

Le Centre Culturel Français organise pour la seconde année consécutive le Festival Photo Phnom Penh (PPP). Son directeur Alain Arnaudet répond aux questions du PetitJournal.com sur le festival, sa portée et le rapport des Cambodgiens aux évènements culturels
Portrait d'Alain Arnaudet (crédit: Sophie Scher)
Lepetitjournal.com : Quel a été le bilan de la première édition du Festival, et quels changements avez-vous apporté à son organisation cette année ?
Alain Arnaudet : La première édition a reçu un accueil enthousiaste de la part du public, des artistes et des média. Ce premier succès nous a encouragé a préparer dès le mois de décembre 2008 un nouvel événement et y apporter quelques améliorations.
Tout d'abord nous avons souhaité investir le CCF dans l'accompagnement des jeunes photographes cambodgiens qui sont un peu démunis dès lors qu'ils veulent approfondir leurs connaissances et progresser dans leur pratique. C'est pourquoi, en partenariat avec l'Agence Melon Rouge, nous avons lancé le Studio Image. Quatre jeunes et talentueux photographes se sont régulièrement réunis pour préparer un sujet personnel qu'ils ont fait évoluer tout au long de l'année. Les quatre travaux réalisés, d'excellente qualité, seront exposés dans le cadre du festival. Certains ont déjà été publiés dans des magazines cambodgiens et internationaux.
Quels sont les nouveautés, lieux d'exposition marquants et expositions qui vous tiennent à c?ur ?
Tout d'abord nous avons le grand plaisir d'investir la cour de la magnifique Ecole des Beaux Arts de Phnom Penh dans laquelle nous présenterons une exposition et 4 soirées de projections. C'est un privilège et un grand bonheur car nous serons au plus près des artistes de demain. Nous investissons également le très beau marché O Russey dans lequel nous présenterons "photo shop", petites expositions dans les boutiques ainsi qu'une exposition monumentale sur bâche du travail photographique réalisé en résidence par Jean-Christian Bourcart. Nous ferons également naviguer 6 bateaux images sur le Tonlé Sap. Ce devrait être un moment magique...
Les évènements culturels ont parfois du mal à atteindre le public local, quid du festival ? Quel est le rapport des Cambodgiens avec la photo ?
Il est vrai que les Cambodgiens hésitent à pénétrer dans un lieu d'exposition. Nous avons mis en place un important travail de médiation culturelle en partenariat avec le Ministère de l'Education Nationale du Cambodge;ainsi, plus de 600 jeunes étudiants et lycéens de Phnom Penh visiteront les expositions et rencontreront les photographes exposés durant la semaine.
Nous organisons également des projections en plein air dans des lieux clés de la ville : une projection dans le très beau quartier de l'ancienne église française, les soirées à l'école des beaux arts, les expos dans le marché O russey, et enfin la surprenante Nuit de l'Année qui, sur la très fréquentée esplanade du Wat Bothum et sur 12 grands écrans, présentera un an de photographies du monde entier les 5 et 6 décembre. Cet événement avait accueilli plus de 10.000 personnes en 2008.
Les Cambodgiens adorent l'image. Il suffit de pousser la porte des habitations pour s'apercevoir combien la photographie documente la vie des gens, des familles. Certaines maisons sont de véritables cabinets de curiosité agencés de manière très poétique. L'exposition du travail photographique que Sovan Philong a réalisé sur l'ancienne "église française" et qui montre certains intérieurs de ces habitations est très révélateur de cette pratique.
Vous arrivez à attirer de jeunes artistes internationaux, que manque-t-il au festival pour être reconnu au niveau international ?
Nous souhaitons d'abord impliquer la population et les artistes locaux. C'est l'ambition essentielle pour cet événement. Le festival acquerra une notoriété internationale avec le temps et si la qualité et le désir de surprendre est chaque fois au rendez-vous. Les Rencontres d'Arles, que je connais bien, viennent de fêter leurs 40 ans d'existence;leur notoriété ne s'est pas faite en un jour !...
On reproche souvent aux évènements du CCF (Nuits d'Angkor, festival de cirque, fête de la musique etc) de ne pas s'inscrire dans la durée, que répondez-vous à ces critiques ? En quoi le festival photo pourrait changer cette donne ?
C'est un reproche que l'on peut faire à de nombreux événements et institutions de part le monde... J'ajoute que la durée n'est pas forcément un gage de qualité. Le remarquable festival "Les allumées" de Nantes avait été programmé par son directeur, Jean Blaise, pour ne durer que 6 éditions.
Il s'est arrêté en 1996 et est toujours très présent dans la mémoire des Nantais. Il a, en 6 années d'existence folle, fortement contribué à ouvrir cette ville à "l'agitation culturelle".
Les Nuits d'Angkor ont duré 6 éditions, ce n'est donc pas un feu follet. Je pense que cet événement a marqué le renouveau de la danse au Cambodge. Le festival du cirque ne s'est pas arrêté car il est porté par l'ONG Phare Ponleu Selpak à Battambang avec d'ailleurs, le soutien du CCF. La fête de la musique est un événement important, en France. Hélas, ici le 21 juin n'est pas forcément une très bonne date pour organiser un événement dans la rue... En effet, si en France le 21 juin correspond au premier jour de l'été, ici il se situe au début de la saison des pluies... La pluie est la bête noire d'un organisateur d'événements en plein air. Or il n'y a pas de lieu fermé pouvant se substituer à la rue. De plus, à l'intérieur nous perdrions un peu de l'âme de cette fête.
Propos recueillis par Amaury d'Oléon (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) lundi 30 novembre 2009













