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MAGICAMP - Jeanina Zgîrie : "J'apprends énormément de ces enfants"

Par Grégory Rateau | Publié le 04/11/2019 à 00:00 | Mis à jour le 04/11/2019 à 07:39
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Notre rédaction est allée à la rencontre de la coordinatrice de la collecte de fonds chez MagiCamp, Jeanina Zgîrie. Cette association à but non lucratif essaie depuis une dizaines d'années, avec ses nombreux bénévoles, d'apporter un peu d'aide, de chaleur humaine et de soutien matériel et psychologique aux enfants atteints du cancer et à leurs familles. Cela ne serait pas possible sans l'incroyable générosité de tous les Roumains qui les soutiennent d'une manière ou d'une autre.
 
 
 
 
 
Grégory Rateau : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteur et nous présenter MagiCamp?
 
Jeanina Zgîrie : Je suis coordinatrice de la collecte de fonds chez MagiCamp. C'est une des plus grandes organisations à but non lucratif en Roumanie, qui travaille avec les enfants et les familles affectées par la maladie du cancer et d'autres maladies sévères. MagiCamp a commencé en 2014. Cette association a été créée par Vlad Voiculescu, qui travaillait dans une banque en Autriche, et Melania Medeleanu, qui était présentatrice à la télévision roumaine. Ils ont lancé MagiCamp car ils ont tous les deux réalisé que les familles avaient besoin de soutien pour accompagner leurs enfants malades et les aider à retrouver et préserver leur enfance.

 
 
Combien aviez-vous d'enfants au départ et combien à l'arrivée, aujourd'hui?

Il y avait 30 enfants au départ dans un campement qui était en réalité la maison des parents de Vlad. Aujourd'hui nous avons 300 enfants. C'est donc un beau succès, ce qui nous encourage vivement à continuer à nous battre.

 
 
Pouvez-vous nous donner des chiffres concernant les enfants atteints du cancer en Roumanie?

Oui, il y a ici au moins 600 enfants qui sont diagnostiqués comme étant atteints du cancer et parmi eux 20% ont des familles qui vivent dans une pauvreté extrême. Le reste d'entre eux vont souffrir du coût des traitements non pas parce que le traitement coûterait quelque chose car il est gratuit, mais parce que les parents vont devoir quitter leurs emplois pour accompagner leurs enfants. Un traitement peut durer trois ans parfois et malheureusement il peut y avoir des rechutes et un suivi très long pour se reconstruire. Je me suis imaginée à la place de ces parents et je serai sûrement dans la même impasse qu'eux, incapable de tout gérer sans une aide extérieure.

 
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Comment pouvez-vous aider concrètement les familles les plus pauvres?
 
Nous avons créé un colis mensuel, le MagicBox, qui est distribué aux familles et contenant de la nourriture, des vêtements et tout ce qui peut aider une famille à vivre. Nous en envoyons donc 300 par mois à 300 familles à travers toute la Roumanie. Ces colis peuvent être "adoptés" par des volontaires. C'est incroyable cette belle solidarité: des bénévoles, des familles qui offrent 350 lei par mois, c'est le coût d'un colis pour aider des inconnus.

 
 
Vous nous avez parlé de familles partout en Roumanie. Comment font-elles pour se loger quand elles viennent dans les grandes villes pour accompagner leurs enfants durant le traitement?
 
C'est tout le problème car les parents ne peuvent pas éternellement végéter autour du lit de l'enfant à l'hôpital, ils ont besoin d'être aidés psychologiquement pour être forts, en forme et soutenir ensuite au mieux leurs enfants. On a donc proposé de construire une maison. Cela a démarré en 2017 une campagne de Crowdfunding et le résultat a été spectaculaire. MagiCamp est devenu à ce moment là, la campagne de toute la Roumanie. On a reçu de la part des gens environ 2 millions d'euros. Nous avons 14 maisons à présent. On entretient ces maisons, on couvre ensuite tous les coûts. Les Roumains nous a prouvé leur incroyable solidarité et générosité.

 
 
Quelles autres actions menez-vous pour aider les familles?
 
On a constaté que les familles avaient besoin de se retrouver, de se reposer, nous avons donc créé le MagicTicket pour les y aider. On envoie ces familles en voyage gratuitement. Ils redécouvrent le plaisir de passer du temps en famille, sans pression, sans culpabiliser et le résultat sur l'état psychique des ces familles est vraiment très positif. Les parents viennent nous voir ensuite en nous remerciant et en nous avouant qu'ils n'avaient plus le temps, ni les moyens de partir en vacances depuis de nombreuses années. Nous essayons également en ce moment de construire des maisons, la première sera prête pour les fêtes de Noël, des maisons non plus d'accueil mais des maisons pour certaines familles ne pouvant pas même offrir un toit à leurs enfants. Nous prévoyons d'achever 10 maisons sur ce modèle pour la fin de l'année 2020.

 
 
Pensez-vous que le bénévolat est assez encouragé en Roumanie?
 
Un des résultats positifs de MagiCamp mais aussi d'autres organisations, c'est le fait d'encourager le bénévolat, le volontariat. Je vois des centaines de volontaires qui se mobilisent chaque année pour aider les enfants, c'est déjà incroyable. Mon collègue vient de compter presque 3000 volontaires dans le pays. Nous essayons de mobiliser les très jeunes, les lycéens, pour les responsabiliser et cela leur offre une expérience qui peut changer leur regard sur les autres. Cela pourrait être encore plus encouragé dans les petites localités mais, malgré tout, le bénévolat gagne considérablement du terrain en Roumanie.
 
 
 
Comment se passe le soutien psychologique à MagiCamp?
 
On a créé un centre de soutien pour cela avec des psychologues. Il faut également penser à l'après: pouvoir aider les enfants pendant la maladie et parfois, malheureusement, les parents, les frères, les sœurs, les grand-parents après la perte de l'enfant.

 
 
Comment gérez-vous cela avec vos bénévoles, cette confrontation à la mort?
 
C'est très difficile, certains refusent de venir pour cette raison, la peur de se confronter à la maladie, de s'attacher à des enfants qui vivent en sursis. Je leur fais comprendre qu'il y a d'autres moyens de nous aider. C'est très douloureux, je ne vous le cache pas, mais on apprend aussi beaucoup sur les autres et sur nous-même. On ne peut rien faire pour aller contre cette finalité mais on peut avoir un impact sur la qualité de vie de ces personnes en souffrances, sur le temps qui leur reste parfois, pour qu'ils se sentent moins seuls, entourés, aimés.
 
 
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Est-ce que ce soutien psychologique est fait par les hôpitaux roumains?
 

Je ne veux pas me prononcer mais d'après ce que me disent mes collègues qui travaillent dans les hôpitaux, ce soutien ne serait pas fait ou pas assez. Il n'y a pas de psychologue qui travaille avec les enfants et accompagne aussi les familles, les parents. Nous, on fait de la thérapie de groupe dans les centres. On a un psychologue spécialisé et une assistante sociale qui se rendent sur place et qui identifient les différents besoins de la famille.

 

Vous parliez d'apprendre quelque chose, qu'apprenez-vous de ces enfants?
 
J'apprends énormément de ces enfants, par exemple le courage. Un enfant qui sait qu'il est très malade voire condamné, voit son enfance lui être brutalement dérobée, c'est terrible d'encaisser cela et de le surmonter, de continuer à avancer, à vouloir s'en sortir quand c'est encore possible. Le monde autour de lui continue à tourner normalement mais le sien se rétrécit de plus en plus, son horizon est à présent bouché. On a un enfant dont le cancer est revenu pour la troisième fois. Il disait qu'il détestait l'hôpital, qu'il ne pouvait pas y jouer ou y faire de bruit, les médecins le lui interdisant. Ce que nous voulons ici c'est qu'il puisse jouer, s'amuser avec les autres enfants, continuer à vivre presque normalement pour le temps qui lui reste.
 
 
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Quels seraient vos objectifs dans le long terme?

Nous aimerions, et cela rapidement, faire en sorte qu'il n'y ait plus une seule famille qui ne soit pas accompagnée pendant le traitement de leur enfant. On veut que ces personnes en souffrance sachent qu'il y a à présent quelqu'un pour les aider. Sur le long terme, nous désirons monter encore un camp et nous souhaitons élargir notre accompagnement à tous les enfants atteints de maladies chroniques, et non plus seulement à ceux atteints du cancer. Cela signifie des milliers d'enfants, nous en avons conscience. Nous avons fait un premier pas en ce sens en lançant depuis peu une application pour les téléphones, MagicHelp. On verra ainsi qui est en besoin et de l'autre part, on aura tous les services qui peuvent proposer d'offrir quelque chose, cela va d'un plat chaud, d'un café, d'une chambre d'hôtel... Un véritable échange humain et solidaire va ainsi se créer. On a déjà des centaines de réponses positives de la part de différents partenaires sur tout le territoire. Cela va, je l'espère, créer une communauté d'entre-aide, un restaurateur par exemple dans sa petite ville verra qu'il y a plus de personnes qu'il imagine qui ont besoin d'aide et il pourra leur tendre la main. Il y aura même des consultations stomatologiques gratuites pour les familles.

 

 

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Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI, poète et écrivain
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