

Lepetitjournal.com/Cambodge - Qu'est-ce qui vous a amené tous les deux à la musique ?
Euan : Mes parents m'ont mis au violon très jeune. Je faisais surtout de la musique classique et, honnêtement, je n'ai pas trop aimé cela [rires]. À 11 ans, j'ai troqué mon violon pour un saxophone et j'ai tout de suite fait du Jazz. En réalité, ce qui m'intéresse vraiment c'est d'écrire des chansons, notamment les paroles. J'aime en particulier aider les autres en produisant leur travail. C'est comme cela que nous nous sommes rencontrés avec Nikki lorsque j'ai produit son album "Home for Dinner".
Nikki : Petite fille, j'attendais d'être seule à la maison et alors je chantais à tue-tête. Je n'ai jamais eu de public jusqu'à ce que mon père m'offre un ordinateur. Je me suis mise à bricoler un accompagnement avec un logiciel et j'ai posté cela sur les réseaux sociaux. Très vite, on m'a reconnu comme "La fille de YouTube". [rires]
Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler sur ce projet qui vise à réunir des artistes cambodgiens plutôt orientés vers la Pop avec des musiciens de Jazz occidentaux ?
Euan & Nikki : Steven, le producteur du Festival international de Jazz de Phnom Penh est toujours intéressé á explorer ce que le Jazz est? Ou ce qu'il pourrait être au Cambodge. Il est venu voir notre concert "Songkites" cette année?. Lui seul pourrait vous dire ce qu'il a alors vraiment vu? [rires]. Nous avions pas mal d'artistes cambodgiens sur scène et il était clair qu'il y avait un potentiel pour retranscrire certaines de leurs chansons dans un format plus Jazz.
Faire jouer des musiciens pop khmers avec des musiciens jazz occidentaux, un sacré défi ?
Euan : Pour les musiciens de Jazz, cela a été assez simple. Ils demandaient juste la permission de pouvoir triturer et altérer les accords dans tous les sens. Pour les chanteurs khmers, c'était aussi relativement naturel. Ils ont tous rejoint le projet car ils étaient ouverts d'esprit et prêts á voir leurs chansons un peu transformées. Ce sont des artistes avec une bonne oreille musicale. Ils ont réussi á développer cette capacité á interagir et dialoguer sur scène avec le reste du groupe, échangeant des idées musicales et répondant aux différentes phrases des uns des autres. Ce n'est pas quelque chose d'habituel dans la Pop. Mais bon? On verra ce qu'il se passe sur scène mercredi. C'est ça la nature de notre expérience et c'est aussi ça le Jazz !
Nikki : Je suis une chanteuse de Pop. Interpréter ces chansons dans un format Jazz, c'était? hum? différent. En fait presque effrayant ! [rires]. Mais tu sais, entourée de ces gars qui sont tellement drôles, talentueux, énergiques, je me suis sentie portée et encouragée à pousser mes limites. Et ce que tu viens de voir lors de la répétition, et ce que le public verra sur scène, c'est une facette absolument inédite de mon travail.

Nikki, qu'est-ce que cette collaboration vous a apporté musicalement ? Allez-vous vous lancer dans le Jazz ?
Nikki : Quand je décide de reprendre une chanson existante, je m'attache toujours à ce qu'elle sonne différemment de l'original. J'ai énormément appris en travaillant sur ce Festival. Je me sens vraiment confiante et je continuerai de réarranger des chansons dans le futur pour leur donner une sonorité différente.
Qu'est ce que le public peut attendre du concert mercredi ?
Euan : Il y aura trois autres chanteurs cambodgiens sur scène. [NDLR : Ma Champanha, Sophia Kao, Jimmy Kiss]. L'idée n'était pas de les amener à chanter des standards de jazz de manière classique. D'abord parce qu'ils n'auraient pas aimé cela, ensuite parce que l'esprit du Jazz, c'est d'être créatif et d'être expérimental dans le moment. Il s'agira donc essentiellement d'arrangements jazzy de leurs propres compositions. Il y aura également des chansons du répertoire Khmer des années 60, et puis? il y a Jimmy. Il s'est mis en tête de réécrire "Georgia" de Ray Charles en khmer. Il était là en répétition et il s'est exclamé : "Hey, cette chanson ne fait pas sens pour moi. Je ne la sens pas". La Géorgie, il n'y a jamais été, donc il la chantera en khmer et le titre sera le nom de son lieu préféré au Cambodge !
Comment voyez-vous la place du Jazz au Cambodge et son futur ? On voit beaucoup d'initiatives intéressantes avec le Club de Jazz récemment ouvert à Phnom Penh, ainsi que ce festival. Pensez vous qu'il y ait une place pour le jazz au Cambodge ?
Euan : Je dois dire que lorsque je joue du Jazz, les Cambodgiens dans le public sont essentiellement ceux qui ont habité á l'étranger ou qui ont une connexion particulière avec les pays étrangers. De savoir si le Jazz se développe ou non au Cambodge ne m'intéresse pas particulièrement. Ce que je veux dire, c'est que le Jazz doit évoluer s'il veut survivre. C'est absurde de vouloir importer le jazz tel qu'il est. Il doit se développer naturellement. Je crois qu'ils viennent de mettre le Jazz sur la liste UNESCO du patrimoine en danger. Mais cela dépend vraiment de quel jazz tu parles. Michael Bublé et Norah Jones vont très bien et ils rendent le jazz accessible. Je me fiche de ce que les gens disent. Bublé est formidable !
Propos recueillis par Kif Nguyen-Rigodanzo, mardi 13 décembre 2016
Retrouvez la revue de concert du lundi 12 décembre (Vladimir Cetkar au Showroom Audi) : http://www.lepetitjournal.com/cambodge/accueil/actualite/265534-revue-de-concert-ouverture-du-audi-international-jazz-festival













