Lundi 25 janvier 2021

Vendre des tongs avec un décolleté : polémique sur le sexisme birman

Par Julia Guinamard | Publié le 05/11/2020 à 23:00 | Mis à jour le 06/11/2020 à 03:59
Photo : Si la publicité pour les tongs a choqué, la charge érotique de celle des caleçons Spade, visible dans les bus de Yangon, a laissé les Birmans indifférents
pub sexiste birmanie

Le réalisateur Yone Lay se fait petit à petit une spécialité des clips provocateurs ou polémiques. Après avoir suscité une vague de protestations, notamment sur Facebook, à cause d’un film musical de 5 mn qui montrait des militaires birmans menés par le chef d’état-major Min Aung Hlaing sauver Aung San Suu Kyi d’une attaque d’assassins tout en noir façon ninja, le voilà qui récolte des milliers de commentaires outrés avec cette fois-ci sa réalisation d’une publicité pour des tongs.

Yone Lay, aussi appelé Little Rabbit, obtient l’attention de tous avec une vidéo aux scènes sexistes figurant une jeune femme changeant trois fois de tenues jusqu’à l’une plutôt dénudée qui finit par attirer l’attention de trois puis quatre hommes. Le combo est parfait pour que les projecteurs soient à nouveau braqués sur lui. La vidéo a en effet été vue par près de 200 000 personnes - signe quand même de son efficacité - s’attirant des dizaines de milliers de commentaires sur Facebook, souvent négatifs comme celui-ci qui résume : « C’est une publicité très vulgaire ».

De fait, ce film de 5 mn met en scène une femme qui défile devant trois hommes en train de discuter pour leur présenter des tenues. Aucune tenue ne plaît à ces messieurs et ils la renvoient jusqu’à ce qu’elle arrive avec la fameuse paire de tongs, une mini-jupe et un crop top caché sous un gilet ample. Les trois hommes ne la quittent alors plus des yeux d’admiration et grimpent sur une bibliothèque pour avoir un meilleur angle de vue plongeante… sur les tongs, bien évidemment !

Si les traditionalistes sont choqués par les vêtements de l’actrice, c’est surtout la place que Yone Lay donne à la femme qui électrifie la toile : « Je méprise ce genre de vidéo drôle. Cela montre que harceler les femmes dans notre société peut être acceptable », écrit ainsi l’actrice May Toe Khine, qui n’hésite pourtant pas à poser régulièrement pour des photos avec une forte charge érotique. Un des tops commentaires, le seul en anglais, rappelle que « beaucoup de femmes subissent des viols, sans recevoir de justice. C’est une des pires réalités de notre société ».

A regarder la vidéo, sa vulgarité est indéniable. Mais étonnamment, elle touche tout le film : les acteurs sont tous caricaturaux et, disons-le, mauvais, surjouant en permanence, l’histoire est affreusement banale, et l’usage du décolleté est certes sexiste mais si commun aujourd’hui dans tant de films, publicité, clips vidéo, événement sportif…

Quant à la charge érotique qui choque tant d’internautes, elle n’a rien de pire que celle des publicités pour les caleçons Spade que l’on voit dans les bus de Yangon… et qui n’ont suscité aucune réaction à ce jour. La vulgarité du film est, elle, du même acabit que celles des hôtesses hyper-sexualisées et adeptes de chirurgie esthétique qui accompagnent et animent les combats de MMA, que les Birmans peuvent regarder à chaque prestation du seul sportif de Birmanie un peu célèbre, le champion d’origine kachin Aung La Sang, dont le récent combat du 30 octobre a été suivi par plusieurs millions de personnes.

Sans justifier le moins du monde l’approche de fait sexiste de la publicité de Little Rabbit, le jugement est à nuancer. La vidéo garde un ton qui essaie d’être humoristique, qui ressemble à bien d’autres choses que l’on voit sur les chaînes de Birmanie et ne se hisse finalement pas parmi les contenus les plus critiquables du point de vue du respect et de la place des femmes dans la société birmane. Comme dans le film polémique précédent, ce qui choque finalement le plus est la lenteur de la réalisation et l’amateurisme des décors et des acteurs. Le réalisateur ignore d’ailleurs les critiques et conclut : « C’est juste du spectacle. Je ne fais de mal à personne, et c’est n’est pas un crime. C'est juste un clip publicitaire à petit budget ».

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