Édition internationale

WILFRIED N'SONDÉ - L'origine d'un individu, c'est le ventre de sa mère

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 décembre 2015

De passage la semaine dernière à Bucarest, où il a participé à une table ronde sur les littératures francophones de l'Afrique, organisée par le Centre de réussite universitaire CEREFREA Villa Noël, en partenariat avec l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), l'Agence universitaire de la francophonie et l'Ambassade de Tunisie en Roumanie, l'écrivain Wilfried N'Sondé, Prix des cinq continents de la Francophonie, a répondu aux questions du Petitjournal.com/Bucarest. Littérature, origines, expatriation : l'auteur du C?ur des enfants léopards refuse d'être enfermé dans des catégories et plaide pour un vivre ensemble au delà de tous clichés.

Photo : Simona Necula

Le Petitjournal.com/Bucarest - Comment s'inscrit la littérature africaine dans le paysage littéraire francophone ?

Je plaide pour la fin de ces catégories-là. Je pense qu'au 20e siècle, ça ne fait pas de sens de définir la littérature selon des critères nationaux ou continentaux. Moi, je suis un écrivain. Je suis né au Congo, donc citoyen du Congo Brazzaville et africain. Je suis arrivé en France à l'âge de 4 ans et j'ai la nationalité française, donc je suis européen. Et j'ai vécu 24 ans en Allemagne, donc je suis germanophone. Ce que je veux dire par là, c'est que toutes ces catégories me vont tellement bien, qu'elles n'ont plus de sens. J'écris des textes et ma langue, c'est le français.

Justement, le français est-il la langue avec laquelle vous avez réussi le mieux à vous exprimer ?

Je suis né en 1968, à Brazzaville. Le français était l'une des langues officielles du Congo. C'est un état de fait. Il y a bon nombre d'Etats africains qui, depuis 1960, ont inscrit le français comme langue officielle. Moi, je ne suis jamais entré dans le français car je suis né dans le français. Au 21e siècle, le français est la langue de beaucoup de peuples et de nations. Ca fait belle lurette que ce n'est plus la langue que des Français et de certains Canadiens, Belges et Suisses. Kafka a écrit en tchèque, il n'en reste pas moins que son ?uvre est lue dans le monde entier. Je pense que la littérature n'est pas une question de langue mais de qualité artistique. C'est un savant mélange entre la forme et le fond d'un texte. Et d'ailleurs, les bons textes sont traduits dans moult langues et concernent le monde entier. Je crois qu'on fait trop cas d'éléments qui sont plus politiques et historiques, qu'artistiques et littéraires. L'écrivain écrit dans une langue comme il utilise un outil. Je n'ai pas de lien affectif avec le français, mais c'est la langue que je maîtrise le mieux.

Quelles sont vos origines ? 

Je pense que lier l'origine d'un individu à un pays ou un lieu est une erreur. L'origine est une construction mentale. L'origine d'un individu, c'est le ventre de sa mère. Quand on dit ça, on ne se trompe pas. Les gens aimeraient dire que je suis originaire d'Afrique, mais ça voudrait dire quoi ? Que je suis en même temps originaire de Johannesburg, d'Alger, de Kinshasa et de Brazzaville ? Et quand bien même je dirais que je suis originaire du Congo, suis-je né dans la forêt vierge, à Pointe-Noire ou dans un quartier résidentiel de Brazzaville ? Quand je dis que je viens d'un lieu, je ne dis rien parce que les lieux sont eux-mêmes très divers. En France, par exemple, ce n'est pas la même chose de grandir dans les quartiers nord de Marseille ou dans le 8e arrondissement de Paris. Il s'agit pourtant du même pays, mais ce sont des réalités qui n'ont rien à voir entre elles. Je plaide contre les origines géographiques. Mon origine, c'est ma mère.

Vous êtes-vous déjà senti expatrié ?

Mes parents ont quitté le Congo parce qu'ils le voulaient. Moi-même j'ai quitté la France parce que je le souhaitais. Je ne me suis jamais senti expatrié car je suis quelqu'un qui est né dans une capitale et qui a toujours vécu dans une capitale. Je me sens bien dans les grandes métropoles et que ce soit Bucarest ou Kinshasa, ça ne change pas grand chose. Je passe avec plaisir une semaine à la campagne, mais pas plus. Je pense que les contours de l'identité ont beaucoup évolué. Je me sens bien là où j'ai des choses intéressantes à faire, là où j'arrive à tisser des liens avec un nombre suffisant d'individus.

Propos recueillis par Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 21 décembre 2015

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Publié le 20 décembre 2015, mis à jour le 23 décembre 2015
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