Le gouvernement dirigé par Luca Niculescu a obtenu mardi la confiance du Parlement roumain avec 280 voix pour et 58 contre. Au total, 338 parlementaires sur les 464 que compte le Parlement ont participé au scrutin. La majorité requise était de 233 voix.


Ce vote met fin à plus de cinq mois de crise politique et de gouvernement intérimaire. Le nouveau Premier ministre a annoncé la tenue d’un premier Conseil des ministres dès mardi soir, avec pour priorité de s’attaquer aux urgences budgétaires et économiques du pays.
« La Roumanie ne peut plus se permettre une crise prolongée », a déclaré Luca Niculescu devant les parlementaires. Il a estimé que le pays devait sortir de la paralysie politique, relancer son économie et se donner les moyens de répondre à ses fragilités économiques, sociales et géopolitiques.
Le chef du gouvernement a remercié le PSD, le PNL, l’UDMR et les représentants des minorités nationales pour leur soutien. Il a toutefois rappelé que le vote d’investiture ne constituait pas un blanc-seing. Premier ministre indépendant, sans appartenance à un parti politique, il entend faire reposer la confiance sur les résultats obtenus et sur le dialogue avec les formations parlementaires.
Des priorités budgétaires et économiques immédiates
Dès le lendemain de son investiture, le gouvernement entend engager une rectification budgétaire sans creuser le déficit, faire adopter le budget de l’État pour 2027, garantir la sécurité énergétique pendant l’hiver et achever les projets financés par le Plan national de relance et de résilience (PNRR), sans perdre de financements européens.
Luca Niculescu a également annoncé un audit des institutions centrales afin de supprimer les compétences redondantes, une modernisation de l’Agence nationale d’administration fiscale (ANAF) et des douanes, ainsi qu’une simplification des procédures administratives. Le gouvernement souhaite encourager les fusions volontaires de petites communes et développer les services publics numériques, notamment à travers la création d’un portefeuille national d’identité numérique.
Pour le Premier ministre, les difficultés du pays ne se résument pas à un problème de budget. « La Roumanie traverse aussi une crise de son modèle de développement », a-t-il déclaré, rappelant les progrès accomplis pour rapprocher le pays des économies européennes les plus développées, mais aussi les inégalités persistantes dans la répartition de ces gains.
Le gouvernement prévoit une revalorisation des pensions à partir de 2027, dans les limites de la trajectoire de réduction du déficit. Des aides ciblées doivent également bénéficier aux retraités modestes, aux familles à faibles revenus et aux ménages touchés par le coût de l’énergie.
Luca Niculescu a enfin insisté sur la nécessité de soutenir l’investissement, la création d’emplois et les entreprises qui produisent en Roumanie. Il a rappelé qu’une part importante des recettes publiques était absorbée par les intérêts de la dette, estimant que la croissance économique constituait le meilleur moyen de sortir de cette situation.
Le PNL vote pour éviter une nouvelle crise, mais rejoint l’opposition
Le Parti national libéral (PNL) a apporté ses voix au nouveau gouvernement sans participer à l’exécutif. Son président, Ilie Bolojan, Premier ministre par intérim, a justifié ce choix par les risques qu’aurait entraînés la poursuite de la crise politique.
« Le PNL aurait pu voter contre le gouvernement, mais les conséquences pour le pays auraient été graves », a-t-il expliqué. Il a notamment évoqué le risque de voir certains services publics essentiels manquer de moyens, avec des conséquences directes pour la population. Les libéraux ont donc choisi ce qu’il a qualifié de « vote de nécessité », afin de mettre un terme à l’impasse politique.
Ilie Bolojan a cependant prévenu que son parti siégerait dans l’opposition et demanderait des comptes au PSD sur sa gestion du pays. Le PNL n’entend ni négocier de postes ni réclamer de contreparties. Il affirme vouloir défendre la continuité des réformes engagées, la maîtrise des dépenses publiques et les investissements.
L’ancien Premier ministre a rejeté les critiques du PSD sur l’état des finances publiques hérité du précédent gouvernement. Selon lui, les déséquilibres structurels accumulés au fil des années ne pouvaient être corrigés en cinq mois, d’autant que les pouvoirs d’un gouvernement intérimaire étaient limités.
Il a également mis en garde contre un éventuel abandon des mesures prises pour stabiliser le budget. La responsabilité de la politique menée incombera désormais à Luca Niculescu et à son équipe, a-t-il insisté, en soulignant que le PNL ne saurait être tenu responsable des décisions d’un gouvernement auquel il ne participe pas.
Au cours des débats, Sorin Grindeanu, président du PSD et chargé de présider la séance, a coupé le micro d’Ilie Bolojan lorsque son temps de parole a expiré. À la fin du discours du dirigeant libéral, les députés du PNL se sont levés pour l’applaudir, rejoints par des élus de l’USR et de l’UDMR.
Le PSD revendique un changement de cap
Le président du PSD, Sorin Grindeanu, a ouvert son intervention en saluant la fin du gouvernement Bolojan. Il a néanmoins affirmé que les conséquences des politiques menées par son prédécesseur resteraient visibles et que le nouveau cabinet devait désormais imprimer une autre orientation au pays.
« La Roumanie a besoin d’un changement de direction », a-t-il déclaré, promettant de rendre compte publiquement des décisions du précédent exécutif. Il a accusé le PNL et l’Union sauvez la Roumanie (USR) d’avoir privilégié les luttes de pouvoir au détriment des besoins de la population.
Sorin Grindeanu a également critiqué l’USR, dont il a contesté le bilan gouvernemental, et rappelé que le PNL avait participé aux gouvernements successifs au cours des sept dernières années, avec l’appui du PSD à plusieurs reprises.
Le PSD soutient le nouveau gouvernement et participe à l’exécutif. Mais les tensions entre les formations politiques restent vives, malgré l’accord qui a permis l’investiture.
L’UDMR appelle au dialogue et met en garde contre la polarisation
L’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) a justifié son soutien par la nécessité de sortir de la crise et de défendre les intérêts de sa communauté. Son président, Kelemen Hunor, a averti que le pays restait confronté à des difficultés économiques et sociales, tandis que la hausse des coûts de l’énergie pesait sur les ménages.
L’UDMR entend soutenir le gouvernement tout en restant vigilante sur les projets de loi et les ordonnances d’urgence. Kelemen Hunor a appelé à un dialogue constant et à la recherche de compromis, estimant que les formations politiques devaient proposer une alternative fondée sur la compréhension plutôt que sur la haine ou la radicalisation.
« C’est la dernière chance pour une Roumanie démocratique dans laquelle chaque Roumain peut espérer que demain sera meilleur », a-t-il déclaré.
L’USR et l’AUR votent contre
L’Union sauvez la Roumanie (USR), désormais dans l’opposition, a refusé de soutenir le cabinet. Son député Radu Miruță a accusé le PSD de chercher à reprendre le contrôle des institutions publiques et dénoncé les controverses impliquant certains responsables du parti, notamment des soupçons de corruption et le scandale immobilier Nordis.
Il a défendu le bilan de l’USR au gouvernement, évoquant la relance de cinq sites industriels, des investissements militaires et l’introduction d’indicateurs de performance pour la gestion des entreprises publiques. Selon lui, le parti a démontré que les institutions pouvaient être administrées sans être considérées comme la propriété d’une formation politique.
Le chef de file de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), George Simion, a lui aussi annoncé que son parti ne soutiendrait pas le nouveau gouvernement. Il a accusé les formations au pouvoir d’avoir entretenu leurs désaccords pendant plusieurs mois avant de s’entendre sur l’investiture. Il a également appelé à la libération de Călin Georgescu et critiqué les saisies conservatoires visant des biens appartenant à sa famille, qu’il a qualifiées d’abusives.
Avec 280 voix favorables, Luca Niculescu dispose désormais d’une majorité pour commencer son mandat. Mais le soutien du PNL reste limité à l’investiture, tandis que l’USR et l’AUR se placent dans l’opposition. Le nouveau gouvernement devra donc rapidement démontrer sa capacité à faire adopter ses mesures budgétaires et à maintenir une majorité parlementaire autour de ses priorités.







