

Après un 14 Juillet réussi dans les jardins de l'ambassade, le Petit journal a rencontré M. Jean-François Desmazières, ambassadeur de France au Cambodge. Il dresse ici un premier bilan de ses 12 mois en pays Khmer et invite les entreprises françaises à profiter d'une "croissance économique accélérée"
(Crédit: Ambassade de France)
LPJ : Monsieur L'Ambassadeur, quelles sont vos impressions après votre première année passée au Cambodge ?
J-F. D : Ce qui m'a immédiatement frappé ici, c'est le dynamisme économique du pays. D'autant que mon dernier contact avec le Cambodge remontait à 1993. Le Royaume est aujourd'hui dans une phase de croissance économique accélérée. Celle-ci, surtout visible à Phnom Penh, est en réalité un processus de rattrapage de ses voisins asiatiques. Le deuxième élément à souligner est le rôle extrêmement important des Franco-khmers. Ils animent et nourrissent la relation entre nos deux pays. A nous de voir comment les aider et les accompagner.
On observe au Cambodge une multiplication des investissements asiatiques. Cela indique-t-il une perte d'influence de la France dans l'économie cambodgienne ?
La reconstruction du Cambodge date des accords de Paris. Et s'il n y a pas de place pour les sentiments dans les relations économiques, la France est tout de même le premier partenaire européen du pays que ce soit dans les domaines de l'investissement, du commerce ou du tourisme. De plus, les statistiques ne rendent pas compte de toute la réalité parce que les bases des entreprises françaises peuvent justement se trouver à Bangkok ou au Vietnam. Dans un monde globalisé il est plus difficile qu'autrefois de distinguer ce qui est français de ce qui ne l'est pas.
Quel message véhiculez-vous aujourd'hui auprès des entreprises françaises ?
C'est maintenant qu'il faut venir ! Le Cambodge décolle, l'économie touristique est en pleine mutation, à l'image de Sihanoukville ou de Phnom Penh. De nombreux acteurs français sont déjà présents avec des groupes comme Accor ou les hôtels Victoria. Mais il faut continuer, car beaucoup de choses restent à faire ici. Nous allons également lancer des missions d'exploration dans le secteur agro-alimentaire, car le potentiel agricole du Cambodge est très important, et il faut absolument le développer dans ce contexte de crise alimentaire mondiale. Il reste aussi d'autres domaines à explorer? En quelques années, l'industrie textile cambodgienne est devenue l'une des plus grosses industries exportatrices de la région.
Les incertitudes qui pèsent sur le Cambodge -Preah Vihear et les législatives- ne sont donc pas un frein à l'investissement ?
Ces incertitudes font partie d'une vision à court terme, or l'économie fonctionne sur des cycles à long terme. Les entreprises qui investissent raisonnent sur la durée. Dans le domaine politique, il y a un consensus au Cambodge pour accueillir les investissements étrangers et pratiquer une économie libérale. Lorsque l'on exporte vers les Etats-Unis et l'Europe, lorsque l'on accueille des touristes, c'est que l'on est un pays ouvert. Le contexte est donc clairement favorable. Pour ce qui est des tensions avec la Thaïlande, je ne ferai pas de commentaire.
Dans un contexte générale de baisse des budgets dédiés a la coopération, comment envisagez vous de maintenir la présence française au Cambodge ?
En réalité l'effort français de coopération continuent d'augmenter mais se repartit différemment. On définit des priorités avec les Cambodgiens car c'est ce qui compte. On peut toujours faire mieux et être plus efficace. Pour le moment ces priorités sont l'agriculture, surtout dans ce contexte de crise alimentaire, et la santé. Mais on va définir un troisième secteur de concentration, on a des rendez vous prévu à l'automne avec les autorités pour réajuster le document cadre de partenariat signé en 2005. On verra à ce moment là comment cette coopération évolue. Les Cambodgiens sont en pleine élection législative, on attend donc le nouveau gouvernement pour commencer ces discussions.
Comment justifiez-vous le fait que la France ne semble pas s'inquiéter de la situation des Droits de l'Homme au Cambodge ?
Le travail diplomatique ne consiste pas nécessairement en de grandes déclarations tonitruantes au micro. On vit dans un monde complexe, vous avez des organisations internationales, des associations, des ambassades bilatérales?Les acteurs se disent ce qu'ils ont à se dire, et cela peut aussi bien se faire en coulisse. La France préside l'Union Européenne pour six mois, et nous avons organisé, à la demande du gouvernement cambodgien, une très grosse mission d'observation dans le pays.
Le budget du 14 juillet a baissé dans les ambassades du monde entier de 36,5 %. Comment avez-vous réussi cette année à organiser une soirée avec autant de succès ?
Il y a effectivement, et de manière tout a fait normal des restrictions de crédit sur le fonctionnement et le train de vie de l'Etat. Il nous incombe alors de déterminer les priorités. Ce n'est pas forcément a l'Etat d'organiser le 14 juillet. Ceci étant, quand on est à Phnom Penh et que l'ambassade est une belle résidence avec un grand parc, il est normal que le 14 juillet se fasse dans le jardin de tous les Français. Il a fallu l'organiser avec la communauté française, ce qui se fait déjà beaucoup dans d'autres pays où se sont les associations qui organisent la fête. Huit associations françaises ont participe à l'élaboration de cette soirée : ADFE, UEFE, CCFC, les trois associations de parents d'élèves, Phnom Penh Accueil, l'association de bienfaisance. Nous avons ensuite demandé l'appui de quelques entreprises, ainsi que celui de la CCFC.
Un mot pour les touristes français venus découvrir le Cambodge ?
Faites très attention a la circulation en moto et à vélo. Ne circulez pas la nuit, cela peut être dangereux, et les accidents sont fréquents. Nous voyons malheureusement encore trop de négligence. Toutes les mesures de précautions sont disponibles sur le site du ministère des Affaires étrangères.
(www.lepetitjournal.com - Cambodge) mardi 22 juillet 2008













