Édition internationale

KANTHA PHAVI - Tour d'horizon avec la ministre de la Condition féminine

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 mars 2014

Clap de fin sur La journée internationale de la femme, décriée par certains. Parole à Mme Kantha Phavi, ministre de la Condition féminine du Cambodge, avant que Le Petit Journal ne vous présente quelques actrices de la Cambodia Women Entrepreneur Association , qui fêtera  son 2e anniversaire ce vendredi 14 mars.

 

Lepetitjournal.com/cambodge : Depuis quand existe le ministère à la Condition féminine et a-t-il un budget conséquent ?

Kantha Phavi : Lors des premières élections législatives en 1993, le premier gouvernement royal a décidé de créer le secrétariat d'Etat à la condition féminine qui est devenu un ministère en 1998. Quant au budget national, il ne suffit pas à remplir nos missions et mettre en place nos programmes. Mais il y a des progrès car auparavant nous n'en avions pas et aujourd'hui l'allocation budgétaire a augmenté.

La femme est-elle plus présente sur la scène politique ?

En 1993, il y avait dans le corps exécutif deux femmes qui étaient sous-secrétaires d'Etat. Dans le gouvernement actuel, nous avons trois ministres dont une vice-Premier ministre, 38 secrétaires d'Etat et 48 sous-secrétaires d'Etat. Entre 1993 et 2013, les députées de l'Assemblée nationale sont passées de 6% à 20,3 %.

Au niveau des provinces, des communes et des villages, les femmes sont présentes à tous les niveaux. Dans toutes les provinces et dans la capitale, nous avons des vice-gouverneurs. Autre exemple, nous avons multiplié par deux le nombreux d'élues au conseil communal en dix ans.

A quoi est due cette évolution ? A une volonté politique ou à une évolution des mentalités ?

Tout d'abord, le Cambodge est une société matriarcale, il n'y a pas d'obstacles majeurs à l'avancement des femmes. Mais l'histoire récente du pays a rendu les femmes plus vulnérables.

Le deuxième facteur est l'action gouvernementale qui fait de l'émancipation des femmes une priorité. Le gouvernement pensait que l'on ne pouvait pas marginaliser 52% de la population et en 1993, une campagne de sensibilisation et de débats publics a été initiée.

Quelle est la situation au niveau législatif ?

Avec le ministère de la Justice et l'Assemblée nationale, nous avons travaillé sur des lois sectorielles. Certains articles du code pénal ou du code civil discriminatoires à l'égard de la femme ont été modifiés. Nous avons créé la loi contre les violences domestiques.   

Mon ministère a contribué par exemple à la modification de la loi foncière. La femme ne pouvait pas être propriétaire. Aujourd'hui, toute propriété acquise après le mariage est une propriété commune.  

Une étude récente en Asie du Sud-Est a révélé l'ampleur des viols collectifs notamment au Cambodge

Ces statistiques sont élevées. Nous menons deux autres études qui ne concerneront pas que les hommes pour vérifier ces chiffres. L'une avec l'Unicef et l'autre avec l'agence des femmes des Nations Unies. Nos chiffres seront plus objectifs. Ces recherches donneront un taux de prévalence qui manque actuellement pour savoir si la violence à l'égard des femmes augmente ou pas.

Pour autant, n'avez-vous pas l'impression que la violence augmente ?

Les médias adorent les phénomènes sensationnels, mais selon les statistiques au niveau communal les chiffres sont en baisse. L'interprétation des ONG est que les femmes n'osent pas témoigner car elles ne croient pas en la justice. 

Notre interprétation est que la police arrive à temps et que les chefs de village grâce à notre campagne de sensibilisation sont plus responsables. D'autre part, porter plainte représente un coût financier et pour des cas de blessures mineures, on peut trouver des alternatives de négociation. Enfin la justice travaille plus vite et le nombre de condamnation a augmenté, ce qui freine le passage à l'acte.

Mais il est vrai que les viols et les harcèlements sexuels sur les lieux de travail, on ne constate pas de diminution. C'est pour cette raison que nous avons commandité ces deux études et pour comprendre pourquoi notre politique n'est pas effective.

Cet échec n'est-il pas lié au développement du tourisme sexuel et à cette image de la femme comme objet sexuel ?

Je suis tout à fait d'accord avec vous. C'est pour cela que le gouvernement a demandé au ministère du Tourisme de promouvoir l'image du Cambodge comme une destination culturelle et écologique et au ministère de la Justice de sanctionner sévèrement les délinquants sexuels.

Propos relevés par Emmanuel SCHEFFER (www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 11 mars 2014

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Publié le 10 mars 2014, mis à jour le 10 mars 2014
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