Samedi 18 septembre 2021

CULTURE – Quand l’histoire "s’écrit" sur les timbres-postes

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 07/10/2009 à 01:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 12:52


Drames et succès, les nombreux timbres postaux du Royaume reprennent les images iconiques de ses grands leaders historiques, et traduisent la mémoire d'une nation à l'histoire tourmentée

Les timbres cambodgiens ont de nombreuses histoires à raconter (Johan Smits)

Et vous pensiez que la philatélie, ou la collection de timbres, était seulement un truc de passionnés, observant à la loupe le profil de monarques, et s'excitant sur la rareté et la valeur de telle ou telle pièce ? Ce n'est pas vraiment le cas dans le Royaume. Les timbres cambodgiens, et leur grande variété, représentent la guerre et la paix, la lutte anticoloniale, les disputes internationales, les rapports sexuels protégés, une espèce de mammifère devenue poisson, et par dessus tout la préservation d'un riche patrimoine culturel.

Le Cambodge n'était pas encore officiellement indépendant lorsqu'en février 1952 est publiée une brochure célébrant l'impression des premiers timbres nationaux. Auparavant, les timbres du Cambodge, mais aussi du Laos et du Vietnam, portaient tous la mention "Indochine" de la France coloniale. Depuis cette première de 1952, les timbres cambodgiens sont sortis sous différents noms, reflétant la turbulence les soubresauts historiques, changements de régime et les luttes nationales. Depuis le "Royaume du Cambodge"du roi Norodom Sihanouk en passant par la "république khmère" de Lon Nol, et aussi les très rares, voire inexistants timbres du "Kampuchéa" de Pol Pot.

Et de fait, Graham Shaw, installé à Phnom Penh qualifie ces derniers de "Saint Graal" du collectionneur de timbres cambodgiens. www.cambodiastamps.com, le site de Graham Shaw, fait référence à une note dans un catalogue allemand émettant la possibilité que les Khmers Rouges aient émis des timbres marqués "Kampuchéa" en avril 1978. Ils pourraient avoir été imprimés au Japon, et existeraient en 5, 10, 20, 50 et 90 coupures, sans que le catalogue soit à même d'en spécifier la valeur. Mais avec la discontinuité des services postaux et télégraphiques, et l'abolition de la monnaie sous le régime Khmer Rouge, les timbres légendaires auront probablement plus servi de moyen de propagande que de communication. "Trouver un set utilisé par le régime du Kampuchéa Démocratique serait une découverte rare et très recherchée par les collectionneurs internationaux, surtout s'il s'agit d'un premier tirage signé par Frère Numéro 1 [Pol Pot] en personne" précise Graham Shaw.

Le roi Norodom Sihamoni apparait désormais sur de nombreuses séries de timbres (Johan Smits)

Les timbres du nouveau régime post-Pol Pot n'ont été rendus publics qu'en avril 1980. Avant cela, et dans le but de gagner du temps et de faire des économies, le nouveau régime utilisa des timbres d'avant les Khmers rouges barrés de la mention RPK [République Démocratique du Kampuchéa]. Graham Shaw en montre des exemples sur son site internet et les qualifie "d'intérêt extrêmement rare".

La grande valeur marchande des timbres cambodgiens a été démontrée par la vente sur eBay d'une série spéciale célébrant l'indépendance du Cambodge vis-à-vis de la France et signée par le roi Norodom Sihanouk. Selon Graham Shaw, qui aurait préféré voir le lot dans un musée cambodgien, la série a été vendue plusieurs milliers de dollars. Une rapide recherche internet révèle que des lots de grande valeur sont toujours disponibles. Sur le site de collectionneurs américains www.herrickstamp.com, un lot de cinq timbres oblitérés datant de 1990 est estimé à 1,100 dollars, des pièces décrites comme "les timbres les plus rares du Cambodge". Mais comment un lot de quelques timbres peut-il se transformer en billets verts pour son détenteur ?

Les timbres les plus recherchés
A l'en croire Patrick Fung, un collectionneur-bloggeur enthousiaste basé à Hong Kong, les timbres plus recherchés, et non listés, du Cambodge, sont ce qu'il appelle les "suppléments." Lorsque l'inflation allait plus vite que les impressions, les autorités postales n'hésitaient pas à rajouter des suppléments au stock de timbres existants. Et comme ils étaient tamponnés à la main pour être destinés à un usage uniquement postal, les collectionneurs étrangers ont bien du mal à les identifier et à les dénicher. Que les collectionneurs amateurs se méfient. Selon Patrick Fung, la plupart des suppléments des années 1990 sont des contrefaçons.

Graham Shaw, de son côté, ne cesse d'admirer les épreuves des timbres, qui montrent les différentes étapes du développement de ces timbres spécifiques, du premier design jusqu'à la version finale imprimée en grand nombre pour le grand public. "Une esquisse faite à la main d'un timbre cambodgien des années 1950 ou 1960, et signé par l'artiste, peut atteindre une grande valeur," dit-il. Quand le Cambodge a recommencé à imprimer des timbres après la chute des Khmers Rouges, la plupart était dessinés, imprimés et vendus par COPREFIL, une entreprise cubaine. Patrick Fung fait remarquer comment, en 1993, une série spéciale avait été imprimée à La Havane pour marquer le 40ème anniversaire de l'indépendance du pays. Cuba avait prévu de faire transporter une partie du stock par voie maritime lorsque le chargement fut déclaré volé durant le transit, obligeant le Cambodge à déclarer les séries illégales et à demander à la Russie d'en imprimer de nouvelles en urgence. Cette dernière série était disponible au seul Cambodge, alors que celle portée disparue l'était en dehors du pays. Patrick Fung précise que c'est aussi la première fois que l'anglais était utilisé sur les timbres, à la place du français.

La lutte contre le Sida sur les timbres (Johan Smits)

Morceaux d'histoire
Selon Eth So, directeur adjoint au Ministère des Postes et Télécommunications, les timbres cambodgiens sont depuis 2002 imprimés au Vietnam. Il indique que 4 à 5 séries, soit un total de 20 à 25 timbres sortent chaque année. Les timbres cambodgiens sont souvent porteurs de messages bien spécifiques, voire politiques. Sur son site, Graham Shaw donne l'exemple du rôle du roi Norodom Sihanouk dans l'histoire contemporaine détaillé sur les timbres cambodgiens. Plus récemment, en juillet de cette année, le Cambodge a édité une série de cinq timbres commémorant le premier anniversaire de l'inscription de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Mais il n'y a pas que la politique. Décembre 2006 voit le lancement d'une campagne de sensibilisation sur timbres au Sida, mettant en avant les préservatifs "Number One" de l'ONG PSI. La même année une édition présentant cinq espèces de dauphins a été publiée pour promouvoir l'écotourisme. Et Patrick Fung de souligner une erreur dans la série, Le cachet indique la mention "poisson", les publicités affichées à la poste centrale font de même. "Les dauphins ne sont pas des poissons mais des mammifères."

Johan Smits, de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par AO (LePetitJournal.com Cambodge) mercredi 7 octobre 2009

Retrouvez cet article et le reste de l'actu en anglais sur www.phnompenhpost.com

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1 Commentaire (s) Réagir
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Aurélien T. sam 07/11/2020 - 19:58

Depuis 2002, les timbres Cambodgiens ont des légendes en Khmer, et Anglais, qui remplace le Français.

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