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Les personnes handicapées en Inde : victimes ou enfants des Dieux ?

Par France Azema | Publié le 27/03/2019 à 01:00 | Mis à jour le 27/03/2019 à 01:00
Les personnes handicapees victime ou enfant des Dieux

Selon les Nations Unies, environ un milliard de personnes vivent avec un handicap à l'échelle mondiale - ils sont "la plus grande minorité du monde". Dans ce nombre, près de 60 millions vivent en Inde. Dans ce pays, si la terre et le climat peuvent être rudes et inhospitaliers, les préjugés et la croyance karmique viennent peser tout autant sur ces personnes. En effet, selon cette pensée, les personnes handicapées sont à blâmer pour leur incapacité.

 

Certains posent l'hypothèse que le handicap implique un manque ou un défaut, ce qui conduit à diminuer de manière significative la capacité d’un individu. Cette hypothèse provient directement de la mythologie hindoue, où, dans le Mahābhārata, le roi Dhritarashtra est détrôné à cause de sa cécité.

En élargissant la lecture des textes religieux, les personnes handicapées sont présentées comme étant les victimes de la colère des Dieux, en fait, elles seraient punies pour des méfaits commis soit par elles ou par leur famille, dans cette vie ou dans une précédente. Le handicap d’un enfant est ici facile à conceptualiser, il est en effet perçu comme une « rétribution pour les actions passées », karma.

 

Krishna_Dhritarashtra
Krishna Dhritarashtra

 

Cet exemple parle à lui seul :

Sara a un fils handicapé en âge de se marier. Comme plus de 20 familles, ce jour-là,  elle rend visite à Shanti, une marieuse, dans l'intention d'arranger un mariage avec une fille de même condition, conformément à la tradition indienne. Mais comme à chaque fois qu’elle trouve une nouvelle marieuse, ses visites se terminent par des excuses et un refus lorsque la famille de l’éventuelle épouse apprend que son fils est handicapé (source AFP 27 fév 2014)

"Ils avaient cette impression qu'il pourrait avoir un impact négatif sur eux, qu'il pourrait déteindre sur eux. Il y a beaucoup d'ignorance sur le handicap", raconte Sara à l'AFP.

 

Historiquement, il existe toutefois des textes qui indiquent que les personnes handicapées sont considérées comme étant les "enfants de Dieu". Ce point de vue leur procure des espaces, dans la sphère religieuse, où les capacités à transcender le corps et ses défauts sont plus importantes que ces mêmes défauts. Même si le sens implicite de ces capacités peut être inquiétant au sein de notre compréhension actuelle du handicap, il apporte un accent de dignité dans la différence.


Quelle place pour les femmes dans l’utopie de l’aide aux handicapés ?

Le handicap est encore très stigmatisé, surtout chez les femmes. Il est dit d’elles, qu’elles ne peuvent alors pas assurer leur rôle dans la société.

Les femmes handicapées représentent au moins 10% du total des femmes indiennes et trois quarts de l’ensemble des personnes handicapées répertoriées en Inde.

 

The Association for Women With Disabilities (AWWD) a été créée en 2002 à Kolkata, afin de lutter contre ces discriminations. Leur approche de travail auprès des femmes/filles handicapées est basée essentiellement sur le fait de les aider à recouvrer le contrôle sur leurs ressources tant sociales qu’économiques et matérielles.

 

Il y a quelques années, une étude a été menée en Orissa. Elle montre que les femmes ou les filles vivant avec un handicap sont particulièrement vulnérables et victimes de toutes sortes d’abus. Parmi les chiffres présentés, il ressort que 25% de ces femmes ou filles sont battues ou violées.

 

Ma recherche effectuée pour une organisation internationale et portant sur les femmes handicapées moteur à Delhi a suscité plus de questions que de réponses. Déjà, hormis l’étude menée dans l’Orissa, aucune recherche n’a été faite sur ce sujet. De plus, je n’ai trouvé à Delhi aucune ONG s’occupant spécifiquement des femmes handicapées moteur. Et enfin, ma plus grosse question a été : « Où sont ces femmes ? ». En effet, les très rares femmes en fauteuil roulant dans les rues de Delhi sont des personnes âgées devenues handicapées suite à des problèmes liés à l’âge. De plus, l’espace urbain leur est inhospitalier : des routes défoncées, des trottoirs inexistants, ou envahis par les voitures garées, ou avec des rebords d’une hauteur pouvant aller jusqu’à 40 cm de haut.

 

Dans un pays où le ratio homme/femme atteint des records mondiaux (806 femmes pour 1000 hommes dans certains états), les difficultés rencontrées par les filles handicapées peuvent commencer à la naissance et, si elles sont autorisées à survivre, elles peuvent être victimes de discrimination au sein de la famille, recevoir moins de soins et de nourriture et être exclues des interactions et des activités familiales. Elles ont généralement moins accès aux soins de santé et aux services de réadaptation et moins de possibilité d’éducation. Les filles handicapées courent un risque élevé de maltraitance physique et mentale, parfois au sein même du foyer.

 

femme handicapee en Inde

Perspectives … Vers une nouvelle société

L’Inde est un des rares pays qui dispose d’un cadre législatif relativement complet pour la prise en charge du handicap et à avoir ratifié la convention des Nations Unies récemment signée.

En 1995, Le gouvernement indien signe la loi "Persons With Disabilities Act (PWDA)". Mais, en réalité, cette loi est totalement silencieuse au sujet des discriminations et des violences perpétrées sur les femmes handicapées.

Il y a toutefois en Inde un "National Center for Promotion of Employment for Disabled People (NCPEDP)".

Selon ce Centre :

  • Les femmes handicapées devraient créer des groupes d’auto-support,
  • Le gouvernement devrait proposer un cadre spécifique pour la prise en charge de ces femmes.

Mais rien n’est concrètement mis en œuvre, ces paroles ne retenant aucune attention.

 

En quoi les groupes de femmes peuvent aider

 

La prévention des handicaps demande l’effort des communautés mais aussi celui de l’État. Il est important que les femmes soient informées (ou mieux informées) des règles d’hygiène, des comportements à adopter, mais aussi de leurs droits et des lois qui peuvent les protéger.

Ainsi, les femmes pourront commencer à sensibiliser leur propre communauté en dispensant des informations sur les handicaps et leurs causes. Elles pourront ensuite initier des actions de prévention.

Mais de tels changements ne peuvent être possibles qu’en travaillant parallèlement à un changement positif dans la situation des femmes en général avant d’atteindre pleinement l’amélioration du statut des femmes handicapées. Cela représente un effort global considérable.

 

Aujourd'hui, il existe quelques organisations non gouvernementales qui réclament un visage humain à la mondialisation et que s'instaure un ordre économique international plus juste, notamment en garantissant un droit de vie aux personnes handicapées.

Les organisations non gouvernementales suivantes ont pris la parole: New Humanity; Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté; Mouvement indien «Tupaj Amaru»; Fédération internationale des ligues des droits de l’homme; Indian Council of Education; Asian Legal Resource Centre.

 

 

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France Azema lepetitjournal.com Bombay contributrice

France Azema

Touchée par la foudre de l'Inde très jeune, passionnée par sa culture, ses arts et ses traditions. Danses Bollywood, Kathak, yoga et méditation. Anthropologue indianiste et sociologue du genre et des religions de l’Inde.
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