
Master de l'URDSE et titulaire d'un diplôme de l'ENA, voilà une double qualification qui ne manque pas d'ajouter normalement une valeur ajoutée à son curriculum vitae. Initiative lancée par l'Ambassade de France, cette formation de gestion publique est une niche pour tous les étudiants de Phnom Penh.
Accéder au "tampon prestigieux" de l'ENA ne signifie pourtant pas une reconnaissance absolue. Tous les pays et toutes les entreprises ne (re)connaissent pas la valeur de ce diplôme. Le comble pour un étudiant qui a suivi cette voie que certains qualifient de "royale". Qu'est-ce qu'alors l'ENA au Cambodge?
Former des cadres
La nouvelle génération désireuse de "reconstruire le pays" et de devenir sa "matière grise" reprend ses études pour servir le Royaume. Ils sont hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels, juge d'instruction, chefs d'entreprise ou travaillent pour des organisations internationales ou des ONG. Pour la plupart, ils sont khmers ou franco-khmers. Trois seulement sont français comme Thomas Chaumont, 27 ans, qui a choisi cette formation pour "sa vision pluridisciplinaire" et sa philosophie : " la gestion publique au service de l'intérêt général".
Savoir "gérer les affaires publiques|" est indispensable pour Sina Kheav, 31 ans. Il estime que cela peut transformer la qualité de travail d'un fonctionnaire. "La question des intellectuels est très importante, explique t-il. Au Cambodge, ils ont tous été tués pendant la guerre." "C'est à nous d'assurer la relève ; ce Master va nous y aider", selon Viseth Thith, 35 ans, fonctionnaire de police au Ministère de l'Intérieur.
Pour Thomas Chaumont, le constat est élogieux : "beaucoup de fonctionnaires continuent leurs études, observe t-il ; comparés à la France, ces derniers sont bien plus ambitieux ". Une observation partagée par leur directeur, Thierry Schwarz, qui reste stupéfait de la volonté des étudiants à vouloir apprendre alors que "le niveau est exigeant avec une charge de travail lourde et des cours presque tous les soirs et le samedi".
Un prix d'exigence et de rigueur
Aucune présence obligatoire n‘est exigée par l'administration et pourtant, aucun étudiant n'a envie de figurer aux abonnés absents car cette formation nécessite à la fois un investissement personnel et financier. Débourser 3.000 $ pour une formation de 16 mois représente une somme conséquente par rapport au salaire moyen du Cambodge estimé à 60$. Certains étudiants doivent épargner comme Sina Kheav. Ils sont nombreux comme lui à espérer "obtenir un poste plus important" et, mieux gagner leur vie.
Le Master de gestion publique ne promet pourtant pas aux étudiants des postes mieux payés mais des "opportunités de carrière". Pour la plupart, tous travaillent déjà dans les administrations du Royaume. Il s'agit avant tout pour eux de gravir les échelons et d'accéder à des postes avec plus de responsabilité. "Le programme permet aux étudiants d'acquérir des clés, des compétences solides et efficaces sur ce qu'est la gestion publique" souligne Thierry Schwarz, grâce aux experts recrutés sur place et aux professeurs envoyés par l'ENA.
Les étudiants de cette première promotion, qui ne pensaient ni reprendre leurs études ni accéder un jour à un programme de l'ENA, entament déjà des pourparlers pour créer une association d'anciens élèves. Tous veulent immortaliser leur passage au Master de gestion publique, "cette porte ouverte" sur un avenir peut-être meilleur...
Master de gestion publique en partenariat avec l'ENA. Pole de coopération français de l'URDSE. Contact Thierry Schwarz : rule.ena.mpm@gmail.com
Julie Cassiau (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) mercredi 18 juillet 2012













