

Suite au succès de 2015, le festival Cambodia Urban Art revient pour une deuxième édition, il se déroulera du 31 mars au 23 avril 2016 à Phnom Penh.
À cette occasion nous avons interviewé deux artistes, Chifumi et Goddog.
Sur le même concept que l'année dernière, des fresques seront visibles dans la ville, des concerts seront organisés mais aussi des performances de différents artistes et un tour en tuk-tuk afin de faire découvrir aux participants les oeuvres dissimulées dans toute la ville.
Il y aura cette année quatorze artistes présents contre neuf en 2015, ce sont six nationalités différentes qui seront représentées.
Le festival 2016 organisé et produit par l'Institut Français du Cambodge a demandé plus de six mois de travail.
L'origine du projet remonte à plus de deux ans et demi, lors de la rencontre entre Chifumi et Olivier Planchon attaché culturel à l'époque au sein de l'IFC.
Cécile Peyronnet a désormais pris la relève et mis en place le projet.
Le festival Cambodia Urban Art de 2015 a créé un réel engouement auprès des Cambodgiens, notamment via les réseaux sociaux et la page Facebook du festival.
Interview croisée : Shifumi & Goddog
Lepetitjournal.com : Comment est perçu le street art au Cambodge?
Chifumi : " D'après un questionnaire auprès de 2000 étudiants lancé par l'IFC, 90 % des cambodgiens interrogés n'ont jamais entendu parler du street art.
Il existe des écoles d'art au Cambodge mais elles sont essentiellement orientées vers l'art traditionnel, elle commence à peine à s'ouvrir aux arts tels que le street art."
Quelle est votre formation initiale ?
Chifumi : " Je suis artiste plasticien depuis 8 ans, j'ai étudié à l'école des beaux-arts à Mulhouse puis à Dijon et je vis désormais au Cambodge."
Pourquoi mettre en place un festival comme le Cambodia Urban Art ?
Chifumi : "J'ai fait le constat d'un manque d'événements et de manifestations dans ce domaine au Cambodge. J'ai donc décidé de me consacrer à la mise en lumière du street art ici."
Avez-vous eu des difficultés lors de la création du festival ?

Cette année à défaut de pouvoir peindre sur les murs exposés à la voie publique, nous avons dû trouver d'autres solutions comme peindre au sein d'établissements scolaires (Chak tomuk, lycée français René-Descartes?), en intérieur ou dans des rues peu fréquentées."
Quel est le thème du festival cette année ?
Chifumi : "Il n'y a pas de thème imposé, nous avons laissé le choix de la libre expression aux artistes.
Nous avons simplement insisté sur le fait de mélanger notre culture avec celle du Cambodge, tel que des motifs cambodgiens, des morceaux de fronton de temple Angkorien et des couleurs propres à leur culture."
Lepetitjournal.com à Goddog : quelles sont les oeuvres que vous avez réalisé que nous pourrons voir au festival cette année ?
Goddog : "J'ai réalisé la fresque du bistrot de l'IFC , celle du lycée et une autre également dans le quartier de Chak tomuk."
Connaissiez-vous le Cambodge avant d'avoir été invité au festival ?
Goddog : "Je suis venu un an et demi au Cambodge il y a déjà quelque temps, Chifumi m'a invité à participer au festival j'ai répondu à l'appel sans aucune hésitation car nous partageons tous deux la même passion pour l'art et la population asiatique.
Nous nous étions déjà rencontrés lors d'un festival il y a six ans, je peins depuis douze ans sur les murs bien sûr mais aussi des tableaux et des sérigraphies dans mon atelier à Avignon."
Quelles sont vos sources d'inspiration, et de motivation?
Goddog : "J'aime beaucoup l' Asie, mon travail s'inspire de la culture asiatique et d'Amérique Latine.
J'essaie de faire un travail épuré, je raconte une histoire dans chacune de mes fresques avec des courbes, différentes lignes, différents symboles .
L'expérience est très motivante, j'apprécie de travailler avec l'IFC, ce qui me motive c'est de pouvoir faire un gros mur car en France nous n'avons pas forcément la chance de pouvoir en faire.
Le fait de pouvoir peindre sur des murs de taille importante, me permet d'avoir tout d'abord de belles photos de mes oeuvres et de promouvoir mon travail auprès du public.
Ma plus grosse source de motivation vient aussi de l'aventure humaine que ce festival représente, et des rencontres avec la population locale."
Quels sont pour vous les inconvénients de votre travail ?
Goddog : "Le seul regret que je pourrais avoir serait de voir mes oeuvres effacées à la fin du festival, car ceci représente de nombreuses heures de travail.
Mon objectif est de réaliser la plus belle oeuvre afin qu'elle soit conservée.
J'aime l'art éphémère, mais mon but est que mes oeuvres restent."
Avez-vous envie de réaliser d'autres oeuvres au Cambodge ?
Goddog : "J'ai réalisé une fresque à la demande de l'IFC pour le bistrot Français, une autre dans une école et une autre se fera certainement dans le quartier de Boeung Kak, si j'ai encore un peu de temps, je réaliserais une griff pour la galerie de l'IFC."
Combien de temps vous prend la réalisation d'une fresque murale ?
Goddog : "Il faut monter l'échafaudage, réaliser le tracé, cela est suivi par 3 jours de peinture, il faut compter environ une bonne semaine pour une fresque."
Techniquement parlant, quel est votre secret pour réaliser ces oeuvres ?
Goddog : "Concernant la technique, chacun est libre de son choix, certains utilise le vidéo projecteur mais moi je réalise un croquis sur papier et je dessine mon tracé entièrement à la main, ce qui me laisse une plus grande liberté d'expression et je peux ainsi laisser libre cours à ma créativité, cela me permet d'ajuster les couleurs jusqu'au dernier moment."
Trouvez-vous sur place tout le matériel nécessaire à la réalisation de vos peintures ?
Goddog : "Le festival fournit tout le matériel nécessaire aux artistes ainsi que les peintures dans les couleurs primaires, nous réalisons nous-mêmes les mélanges afin d'obtenir la couleur désirée."
Utilisez-vous les bombes de peinture aérosols pour peindre ?
Chifumi : "Le travail ne se réalise pas au moyen de bombe aérosol au Cambodge, nous devons utiliser d'autres techniques comme la peinture acrylique. Il est plus judicieux même en France d'utiliser l'acrylique plutôt que la bombe, celle-ci étant très nocive, de plus le remplissage de grandes surfaces est plus rapide et plus simple en utilisant un rouleau et seuls certains effets ne peuvent être reproduits sans bombes."
Goddog : "Les cambodgiens sont obligés d'innover car ils n'ont pas de bombe."
LPJ à Goddog, avez-vous d'autres voyages à venir en tête ?
Gooddog : "Il est prévu que j'aille au Chili car ils ont une grande culture de la peinture murale, je suis avec attention le travail de différents artistes au Pérou ce qui m'influence beaucoup et j'ai beaucoup voyagé en Asie notamment en Indonésie, en Malaisie, au Cambodge mais aussi en Inde, en Europe et aux États-Unis."
Lors de vos différents voyages, pouvez-vous nous dire comment est perçu le street art dans le monde ?
Goddog : "Le street art est généralement apprécié dans le monde, la seule crainte provient des désagréments visuels que cela peut occasionner pour certaines personnes.
Pour nous c'est de la peinture, de l'art nous ne faisons rien de mal, mais le fait de peindre sur les murs est souvent réprimandé.
Nous sommes là pour faire quelque chose de positif comme beaucoup d'autres artistes dans le monde mais le street art est souvent mal perçu par les autorités."
Travaillez-vous seul ou à plusieurs sur une même fresque ?
Chifumi : "Un artiste par fresque et deux binômes quand il s'agit de jeunes artistes cambodgiens, car il y a aussi un côté pédagogique à cette aventure et le mélange de styles est un atout dans l'art visuel.
C'est l'occasion d'échanger entre artistes de différents horizons, c'est très enrichissant professionnellement et humainement."
À la suite de notre entretien Goddog nous explique son travail sur la fresque réalisé pour le Bistrot de l'Institut Français du Cambodge :

J'utilise de façon récurrente dans mon travail des bûches avec des racines qui représente le côté sauvage du Cambodge, vous pouvez voir des vagues, une jarre, des portes.
J'ai mixé la ligne, l'architecture et beaucoup de symboles pour raconter l'histoire, j'ai mis deux jours pour réaliser cette fresque, j'ai suivi les directives de l'IFC en respectant leur code couleur le gris et le blanc avec une pointe de rouge."
En conclusion Goddog tenait à nous citer une phrase qu'il apprécie particulièrement :
Goddog : "Il y a une phrase que j'aime beaucoup « peindre pour voyager et voyager pour peindre », car je peins en France pour financer mes voyages et je peins durant mes voyages."
Lepetitjournal tient à remercier ces deux artistes pour nous avoir accordé un peu de leur temps et nous avoir fait découvrir et partager leur travail qui est avant tout leur passion.
Retrouvez toutes les oeuvres de Goddog :
http://www.goddogstreetart.com/
Retrouvez tout le programme du festival Urban Art :
http://institutfrancais-cambodge.com/cambodge-arts-urbains/
La page Facebook de Cambodia Urban Art :
https://www.facebook.com/Cambodiaurbanart/
Jennifer Hautefeuille (www.lepetitjournal.com/cambodge) le lundi 28 mars 2016.













