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CHRONIQUE ECO - Sur quel type de croissance se base la Roumanie ?

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Avec une croissance économique de 1,6% au premier trimestre 2016, en comparaison avec le dernier trimestre de 2015, la Roumanie a enregistré le meilleur taux de croissance de l'Union européenne – la moyenne européenne étant de 0,5%. En comparaison au T1 2015, la croissance des trois premiers mois de cette année a été de 4,3%. Notre économie est donc forte, mais personne n'applaudit. Pourquoi ?

Photo : www.romania-actualitati.ro

En Roumanie, deux cercles de pensée économique se sont structurés. Le premier estime que l'économie doit être stimulée par n'importe quel moyen, notamment par l'encouragement irraisonné de la consommation, et donc l'endettement. Le second dit que l'économie doit avancer petit à petit, mais sur des bases solides.

La réduction des taxes en Roumanie a été préparée et mise en pratique par le premier camp, tout comme l'augmentation des salaires. Et les résultats se vérifient aujourd'hui : la consommation augmente rapidement (plus 20% au premier trimestre 2016 par rapport à la même période de l'année dernière) et entraine derrière elle l'économie, qui a augmenté de 1,6% au premier trimestre 2016 par rapport au dernier trimestre 2015 et de 4,3% par rapport au T1 2015.

Mais le deuxième camp, celui des ''conservateurs'', est entré en jeu. Groupé autour de la Banque Nationale, il estime que la stimulation de l'économie ne peut pas se faire que par le biais la consommation. C'est ce que les statisticiens appellent ''la partie d'utilisation'' du PIB (ce qui se consomme), à différencier de la ''formation du PIB'' (ce qui se produit). Car si la consommation a augmenté de 20% au T1 2016, la production industrielle, elle, a augmenté de 0,6% et le secteur de la construction de 1,1%. Par ailleurs, les imports ont augmenté de 5%, alors que les exports de seulement 2,5%. Le déficit du compte courant de la balance des paiements (le rapport entre l'entrée et la sortie de devises) a atteint 1,5 milliard d'euros au premier trimestre de cette année, contre un excédent de 500 millions d'euros au T1 2015. Qu'est-ce que cela veut dire ? Que l'économie roumaine croit, mais pas par sa production, seulement par ses importations. Et cette situation creuse le déficit, qui augmente la dette de l'Etat. Celle-ci se situe aujourd'hui à 40% du PIB.

Pourquoi faut-il être attentif à ces aspects, nous disent les économistes conservateurs ? Voici un argument comparatif : la Roumanie a payé l'année dernière un intérêt de 2,5 milliards d'euros, soit 1,4% du PIB, pour une dette de 60 milliards d'euros. L'Espagne avait, en 2007, avant la crie, une dette de 37% du PIB. Aujourd'hui, elle est arrivée à 100% du PIB. L'Espagne paie pour cette dette l'équivalent de 13% du PIB (130 milliards d'euros). Si ce scénario se produisait pour la Roumanie, 40% du budget de l'Etat partirait dans le remboursement de la dette, sachant que nous ne réussissons à collecter en taxes et impôts que l'équivalent de 30% du PIB. En d'autres termes, cela deviendrait une dette mortelle, qui paralyserait l'Etat. La Roumanie a donc besoin de croissance, mais pas au prix d'une augmentation suffocante de la dette.

Iulian Anghel, journaliste au quotidien financier Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Mardi 24 mai 2016

lepetitjournal.com bucarest
Publié le 23 mai 2016, mis à jour le 8 février 2018

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