

Il s'appelle Panet et manie l'aiguille et le bambou comme personne. Encore méconnu aujourd'hui, il promet de faire parler de lui grâce à sa maîtrise du tatouage.
Lui même est presque entièrement tatoué, en témoigne son dos (crédit: Emilie Tôn)
Tout a commencé il y a cinq ans, lors d'un voyage en Thaïlande, alors que Panet Pouth avait à peine 21 ans. Parti pour quelques semaines, le jeune homme a fini par y rester cinq ans. La raison ? La découverte d'une passion plus forte que tout : le tatouage avec une tige de bambou. C'est grâce à sa rencontre avec un maître japonais que Panet touche à cet art qui est aujourd'hui devenu son métier. Le jeune homme est talentueux, en à peine deux mois il maîtrise cet art méconnu et commence alors ses premiers vrais tatouages. Ici, pas de passage par l'entraînement sur pieds de porc, Panet se lance directement, sans aucun problème.
Avec la découverte de sa nouvelle passion, le jeune Cambodgien apprend aussi beaucoup sur lui-même. Avant le voyage, le tatoueur se décrit comme quelqu'un de "stressé, assez nerveux et débordant d'énergie". C'est avec ses premiers tatouages que vient la métamorphose. Panet se transforme alors en une toute autre personne. Plus calme et posé, il sait désormais canaliser son énergie. Son caractère est devenu proche de celui d'un sage. Lorsqu'il tatoue, il oublie tout. Le monde extérieur n'existe plus. "Ma maison pourrait brûler, quand je suis concentré, impossible de me déranger. Je suis dans le tatouage et c'est d'ailleurs cet état de concentration qui me plait particulièrement".

Panet va jusqu'à se tatouer lui-même
"J'ai moi-même dessiné sur mes cuisses. Par contre, c'est mon maître japonais qui a fait tout ce que je porte dans le dos". Et le tout à une signification : la protection. Ce qui n'est pas sans rappeler la tradition ancestrale des tatouages bouddhiques. Pour lui, ils sont aussi un emblème de sagesse et de force. Comme le fait comprendre le dragon japonais qui tapisse son dos. Mais avant tout, les tatouages restent un symbole personnel. Si l'on rassemble tous les motifs que Panet à sur le corps, il faudrait compter deux mois de travail complet! Et pourtant, ceux-ci sont bien cachés. Au premier regard, il ne paye pas de mine. Rien ne dépasse de sa chemise ni de son short. Tout est caché sous ses vêtements. "Au Cambodge, le tatouage est encore très connoté et je ne veux pas risquer d'être jugé, pas pour ça !" D'ailleurs, on peut qualifier le tatoueur de "pionnier". Il est un des seuls de la ville, voire du pays, à maîtriser cette technique sur le bout des doigts. Son salon, qu'il tient avec un ami, a ouvert il y a à peine un mois. Le jeune est sans aucun doute très heureux d'enfin pouvoir vivre de sa passion.
Le tatouage au bambou, ça change quoi ?
Finalement, pas grand-chose. Sauf un point non négligeable : pas besoin de retouche. Une fois que le tatouage est terminé, c'est fini. Il reste là pour la vie. Plus besoin de retourner au salon un mois après comme avec le tatouage à l'aiguille. Et ne serait-ce que pour voir Panet travailler, un détour par son salon vaut le coup d'?il. Il vous accueillera sourire aux lèvres, avec un regard si doux que la confiance nous envahit. De plus, il rassure sur ses conditions de travail. "Je stérilise toutes mes aiguilles, avec de l'alcool à 110° ; le même que celui utilisé dans les hôpitaux". Aucun risque donc. A la question : "Donc, les tatouages sur ton corps, c'est fini ?" Panet se met à rire."Non non, je ne compte pas m'arrêter là, j'ai déjà de nouveaux projets de tatouages en tête".
Camille Lebrun (www.lepetitjournal.com/cambodge) Jeudi 12 janvier 2012
Pour le retrouver:
Nagaraja tattoo - NA1 street 04 - Phsra Teuk Thla (rue devant le Water-Park) à Phnom Penh
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