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U Phyo Min Thein vers un retrait de la vie politique

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U Phyo Min Thein
Écrit par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie
Publié le 17 juin 2020, mis à jour le 18 juin 2020

Longtemps considéré comme une « figure montante » de la Ligue Nationale pour la Démocratie – certains analystes étrangers parlaient même de lui pour remplacer à terme Daw Aung San Suu Kyi ! – le Premier ministre de la région de Yangon jette l’éponge politique. Confronté à une procédure de destitution – une réunion d’urgence du parlement se tient ce jour pour en discuter -, contesté dans les rangs même de son parti, empêtré dans sa mauvaise gestion de la région, tant pour ses errements financiers que pour ses erreurs humaines que pour ses errances dans les projets de développement, U Phyo Min Thein a pris une décision qui semble bien marquer la fin de sa carrière politique : il ne se représentera pas aux élections générales de la fin 2020, renonçant ainsi à la fois à un siège au parlement et à son poste de Premier ministre de la région de Yangon.

C’est le media Radio Free Asia (RFA) qui a rendu hier l’information publique : invoquant des « raisons de santé » sans davantage développer, U Phyo Min Thein aurait décliné l’intronisation pour la circonscription régionale de Hlegu, au nord-est de Yangon, dont il est actuellement le député en exercice. Lors d’une interview exclusive à RFA, le dirigeant a confié que « les rumeurs circulant dans les médias comme quoi je me représente sont fausses. J’ai fait savoir à mon parti que je ne suis pas candidat au scrutin à venir, pour des questions de santé ».

U Phyo Min Thein, 51 ans, a dû subir une opération cardiaque voilà quatre ans mais depuis tout semblait aller bien pour lui de ce côté. L’ancien prisonnier politique affirme qu’il continuera toutefois « à militer au sein de son parti et à tout faire pour développer son pays ». Le dirigeant quitte le sommet de la politique birmane aussi rapidement qu’il y était parvenu. Elu au parlement lors du scrutin partiel de 2012, alors qu’il venait juste de rejoindre la LND, il avait profité d’un remaniement interne de son parti pour entrer en 2016 au Comité central de 12 membres qui dirige la NLD, alors qu’il était déjà le Premier ministre de la région de Yangon. Une année faste pour lui, qui marque le sommet de son influence et de son pouvoir.

Depuis, les déboires se sont succédé, entre décisions illégales parce que pas présentées et donc pas votées et approuvées par le parlement local, rejet de la transparence normale entre pouvoirs exécutif et législatif, querelles avec divers médias… Dans la principale, avec le groupe Eleven, le journal était absolument fautif et U Phyo Min Thein totalement dans son droit, mais sa gestion de la crise fut si catastrophique qu’au final l’opinion s’est en grande partie retournée contre lui. Dernier faux-pas en date, sa participation fin mai à une cérémonie religieuse à la pagode Botataung alors que les réunions de ce genre étaient interdites. Une erreur qui lui a valu un rappel à l’ordre et un avertissement officiel de la part de son propre parti.

S’il ne faisait aucun doute que, quelle que soit l’issue des prochaines élections générales, U Phyo Min Thein n’aurait pas conservé son poste de Premier ministre de la région de Yangon, il avait cependant toutes ses chances d’être réélu dans sa circonscription régionale ou même de se voir attribuer par la LND une circonscription nationale tout à fait « gagnable ». Il préfère tirer sa révérence d’une manière qui en fait à lui seul une véritable métonymie des dirigeants politiques birmans : de bonnes intentions souvent, une méconnaissance totale des règles normales de la vie démocratique - en particulier de l’équilibre entre les pouvoirs - un paternalisme de bon aloi, un refus de tout contrôle et donc de rendre des comptes, un rejet du débat, la conviction de pouvoir tout changer tout seul par le seul moyen de ses décisions, et au final un sentiment de puissance qui se traduit par des infractions répétées aux règles.

 

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