Mardi 4 août 2020

Un général de police condamné pour harcèlement sexuel

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 09/07/2020 à 23:00 | Mis à jour le 09/07/2020 à 23:00
Photo : Le général Zaw Moe Than
Le général Zaw Moe Than

Le général Zaw Moe Than, qui était le responsable national des ressources humaines en charge des promotions et mutations au sein des forces de police de Birmanie, a été condamné vendredi 3 juillet à une peine de prison et incarcéré suite à la sentence, a déclaré un représentant du ministère de l’Intérieur. Le général Zaw Moe Than avait été accusé par au moins huit policières d’avoir exigé « des prestations sexuelles en échange de promotions ou de mutations ». Radio Free Asia (RFA) note « qu’une telle condamnation est très rare en Birmanie où presque tous les postes de direction importants sont détenus par des hommes, qui n’ont en règle générale aucun compte à rendre pour leurs abus de pouvoir ». Le harcèlement sexuel est de fait une pratique notoire en Birmanie, et souvent un sujet de plaisanterie entre hommes et même parfois entre femmes lors de repas ou de moments de détentes collectives au sein d’une entreprise.

Et pour cause, explique Daw Hla Hla Yee, avocate et directrice d’une organisation d’assistance judiciaire, dans The Irrawaddy, « le code de la police ne dispose d’aucun texte, d’aucune règle encadrant le harcèlement sexuel dans le cadre professionnel. Il n’y a guère que des clauses floues sur la morale ». Et la militante en faveur de lois défendant plus et mieux les femmes de noter que « ce n’est pas que dans la police d’ailleurs. En Birmanie, il n’existe aujourd’hui aucun texte protégeant les employés contre les abus de pouvoir de leurs patrons, et en particulier protégeant contre le harcèlement sexuel. Et il est en outre très difficile de porter plainte contre un supérieur hiérarchique, le plaignant ne peut pas protéger son identité, par exemple, et doit continuer à travailler ouvertement pendant la procédure… ».

L’abus de pouvoir n’est pas considéré comme anormal

Dans le cas du général Zaw Moe Than, une de ses subordonnées a cependant eu le courage de faire face, ce qui a entraîné une enquête du ministère de l’Intérieur puis son jugement par un tribunal spécial. Selon RFA, « l’officier supérieur encourt jusqu’à trois ans de prison. Il a été sanctionné en vertu de la loi sur la discipline au sein des forces de police. Un porte-parole de la police a toutefois précisé que la sanction devait encore être approuvée ‘par les autorités compétentes’ avant d’être rendue publique ». Le même porte-parole a refusé de confirmer que le général avait été incarcéré à la Yamethin de Mandalay.

Les questions des abus de pouvoir et du harcèlement sexuel sont si ancrées dans la société birmane qu’elles ne sont pas perçues comme des exactions ou de la corruption. Comme l’explique avec une certaine candeur à RFA le lieutenant-colonel Thein Aung, retraité de la police, « le problème de la corruption provient surtout de ce que la plupart des officiers supérieurs de la police viennent de l’armée [les deux institutions sont militaires en Birmanie]. Lorsqu’ils changent d’uniformes, ils ignorent tout des codes de conduite policier et ils sont donc faibles sur les questions éthiques. Mais quelques-uns parmi eux sont quand même biens car ils n’abusent pas des femmes et ils sont moins corrompus »…

Du fait du faible salaire – 144 000 kyats par mois, plus 54 000 de viatique, (soit environ 130 euros en tout), plus deux uniformes et un mois de congé par an – la police attire désormais de moins en moins de candidats, et le ministère de l’intérieur a décidé en 2012 de recruter de plus en plus de femmes car leurs salaires sont de toute façon bien inferieurs à ceux des hommes dans tous les secteurs économiques. C’est ainsi que toutes celles d’une taille d’au moins 1,6 mètre, âgées entre 18 et 25 ans et ayant au moins deux ans à l’université peuvent passer le concours pour devenir policières. Ces jeunes femmes seront surtout en charge de fonctions administratives, précise le ministère de l’Intérieur. Et comme une dernière preuve du triomphe de patriarcat dans la société birmane, le plus haut grade qu’une femme peut officiellement atteindre au sein de la police est celui de major, donc au plus bas des officiers supérieurs.

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