

Les Philippines, longtemps à la traîne en Asie du sud-est, affichent enfin des taux de croissance comparables à ceux de ses voisins. Mais analystes et experts soulignent qu'une petite élite accapare le gros des richesses créées et que rien ne change pour les plus pauvres.
En 2012, le pays a affiché une croissance de 6,6%, un des taux les plus élevés de la région, après presque 4% en 2011. La Bourse de Manille évolue à ses plus hauts niveaux, les ratios d'endettement ont baissé et les notations des agences se sont améliorées. "Les Philippines ne sont plus le pays malade de l'Asie de l'est, mais le tigre qui s'éveille", déclarait récemment lors d'un forum économique Motoo Konishi, qui étudie ce pays au sein de la Banque mondiale.
Mais malgré les efforts du gouvernement de Benigno Aquino, au pouvoir depuis juin 2010, pour une croissance la plus inclusive possible, peu de progrès ont été réalisés pour modifier une structure qui a engendré l'un des pires fossés entre les riches et les pauvres en Asie, soulignent les économistes. "Il est évident pour tout le monde qu'il y a quelque chose de structurellement défectueux. L'oligarchie contrôle trop de ressources du pays", affirme à l'AFP Cielito Habito, un ancien ministre de la Planification économique.
Le règne d'une élite
Les 40 familles philippines les plus riches selon la liste du magazine Forbes détenaient 76% de la croissance du PIB enregistrée en 2011, contre 33,7% pour les 40 familles les plus riches de Thaïlande, 5,6% pour la Malaisie et 2,8% pour le Japon, selon des données présentées par l'ancien ministre au forum économique. Toujours selon la liste établie par Forbes, les deux personnes les plus fortunées du pays, Henry Sy et Lucio Tan, deux magnats d'origine chinoise, possédaient ensemble 13,6 milliards de dollars US en 2012. Soit presque 6% du Produit intérieur brut philippin.
Un quart de la population (qui est de 95 millions) vivait avec un dollar US ou moins par jour en 2009, selon les derniers chiffres officiels disponibles, soit la même proportion que dix ans auparavant. Certaines familles de l'élite d'aujourd'hui dominent l'économie depuis la fin de la colonisation espagnole, à la fin du 19e siècle. Des noms de famille espagnols, comme Ayala ou Aboitiz, figurent sur les listes des fortunes publiées par Forbes. Elles possèdent des intérêts dans l'immobilier, la banque, les télécoms et le secteur de la sous-traitance des services, en plein essor. Les magnats d'origine chinoise, comme Sy et Tan, ont fait fortune peu après que le pays a accédé à l'indépendance des Etats-Unis, après la Seconde Guerre mondiale. Buter toujours sur les mêmes noms dans des pans entiers de l'économie s'explique en partie par les règlementations des gouvernements successifs qui autorisent les quasi monopoles et assurent la protection pour ceux qui sont en place depuis longtemps.
Après l'indépendance en 1946, des secteurs clé tels que le transport aérien ou les télécommunications, ont été pendant des décennies un monopole. Les réformes de 1981 n'ont quasiment rien changé et les cartels ont perduré, selon un rapport de l'institut philippin des études de développement. L'importance de connaître la bonne personne pour se voir ouvrir les portes - une culture politique bien enracinée dans ce pays - explique également l'extrême concentration des richesses aux mains de quelques uns, selon Cielito Habito.
Des mesures trop timides ?
Après le mandat présidentiel de Gloria Arroyo, terni par de nombreuses accusations de corruption, le gouvernement Aquino prône sans relâche la bonne gouvernance et la croissance pour tous. Ses efforts ont été applaudis par la communauté internationale. Cette année, le gouvernement consacre par exemple un milliard de dollars US à un de ses programmes clé pour la réduction du fossé entre riches et pauvres : les 15 millions de personnes les plus pauvres recevront de l'argent si elles s'engagent à un suivi médical et à la scolarisation de leurs enfants. Mais pour Louie Montemar, professeur de science politique à l'université De La Salle de Manille, trop peu a été entrepris pour raboter l'influence des élites, au sommet. "On peut être d'accord avec l'affirmation selon laquelle nous n'avons jamais eu une véritable démocratie car un tout petit nombre contrôle la puissance économique", déclare le professeur à l'AFP.
Pour les analystes, réduire ce fossé passe aussi par la formation des travailleurs, une augmentation des impôts pour les hauts revenus afin d'améliorer les infrastructures, et la reconstruction du secteur manufacturier du pays.
AFP (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mercredi 6 mars 2013













