Édition internationale

ECONOMIE - Le micro-crédit : du succès aux défis

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le micro-crédit s'est développé dans les années 1990 au Cambodge. Il apparaît toujours comme un outil de dynamisation de l'économie, même s'il est sujet à une évolution.  Roland Scarlett, consultant dans une entreprise de micro-crédit comptant 80.000 bénéficiaires nous livre son témoignage


La Banque Nationale du Cambodge, à Phnom Penh ( Crédit photo : Laure Delacloche)


Le micro-crédit des années 1990, qui était principalement le fait d'Organisations Non Gouvernementales (ONG) internationales, a bien changé. Ces organisations, en proposant des crédits à destination de groupes de personnes en situation de pauvreté, ont contribué à faire revivre un tissu social et économique qui avait disparu. Ces projets visaient en priorité des programmes de développement rural du pays : une communauté empruntait quelques centaines de dollars et remboursait la somme en peu de temps. Les taux d'intérêts pratiqués étaient assez hauts (3 à 5% par mois) à la mesure du risque estimé. Les ONG ne subissaient alors aucune supervision du gouvernement. Depuis, les temps ont changé : ?Notre entreprise de micro-crédit était la propriété d'une ONG, Catholic Relief Services. A présent, c'est un fonds d'investissement américain, Developing World Market, qui la détient? précise Roland Scarlett, un jeune consultant pour l'entreprise. Cette évolution représente la tendance globale : le secteur des institutions de micro-crédit a fait l'objet d'une institutionnalisation puis d'une commercialisation allant croissants.


Ainsi, un système de licence et d'enregistrement des institutions de micro-finance et d'ONG proposant du micro-crédit a vu le jour en 1999, ainsi qu'un cadre légal généralisable aux institutions financières. La Banque Nationale du Cambodge a également été créée, sous la double impulsion du gouvernement cambodgien et de la communauté du micro-crédit. Celle-ci régule et supervise désormais ce secteur qui a connu une forte évolution, en parallèle d'une demande qui semblait ne cesser d'augmenter.


Les raisons d'un succès
La demande de micro-crédit était importante car au Cambodge, peu de gens peuvent accéder aux services proposés par les banques : on estime à l'heure actuelle que 8 personnes sur 10 ne peuvent en profiter. En effet, les sommes demandées sont trop faibles et la majorité de la population n'est pas en mesure de présenter ni historique financier, ni biens en garantie. Les institutions de micro-crédit contournent donc cette prise de risque : elles demandent aux candidats au crédit de se rassembler pour financer un projet. ?Nous avons substitué la garantie sociale à une garantie financière, explique Roland Scarlett, puisqu'avec ce système chacun se porte garant de l'autre en cas de défaut.? Le taux de défaut de son entreprise, dont la plupart des prêts s'adressent à des collectifs, illustre bien ce succès : il se trouve aux alentours de 3%. Un Bureau de Crédit sera instauré sous peu par l'Etat cambodgien, permettant notamment de créer un historique financier des personnes contractant des crédits.


Une nouvelle offre pour une demande plus segmentée
?Aujourd'hui, le marché est pour ainsi dire saturé. Il faut chercher de nouveaux besoins?, affirme Roland Scarlett. Son entreprise a choisi de s'adresser à des personnes dont l'accès au crédit était jusque là limité : les classes moyennes cambodgiennes. Paradoxalement, les personnes qui avaient bénéficié de plusieurs micro-crédits se trouvent fréquemment bloquées dans leur ascension. En effet, ces personnes ont besoin de sommes plus importantes, sans pour autant être en mesure d'apporter des garanties supplémentaires. Autre cas particulier : la demande des agriculteurs. Ceux-ci ont de forts besoins sur un temps court et leurs revenus ne leur permettraient pas d'honorer leurs échéances sur un an. Certaines normes internationales évoluent également : si les institutions de micro-crédit favorisaient auparavant les femmes, réputées plus sérieuses que les hommes, ceux-ci y ont désormais accès.


Cependant, Roland Scarlett précise ?Le micro crédit, c'est l'utilisation des outils financiers pour créer un résultat social et c'est plutôt efficace, mais je ne pense pas que cela puisse être le modèle de croissance de l'économie cambodgienne?. En effet, si le micro-crédit participe d'un dynamisme de l'économie non contestable, celui-ci ne permet pas d' investissements importants à l'échelle nationale qui auraient des retombées économiques considérables.


Laure Delacloche (www.lepetitjournal.com/cambodge) jeudi 29 septembre 2011

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Publié le 28 septembre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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