

Une nouvelle épicerie fine, Mademoiselle Thyda, s'est ouverte à Siem Reap. Plus qu'une boutique, cet endroit est animé d'une vocation : offrir aux petits producteurs cambodgiens un débouché pour les produits de leur terroir. LePetitJournal.com Cambodge est parti à la rencontre de sa fondatrice.
Qu'est-ce que Mademoiselle Thyda ?
Mademoiselle Thyda est une épicerie fine, comme celles que l'on peut trouver en France, c'est-à-dire une belle boutique dans laquelle nous mettons à l'honneur les produits du terroir cambodgien.
Nous vendons les produits découpés et séchés ou retravaillés par nos soins. On y trouve des sels colorés et aromatisés au moringa et spiruline, aux sept épices, à la fleur d'hibiscus mais aussi des tisanes à base de feuilles de pandan, citronelle, feuilles de citron kefir, auxquelles nous ajoutons des fleurs de Clitoria Ternatea, du curcuma sauvage ou du gingembre. Il y a également du sirop de sucre et gingembre, de la confiture, du poivre organique du Rattanakiri et nous venons de lancer quatre différents gâteaux aux épices. Au total, nous avons près de 200 produits.
Nous sommes particulièrement attentifs à l'emballage car il nous semble important de mettre des produits de qualité dans un beau contenant. Comme les achats dans notre boutique sont souvent des cadeaux souvenirs, l'emballage doit être original. Par exemple, le sel est vendu dans un bocal avec couvercle mais aussi en tube à essai.
Nous proposons également d'autres marques qui partagent la même éthique que nous. Nous avons les confitures maison mais aussi les confitures de l'ONG L'Irrésistible ou encore de l'Ecole de Pâtisserie Bayon.
Nous proposons aussi les alcools de riz de Sombai et le rhum de Lok Ta Savy. Ce dernier est un producteur de rhum fait à base de sucre de canne biologique de Bantey Manchey. Ce rhum est exceptionnellement bon et un souvenir très apprécié par les touristes.
Comment avez-vous eu l'idée d'ouvrir cette boutique ?
Je suis Cambodgienne de France, née au Cambodge à Siem Reap mais j'ai grandi en région parisienne. Je suis revenue m'installer au Cambodge à 28 ans car je souhaitais mieux connaître mon pays natal. Renouer avec mon pays, sa culture et ses traditions passaient forcément par la terre. J'ai eu la chance de travailler pendant un an pour une entreprise sociale dans l'agriculture biologique, du côté de Kampong Speu : Projet Alba.
J'y ai côtoyé les fermiers tous les jours et cela a été une expérience formidable. je me suis enrichie de leurs histoires, leur passé, leurs anecdotes et leurs savoir-faire. Je me suis passionnée pour ces agriculteurs qui représentent plus de la moitié de la population cambodgienne mais qu'on ne voit pas assez.
C'est pourquoi quand, quatre ans plus tard, avec trois autres associés, nous avons décidé de créer Mademoiselle Thyda à Siem Reap, une épicerie fine, nous nous sommes principalement orientés vers des produits de petits agriculteurs cambodgiens.
Le choix de la marque a été assez évident : "Mademoiselle" pour l'évocation française et Thyda, qui vient du sanskrit et veut dire "petite fille". Grosso modo, c'est la petite fille qui revient aux origines avec les influences de son pays d'accueil.
L'idée derrière cette épicerie est de mettre en valeur le terroir de ce pays qui est surtout connu pour son histoire douloureuse. Ce terroir est encore entretenu par de nombreux fermiers qui ne vivent que de leurs récoltes. C'est cette récolte que nous voulons faire connaître aux touristes, afin qu'ils ne repartent dans leur pays avec un souvenir authentique et de qualité, tout en donnant un sens à leur achat.
Comment sélectionnez-vous vos producteurs ?
Les producteurs sont sélectionnés par nos soins. Dans un premier temps, nous avons fait appel à nos amis cambodgiens pour lister les épices, les herbes, les plantes, les fleurs qui sont toujours produites ici. Ensuite, nous leur avons demandé de nous présenter de petits producteurs qui pouvaient être une personne de leur famille, un voisin, une connaissance. Nous sommes allés à leur rencontre et nous avons discuté du projet. Cela a suscité un tel engouement que nous avons compris que nous étions sur la bonne voie.
Nous avons commencé ce projet avec trois critères de sélections des producteurs : 1. Nos producteurs sont des villageois qui produisent sur de petites parcelles de terre, généralement dans leur jardin. 2. Ils ne produisent pas hors-saison. 3. Ils vivent avec de petits moyens car l'idée est aussi de leur apporter un revenu supplémentaire.
Quelles sont les principales difficultés que vous avez dû surmonter ?
La difficulté principale est justement de travailler avec de petits producteurs car les récoltes sont assez faibles. N'ayant pas un carnet d'adresses très étoffé au départ, nous étions souvent en rupture de stock.
La seconde difficulté résidait dans la saisonnalité des produits car il faut anticiper parfois très longtemps à l'avance pour ne pas être à court de produits. La feuille de pandan, par exemple, est récoltée deux fois l'an, le sucre de canne n'est pas produit en saison des pluies, etc. Nous avons eu ainsi notre lot de mauvaises surprises mais nous nous sommes adaptés. Nous tenons à ne pas pousser le fermier à produire hors saison et voulons offrir à nos clients un produit de qualité.
La troisième difficulté concerne, je dirais, l'utilisation de nos produits. Vendre du gingembre sauvage séché ou de la citronelle, coupés tels quels, n'a pas énormément de sens pour celui qui ne sait pas les cuisiner, sourtout dans la cuisine occidentale. Il a fallu être assez créatif et créer nos propres recettes de curry en poudre, par exemple, afin d'utiliser plusieurs épices et herbes ou encore le fameux "amok", un plat traditionnel incontournable.
Nous avons aussi créé plusieurs tisanes comme le Kulen Herbal Tea qui contient à la fois des feuilles de citron kefir, feuilles de pandan, de la citronelle, du gingembre sauvage et de la feuille de moringa.
Mais cela a aussi été l'une des meilleures expériences avant l'ouverture, car nous avons fait des mélanges, organisé des dégustations. Nous avons découvert ou re-découvert des saveurs et avons fait de notre mieux afin de les utiliser ensemble tout en trouvant un équilibre.
Quelles sont vos perspectives d'avenir ?
Nous sommes assez confiants quant à l'avenir de Mademoiselle Thyda car notre activité a du sens pour nos fermiers, nous-mêmes ainsi que pour nos clients. Depuis l'ouverture de l'épicerie fine, notre activité n'a pas baissé, bien au contraire. Nous avons même commencé à fournir les chefs de grands hôtels car ils sont à la recherche de produits locaux de qualité. Certains d'entre eux n'ont pas connaissance des produits locaux et utilisent des produits d'Europe, pourtant ils aimeraient bien mettre en avant les goûts et les saveurs du Cambodge. Notre rôle est de leur présenter les produits cambodgiens, comme par exemple, la fleur de sel de Kampot ou encore le curcuma sauvage. Certains hôtels proposent également nos produits dans leur boutique ou les commandent pour offrir à leurs clients, ce qui est un signe de confiance pour nous.
Nous espérons ouvrir une épicerie sur Phnom Penh courant 2018 et en attendant, nous collaborons avec LE CAFE : un café et concept-store qui s'ouvrira très prochainement à Phnom Penh.
Infos pratiques :
Boutique ouverte tous les jours de 9h à 19h, à Kandal Village
12 A Hap Guan street, Siem Reap
Tél : 096 506 0762 / 061 861 055













