir de les voir ici. En plus, ils ont l'air de bien s'entendre. Quand ils sont arrivés il y a quelques semaines, ces jeunes étaient amorphes, très réservés. A présent, ils resplendissent ! L'air de la campagne, l'apprentissage et la nourriture leur fait le plus grand bien. »  D'après ses calculs, les pensionnaires engloutissent jusqu'à 50 kilos de riz en 10 jours ! Quand on dit que le travail creuse l'appétit.
Tous ces jeunes ne sont pas là par hasard. Orphelins ou très pauvres, ils ont pu intégrer l'école du bois par le biais de différentes associations locales, dont certaines sont déjà aidées par « Les Enfants du Sourire Khmer ». Après avoir accompagné certains dès le plus jeune âge, l'ONG s'attache désormais à faciliter leur entrée dans la vie active. L'implantation de cette école de menuiserie dans la province de Kompong Speu n'est pas non plus anodine. Proche de Phnom Penh, « cette région est très sèche et sans doute l'une des plus déshéritées du pays » d'après Mme You.

Sous l'?il avisé du formateur, les jeunes s'initient aux travaux de menuiserie (crédit: LPJ Cambodge)

Créer son entreprise
Pour tous ces jeunes, cette école du bois est une vraie chance. Ils en ont d'ailleurs conscience. Nous allons le constater un peu plus tard dans leur application à la tache. Pendant que l'architecte japonais et la déléguée générale de l'association s'entretiennent avec le constructeur sur les divers problèmes restant à régler (remblai de terre à finir, puits d'eau hors d'usage, fosse septique qui déborde), nous nous rendons à la scierie. Celle-ci n'est pas la propriété de l'école, mais celle d'un entrepreneur voisin qui met gracieusement son matériel électrique à disposition des élèves. Dans un vaste hangar où s'affairent quelques employés, nous franchissons des allées jonchées de planches, de copeaux, de billots et d'ouvrages de bois. Tout au fond, une dizaine d'élèves en plein travail. Par groupes de deux ou trois répartis sur différentes machines, ils s'exercent sur des petites pièces de bois, découpent, mesurent, vérifient leur plan, découpent à nouveau, strient? Le métier est en train de rentrer, sous l'?il avisé d'un formateur. Les plus doués pourront aborder l'an prochain l'ébénisterie. D'ici là, l'école possèdera sans doute son propre atelier, qu'elle projette de construire sur ce fameux remblai. A leur sortie de l'école, les élèves pourront alors créer leur entreprise ou profiter du boom de l'immobilier au Cambodge. Et Mme You de préciser : « Tout en sachant que notre association sera présente pour les soutenir lors de leur entrée dans la vie active. »

Une école en plein développement
De retour au bâtiment principal, formateur, architecte et constructeur s'échinent à faire fonctionner le puits. Sans réussite. Tout n'est pas encore parfait et il reste quelques travaux pour que l'école soit vraiment terminée. Ainsi, l'électricité n'est présente pour le moment que deux heures par jour. Et en attendant que le puits fonctionne, l'association fournit les fonds nécessaires à l'achat de bombonnes d'eau. Toutes les semaines, Mme You vient ainsi renflouer les caisses de l'école pour permettre l'achat de nourriture ou de matériel scolaire. « Si tout va bien, nous devrions nommer bientôt un directeur pour cette école. Il s'occupera de cette gestion du quotidien » annonce-t-elle. La journée touche à sa fin. De retour de l'atelier, les élèves peuvent à présent se détendre. Deux d'entre eux enfourchent des bicyclettes, tandis que d'autres regardent passer avec intérêt un chariot qui ramène chez elles des filles du collège voisin. Bientôt, le xylophone se met à résonner et une partie de ballon s'improvise. Les éclats de rires se propagent. Avec tous ces sourires, une part de l'objectif est déjà remplie pour l'association « Les Enfants du Sourire Khmer ».

Pierre-Olivier Burdin (LePetitJournal.com Cambodge) lundi 5 janvier 2008

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Publié le 6 janvier 2009, mis à jour le 9 janvier 2018
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