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Patrick Rogier : de Grasse à Bombay pour l’amour du parfum

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 05/06/2019 à 00:45 | Mis à jour le 05/06/2019 à 11:03
Patrick Rogier parfum Bombay Robertet

Depuis plus de vingt ans, Patrick Rogier, ingénieur chimiste spécialisé dans le métier de la parfumerie, travaille avec l’Inde pour l’exploitation des nombreuses plantes aromatiques comme le jasmin, la tubéreuse et le fenugrec, provenant de ce pays. Ses premiers voyages avaient pour objectif la mise en place d’ateliers d’extraction dans le Tamil Nadu. Désireux de s’expatrier un jour et ayant toujours montré un intérêt pour l’Inde dans le cadre de sa société, il est, depuis 2013, à la tête de la filiale en Inde de Robertet, une société familiale de parfums et arômes. La société indienne compte environ 100 personnes, le siège est à Mumbai et la production est assurée par deux usines, une à Thane, au Nord de Mumbai et une à Goa.

 

L'Inde : un défi professionnel et une aventure personnelle

Contrairement à de nombreux expatriés qui ne sont que “de passage”, Patrick est installé à Bombay pour le moyen/long terme. “Cela fait déjà six ans et j’y suis encore pour quelques années.”, affirme-t-il. 

Il considère son expatriation comme un défi professionnel et une aventure personnelle pour son épouse et lui. Lorsque la société Robertet a finalement proposé à Patrick de partir diriger la filiale indienne, Emmanuelle, sa femme, et lui ont pensé : “C’est une nouvelle aventure, on va changer complètement de paysage et reconstruire quelque chose !” Et effectivement, cela leur a permis de se renouveler et de sortir de leur zone de confort.

Mais le passage de Grasse à Mumbai fut un peu abrupt : “Je quittais mon bureau moderne de Grasse avec vue sur la Méditerranée pour les locaux vieillots de la filiale indienne situés dans le quartier d’Andheri en pleine ville. Vous pouvez imaginer la différence !”, s’exclame-t-il. Patrick trouve de nouveaux locaux et la société est aujourd’hui bien installée à Lower Parel et dispose d’une zone commerciale et administrative et d’une zone réservée à la création des parfums.  

 

Les bons côtés de l'Inde (et les moins bons !)

Professionnellement, il admire l’énergie et la volonté de réussir des Indiens : “Il y a un appétit que l’on a un peu perdu en Europe !”, lance-t-il. Pour Patrick, l’Inde est un pays jeune qui a déjà prouvé qu’il était capable de se développer. Les Indiens sont travailleurs : “Les journées font dix heures !” et sont dédiés à leur entreprise. “C’est une famille pour eux !”, fait-il remarquer.

Il apprécie aussi le respect et l’admiration pour les gens qui réussissent, qui règnent dans la société indienne.

 

Patrick considère que les Indiens ont encore à apprendre au niveau professionnel dans les domaines de la planification des tâches et de l’optimisation des processus : “Il leur est parfois très compliqué de trouver la solution la plus simple !”, avoue-t-il. 

 

Pour les Occidentaux, il est important d’arriver à décrypter les réponses des collaborateurs et de comprendre le “oui” qui est en fait un “non”.

 

Lors de ses débuts à la tête de la filiale, Patrick fut surpris des relations entre les collaborateurs et leur supérieur hiérarchique : “On ne peut pas critiquer le boss !”, dit-il, “Il existe souvent une relation très paternaliste dans les entreprises indiennes entre le chef et les employés. Mais, heureusement, cela a quand même tendance à changer avec les nouvelles générations qui sont plus formées au management participatif et comprennent le principe de prendre en compte l’autre.” Petit à petit, il essaie de faire évoluer les relations pour sortir de cet aspect paternaliste. 

 

Patrick Rogier parfum

 

Sur le plan personnel, Patrick reconnait que la vie d’expat est confortable même si Bombay est une ville surpeuplée et polluée dans laquelle il est difficile de se déplacer à pied. De plus, l’Inde est un pays dans lequel les possibilités de découvertes sont infinies : “On peut partir en week-end chaque semaine et découvrir quelque chose de différent. Il y a des diamants cachés partout.”, dit-il.

Le choc culturel est fort, mais si on est patient, on peut parvenir à comprendre les règles et les traditions et on peut se faire des amis indiens. 

“Les Indiens sont très attachants et fidèles. Le contact humain est la plus grande richesse de ce pays ! Mais, il faut savoir prendre son temps pour s’intégrer et s’adapter. En Inde, tout arrive lentement !”

 

Le parfum oui, mais aussi l'écriture

Patrick Rogier Saron

Patrick est aussi l’auteur de deux livres. Le premier relate la rencontre entre deux mondes entrepreneuriaux, l’indien et le français, inspiré par ses nombreux voyages en Inde, intitulé Les deux faces et le deuxième, publié tout récemment, est un thriller qui part sur les traces d’une essence de rose mythique, La rose de Saron.

Ces deux livres sont la concrétisation d’une envie d’écrire très ancienne qui date du collège. “J’aurais beaucoup aimé faire des lettres, mais je ne regrette pas ma décision de me tourner vers une carrière scientifique.”, dit-il. Cependant, à la sortie d’un MBA quand il a commencé à avoir un peu plus de temps pour lui, ses enfants ayant grandi, Patrick s’est remis à l’écriture et petit à petit il a compris qu’il y avait certains principes et règles à respecter pour pouvoir publier un livre : “On ne se lance pas n’importe comment dans un livre, il faut savoir un peu où on va...et que ce soit un peu intéressant, on ne fait pas ça pour soi ” indique-t-il. 

 

 

Patrick y voit une manière de partager son univers et son expérience mais n’a aucune prétention littéraire. “C’est un partage : je parle de ce que je connais et aime. Je vis dans le monde du parfum depuis bientôt 30 ans, c’est un monde très compliqué à multiples facettes. Et j’adore discuter du livre après …”, avoue-t-il. “Mais, pour captiver les lecteurs, il faut qu’il y ait un peu de recherche et des réflexions, que ce soit mouvementé et pas trop statique …” 

Pour concilier la vie professionnelle et l’écriture, la réponse de Patrick est très simple : 

Je ne regarde pas la télévision le soir, cela permet de libérer deux bonnes heures par jour pour réaliser son projet personnel ! C’est un choix.

 

 


La rose de Saron est disponible aux éditions Riqueti, dans la librairie Art et Livres à Grasse ou directement chez son auteur patrickrogier59@gmail.com.


 

 

 

 

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isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
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