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PORTRAIT - Somanos Sar, après la douleur, l'inspiration

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

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Passionné d'aviation, domaine dans lequel il exerce sa profession, Somanos Sar l'est aussi par la littérature. Dans des registres différents, ses deux premiers livres ont été remarqués. A travers l'écriture, c'est un parcours douloureux dont témoigne l'auteur

Entouré par des étudiants cambodgiens, l'auteur dédicace son dernier livre L'ombre d'un doute (crédit: Martine Verrot)

Déjà la deuxième distinction pour Somanos Sar. Après le prix Tropique décerné par l'Agence Française de Développement pour son premier ouvrage Apocalypse Khmère, l'auteur cambodgien s'est vu remettre en 2008 pour L'ombre d'un doute, le prix littéraire de l'association française Phnom Penh Accueil. D'abord édité en français, ce dernier vient d'être traduit en khmer. A l'occasion de sa venue en décembre au Centre Culturel Français de Phnom Penh, Somanos a pu mesurer le succès de cette initiative. Pas moins de 120 volumes, mis en vente à 1 dollar, ont été achetés par les étudiants cambodgiens présents ce jour-là. « En France, la sortie de ce livre est passée inaperçue » nous dit pourtant l'intéressé.

Tragédie familiale
Lunettes sur le nez et cheveux épais, les traits juvéniles de l'écrivain ne trahissent pas ses 43 ans. Sa voix est teintée d'un accent typique de la région parisienne où il vit aujourd'hui. Somanos est pourtant né au Cambodge. Alors qu'il n'a que dix ans, le régime Khmer Rouge accède au pouvoir. Sa famille, plutôt aisée, fait partie des élites que « l'année zéro » va mettre à mal. L'enfant doit partir se réfugier dans la province de Takeo avec ses soeurs, non sans avoir été séparé de son père et de son frère au préalable. Sa mère, partie pour un stage d'infirmière en Belgique est, quant à elle, coincée en Europe. Elle aura au moins évité la tragédie qui attend sa famille : « Dans notre lieu de retraite, ma s?ur a succombé à la maladie. A mon retour à Phnom Penh, une fois les Khmers Rouges partis, j'ai appris que mon père et mon frère avaient été exécutés. Mes cousins m'ont alors pris sous leur aile. Tout ça, c'est l'histoire que je raconte dans mon premier livre, Apocalypse Khmère. »

En 1982, Somanos finit par retrouver la trace de sa mère. Celle-ci, naturalisée française, parvient à le faire venir à Paris, à l'âge de 17 ans. « Je ne parlais pas un mot de français, cela a été un choc culturel, se rappelle-t-il. J'ai dû trouver rapidement mes repères. » Son adaptation est une réussite. Le jeune homme accomplit de brillantes études : « J'ai vite compris que ce serait mon salut et j'étais sans doute fait pour ça » Fort d'un DESS de micro électronique, il devient ingénieur dans l'aviation civile et passe son brevet de pilote. Il renoue ainsi avec l'un de ses rêves d'enfant, sans doute influencé par un oncle pilote d'avion. Mais une autre passion le dévore : « J'ai toujours eu en moi le goût pour la lecture et l'écriture. Après les Khmers Rouges, Phnom Penh est devenu un désert culturel. Tous les livres avaient été détruits. Alors je courais après la moindre feuille qui volait dans la rue pour pouvoir la lire ! » En France, il comble enfin son manque. C'est de science-fiction et d'imaginaire qu'il se délecte avec les oeuvres d'Asimov, Tolkien, Barjavel ou Herberts.

Somanos Sar au côté du traducteur khmer de son ouvrage (crédit: Martine Verrot)

« La mémoire ne doit pas être un poison »
Deux ans seulement après son arrivée dans l'Hexagone, Somanos songe à prendre la plume lui aussi. « Je voulais écrire en français, mais je me suis vite aperçu que je n'avais pas encore un assez bon niveau » avoue-t-il. Il place alors cette envie entre parenthèses et se concentre sur ses études. En 1997, ce besoin d'écrire le reprend, précisément au moment de la naissance de ses enfants : « J'ai voulu leur transmettre une mémoire, mais lavée de la souffrance et de la haine. Selon moi, la mémoire ne doit pas être un poison, mais une richesse à partager. Bien sûr, j'ai beaucoup souffert en écrivant ce livre, mais quand on comprend pourquoi tout ça s'est passé, on accepte mieux la souffrance. » Apocalypse Khmère sort ainsi en 2003, suivi quatre ans plus tard du deuxième ouvrage de l'auteur, L'ombre d'un doute. Bien que ce dernier soit un roman étiqueté thriller, il y persiste une trace du passé de l'auteur : « Le récit est un prétexte pour bâtir un pont entre la France et le Cambodge, car je suis issu de ces deux pays. Le fond du livre est aussi un hommage métaphorique à ma grande s?ur, qui s'est sacrifiée pour nous. »

Tout en continuant son activité dans l'aviation, Somanos ne compte pas s'arrêter là. Convaincu « qu'à l'inverse de la télé ou du cinéma, un livre permet de prendre le temps de la réflexion », il prépare déjà deux autres ouvrages. Le premier, inspiré du conte pour enfants cambodgien, Thmemg Chey, le petit diable cambodgien, devait sortir en janvier prochain. L'autre, un roman ayant pour théâtre la période de guerre au Cambodge dans les années 70, est encore en cours d'écriture. Attaché à son pays natal, Somanos y puise aussi sa principale source d'inspiration.

Pierre-Olivier Burdin (LePetitJournal.com Cambodge) lundi 22 décembre 2008

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Publié le 22 décembre 2008, mis à jour le 9 janvier 2018
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