Plus de 6.000 prisonniers ont été libérés dimanche en Birmanie à la faveur d'une amnistie annuelle accordée par la junte pour la fête de l'Indépendance, une semaine après le début de législatives dénoncées comme une mascarade par des observateurs internationaux.


L'armée a pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 2021 qui a déclenché une guerre civile opposant des rebelles pro‑démocratie aux forces de la junte. Des milliers de militants ont été arrêtés depuis le putsch.
Dimanche, une douzaine de bus remplis de détenus libérés ont quitté la prison d'Insein, dans la région de Yangon, certains faisant des signes à des foules de sympathisants, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Des proches massés devant la prison ont brandi des pancartes portant les noms de leurs proches incarcérés. Un homme a émis l'espoir de voir son père, emprisonné pour avoir "fait de la politique".
"Sa peine touche à sa fin. J'espère qu'il sera libéré dès que possible", a déclaré cet homme qui a refusé de décliner son identité pour des raisons de sécurité.
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a gracié 6.134 ressortissants birmans emprisonnés, et 52 détenus étrangers devaient également être libérés puis expulsés, a indiqué le Conseil national de défense et de sécurité.
L'amnistie annuelle des prisonniers, "pour des raisons humanitaires et de compassion", a été annoncée au moment où le pays célèbre le 78e anniversaire de son indépendance après la colonisation britannique.
Plusieurs hommes et femmes libérés se sont étreints en larmes devant Insein, prison tristement célèbre pour de présumées violations des droits humains.
Certains ont indiqué à l'AFP avoir été arrêtés pour des affaires de drogue, de vol et d'autres délits non politiques.
"Je suis très heureux de retrouver ma famille", a déclaré Yazar Tun, 35 ans, tenant dans ses bras l'un de ses trois enfants devant Insein. Il a dit avoir purgé environ huit mois d'une peine d'un an pour vagabondage.
- Plus de 22.000 détenus -

Nang Mwe San, femme mannequin et ancien médecin, figurait également parmi les personnes libérées, a constaté un journaliste de l'AFP. Elle avait été arrêtée en 2022 pour "atteinte à la culture et à la dignité" après avoir publié en ligne des vidéos jugées à caractère sexuel.
Plus de 22.000 personnes sont actuellement détenues par la junte, selon l'Association d’assistance aux prisonniers politiques.
La junte birmane a organisé il y a une semaine des législatives échelonnées sur un mois, ses dirigeants assurant que ce scrutin apporterait la démocratie et la réconciliation nationale.
Toutefois, des défenseurs des droits humains et des diplomates occidentaux l'ont condamné comme une imposture.
Le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), favorable aux militaires, dispose d'un avantage décisif lors de la première phase, ayant remporté 90% des sièges de la chambre basse annoncés jusqu'ici, selon les résultats officiels publiés dans les médias d'Etat samedi et dimanche.
De nombreux analystes décrivent l'USDP comme un relais civil de l'armée. Deux autres phases, avec un vote dans d'autres cantons, sont prévues les 11 et 25 janvier.
La très populaire mais dissoute Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la figure de proue démocrate Aung San Suu Kyi n'apparaissait pas sur les bulletins de vote, et elle est emprisonnée depuis le coup d'Etat.
L'armée avait annulé les résultats du dernier scrutin en date en 2020, après une nette victoire de la LND sur l'USDP. L'armée et l'USDP avaient alors allégué une fraude électorale massive, des accusations que des observateurs internationaux ont jugé infondées.
La junte a indiqué que la participation lors de la première phase des législatives en décembre avait dépassé 50% des électeurs inscrits, en‑deçà du taux d'environ 70% enregistré en 2020.







