Partenaire du fonds de capital-risque Fil Rouge Capital, Julien Coustaury fait partie des investisseurs qui ont récemment misé sur eYou, un nouveau réseau social européen en cours de lancement. Dotée d’un financement initial de 300 000 euros, la plateforme - fondée par Grégoire Vigroux et Jasseem Allybokus - ambitionne de proposer une alternative aux géants américains en plaçant la transparence et la vérification de l’information au cœur de son fonctionnement, grâce à un système de fact-checking en temps réel intégré directement dans l’expérience utilisateur.


Le lancement officiel s’est tenu à Bucarest, au Palatul Ghica Victoria, marquant une première étape symbolique pour ce projet qui s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur la souveraineté numérique européenne et la lutte contre la désinformation. Cet investissement traduit ainsi une volonté affirmée de soutenir l’émergence d’acteurs technologiques européens capables de proposer de nouveaux modèles dans le paysage des réseaux sociaux.
Cela dit, notre objectif n’est pas de faire vaciller Meta ou X. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation directe. Notre ambition est d’offrir une alternative crédible.
Quelles sont les principales différences entre eYou et les autres réseaux sociaux ?
La première différence majeure, c’est le fact-checking, qui était pour nous un élément essentiel dès le départ. Ensuite, il y a la question du contrôle des algorithmes. Beaucoup d’utilisateurs ressentent aujourd’hui une forme de lassitude face à la surabondance de publicités et de contenus mis en avant sans réel intérêt.
Enfin, il y a un enjeu de souveraineté. Les interférences étrangères dans les grandes plateformes ont montré qu’il existait un besoin réel, en Europe notamment, de disposer d’un environnement numérique digne de confiance. Ce sont ces trois piliers - fiabilité de l’information, maîtrise des algorithmes et souveraineté - qui ont guidé la conception d’eYou.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager dans cette aventure ?
Dans le capital-risque, un investissement repose toujours sur la rencontre entre une idée et une équipe. L’idée d’un nouveau réseau social nous intéressait depuis longtemps chez Fil Rouge Capital, mais nous n’avions encore jamais rencontré l’équipe capable de la concrétiser.
Le déclic s’est produit lors d’un échange avec Grégoire Vigroux, que je connaissais déjà. Il m’a présenté le projet autour d’un café, et la conviction a été immédiate. Avec sa vision et sa capacité d’exécution, combinées à l’expertise technique de Yass, nous avons estimé que toutes les conditions étaient réunies.
C’est souvent une question d’alchimie : comme dans toute rencontre décisive, il suffit parfois d’un moment pour savoir. Là, c’était évident.
Avec un financement initial de 300 000 euros, comment comptez-vous rivaliser avec des géants comme X ou Facebook ?
Quand on ne dispose pas des mêmes moyens, il faut faire preuve de davantage d’intelligence stratégique. L’histoire de l’innovation est pleine d’exemples où des acteurs plus modestes ont su s’imposer face à des géants.
Cela dit, notre objectif n’est pas de faire vaciller Meta ou X. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation directe. Notre ambition est d’offrir une alternative crédible.
Les 300 000 euros constituent un point de départ. D’autres levées de fonds viendront soutenir le développement du projet.
Si eYou se veut une alternative éthique sans exploitation des données personnelles, quel sera votre modèle économique à long terme ?
La question de la monétisation n’est pas prioritaire à ce stade. Nous sommes encore dans une phase de développement où l’essentiel est de construire un produit solide et pertinent.
Cela dit, nous réfléchissons déjà à des modèles innovants. De la même manière que nous avons introduit certaines fonctionnalités différenciantes, comme le fact-checking, nous pensons qu’il est possible d’innover aussi sur la monétisation.
Nous explorons actuellement plusieurs pistes, qui pourraient s’éloigner des modèles classiques fondés sur la publicité ou l’abonnement.
Votre système de fact-checking repose sur une IA alimentée par des sources dites "neutres et crédibles". Comment garantissez-vous leur impartialité ?
À ce stade, le système repose sur un algorithme en constante évolution. Nous sommes encore au début de l’aventure : eYou est un projet très jeune, qui a connu une croissance plus rapide que prévu.
Nous avons été surpris par l’ampleur de l’adoption, en dépassant largement notre objectif initial. Cela implique nécessairement des ajustements.
Le fact-checking fonctionne aujourd’hui, mais il est perfectible - et nous en sommes pleinement conscients. Notre engagement, en revanche, est clair : améliorer continuellement le système, affiner les sources et renforcer la fiabilité globale du dispositif au fil du temps.







