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Benoit de Boigne : Un Savoyard, Général des Marathes au XVIIIe siècle

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 03/04/2019 à 00:45 | Mis à jour le 03/04/2019 à 10:34
Photo : Credit : wikicommons
Benoit de Boigne le Français au service des Marathes

Dans les années 1780, le Doab, une région fertile située entre les fleuves Gange et Yamuna au sud de Delhi, fut conquise par le Maratha, Mahadaji Scindia. A cette époque, celui-ci régnait sur une grande partie de l’Inde du Nord. Afin de former ses troupes aux dernières techniques militaires, il employa des mercenaires européens, dont deux Français, de Boigne et Perron.

 

En 1784, Mahadaji Scindia installa au pouvoir à Aligarh, importante ville du Doab, un militaire français Benoit de Boigne. Ce fut le début de la période française de cette région. 

Empire marathe au 18eme siecle
L'empire Marathe à la fin du 18ieme siècle - credit Wiki commons

 

Benoit de Boigne est né à Chambéry, en Savoie, en 1751. A 25 ans, il part servir sous les ordres de l’armée russe dans la guerre contre les Ottomans. Ayant entendu parler des richesses de l’Inde, il décide de s’y rendre et débarque à Madras (Chennai aujourd’hui) dans le sud du sous-continent sans trop savoir ce qu’il va y faire. Après moult péripéties, il se retrouve au service du Chef Maratha, Mahadaji Scindia, pour entrainer l’armée de celui-ci aux techniques militaires européennes.

 

Le territoire qui fut concédé à de Boigne par le chef marathe servait au départ de camp d’entrainement pour les bataillons formés par le général. En 1792, il avait une armée de 24.000 soldats formés à la française et dirigés par des officiers européens. Des baraquements modernes furent construits à Aligarh pour abriter les troupes et des fabriques de munitions et d’armes furent installées dans les villes d’Agra, Meerut et Shikohabad.

 

Benoit de Boigne mena la “grande vie des nababs blancs” en Inde comme l’attestent certains écrits. Le livre, “Edge of empire: Lives, culture and conques in the East” de l’historien américain, Maya Jasanoff, relate la visite d’un jeune fonctionnaire à la cour de de Boigne : “Le jeune Twinning fut immédiatement ébloui par cet homme, grand et au visage buriné, qui lui servit un diner fastueux et l’emmena faire une promenade à dos d’éléphant.”

 

A la mort de Mahadaji Scindia en 1794, de Boigne devint un des hommes les plus puissants de l’époque en Inde du Nord. Cependant, sa santé se détériorant, en 1796, il choisit de rentrer en Europe avec sa femme indienne et ses deux enfants et finit sa vie à Chambéry dans sa ville natale, après avoir vécu d’abord en Angleterre puis à Paris. Il fit don d’une partie de sa fortune accumulée en Inde à plusieurs institutions de Chambéry et il existe aujourd’hui trois monuments consacrés à Benoit de Boigne dans la capitale savoyarde : la fontaine des éléphants qui commémore les bienfaits du militaire pour sa ville,  la rue De Boigne en centre-ville et la maison de Boigne.

 

Chambery fontaine aux elephants benoit de boigne Inde
La fontaine aux éléphants de Chambéry - Credit Wikicommons

 

Benoit de Boigne fut remplacé par un autre Français qu’il avait lui-même recruté, Pierre Cuiller-Perron. Au sommet de sa carrière, ce dernier était en charge des forts d’Agra, Aligarh, Ajmer, Khurja, Delhi, Saharanpur et Firozabad. Cependant, lors de la seconde guerre anglo-marathe, Perron fut forcé de négocier avec les Anglais après les défaites marathes et le fort d’Aligarh fut capturé en 1803. Perron obtint de pouvoir retourner sain et sauf en Europe et rejoint l’Angleterre en 1805 après un séjour à Chandernagor.

 

Cela sonna la fin de la période française de la région. 
Mais le passage des Français dans la ville d’Aligarh a laissé des traces encore visibles aujourd’hui. 

 

Le fort d’Aligarh, qui avait été initialement bâti par la dynastie Lodhi puis reconstruit par les Moghols, fut renforcé par les deux généraux avec l’assistance d’ingénieurs français. Ils construisirent un rempart en forme de polygone à 10 côtés avec un bastion à chaque angle. La structure fut ensuite consolidée avec de faux murs et un fossé. Après la victoire des Anglais, le fort fut modifié et les murs intérieurs abattus pour construire des baraquements militaires. Le fort fut abandonné en 1860. La structure actuelle est en réparation sous la responsabilité de l’université d’Aligarh (Aligarh Muslim University AMU).

 

Fort Aligarh benoit de boigne inde
Le fort d'Aligarh - credit Wiki commons

 

De Boigne et Perron habitèrent dans une résidence luxueuse entourée d’un fabuleux jardin selon les écrits de l’époque. La maison, appelée Saheb Bagh, était située entre le fort et la ville. Le portail, sur lequel figurait le nom de Perron et la date de 1802 en Anglais et en Perse, est encore debout. La maison, elle-même, a été allouée à l’université AMU et a été converti en une auberge de jeunesse. 650 étudiants y sont logés. L’appartement résidentiel de Perron est maintenant le bureau du recteur.

 

C’est finalement tout ce qu’il reste des deux “Nababs blancs français” !  

 

Plus de détails et de photos sur les restes architecturaux ici

 

 

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