Les glissements de terrain : fréquents, mortels et méconnus

Par Juliette Verlin | Publié le 27/02/2020 à 23:00 | Mis à jour le 27/02/2020 à 23:00
Photo : Les restes du village de Ye Pyar Gone après le le glissement de terrain du 9 août 2019 qui a tué au moins 75 personnes
Les restes du village de Ye Pyar Gone après le le glissement de terrain du 9 août 2019 qui a tué au moins 75 personnes en Birmanie

Le 9 août 2019, au moins 75 personnes sont mortes dans le glissement de terrain qui a frappé le village de Ye Pyar Gone, près de la ville de Mottama, un effondrement d’un pan de montagne déclenché par des jours de fortes pluies apportées par la mousson. Près de 30 maisons ont été détruites, des dizaines de personnes ont été blessées. Plus de 150 sauveteurs composés des forces de police, des pompiers et de personnel formé aux secours ont entamé une recherche de survivants. Mais le glissement de terrain le plus dévastateur jamais enregistré en Birmanie s'est produit en juillet 2015, suite à l’impact du cyclone Komen, à cause duquel, selon le Comité national de gestion des catastrophes naturelles (CNGCN), 181 personnes ont été tuées et quelque 1,6 million de personnes ont été temporairement déplacées par les inondations et les glissements de terrain. En 2018, au moins 30 personnes sont mortes dans les inondations et les glissements de terrain qui ont suivi. A Mawlamyine, la capitale du Mon, les pluies ont déclenché un glissement de terrain qui a endommagé la célèbre pagode Kyeik Than Lan.

Ces dernières années, les glissements de terrain ont rejoint les inondations et les tremblements de terre au rang des catastrophes naturelles majeures en Birmanie, touchant en particulier les régions montagneuses du pays, comme l’État de Chin, de Mon et de l’Arakan. Les pentes abruptes, les conditions géologiques instables, la croissance démographique qui pousse les populations à s’installer dans des lieux de moins en moins propices, et les fortes pluies de mousson en font des régions vulnérables. Depuis fin juin 2019, des pluies torrentielles ont provoqué des inondations et des glissements de terrain dans 12 des 14 États du pays et ont déplacé plus de 2 millions de personnes, selon le CNGCN. L'État de Mon a été parmi les plus touchés.

A la suite de cette catastrophe de Mottama, le deuxième vice-président Henry Van Thio, également président du CNGCN, a visité le site et d'autres zones touchées par les inondations dans l'État de Mon pendant trois jours avec le ministre de la Protection sociale, du Secours et de la Réinstallation, U Win Myat Aye. Pendant son séjour, Henry Van Thio a chargé géologues et experts d'examiner la zone, d'identifier les mesures préventives qui pourraient être prises à l’avenir et de mener des études dans d'autres zones sujettes aux glissements de terrain. Le ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et de l'Irrigation a donc dépêché une équipe de géologues de son département de gestion de l'irrigation et de l'utilisation de l'eau pour évaluer si la zone était à risque immédiat de nouveaux glissements de terrain. Avant la date d'échéance du rapport, le secrétaire permanent adjoint du ministère, U Myo Tint Tun, a déclaré que l'équipe avait annoncé au ministère qu'aucun des villages touchés par des glissements de terrain récents n’était susceptible d’en subir un nouveau dans l’immédiat.

Un rapport plus complet a été rédigé en septembre de la même année. Mais les cartes des futures zones à risque n’ont pas été divulguées. « Selon l'analyse faite par les experts et les universitaires, il y a 14 sites où un glissement de terrain s'est produit dans le passé. Ils nous ont indiqué que ces sites pourraient subir de nouveaux glissements de terrain. Et ils ont également présenté 21 autres sites à risque. Nous ne pouvons pas encore annoncer l'emplacement exact de ces sites », a expliqué U Min Kyi, ministre des Ressources naturelles et de la Conservation de l'environnement du gouvernement local Mon, devant le parlement régional. « Nous avons peur d’inquiéter la population à propos de potentiels glissements de terrain si nous divulguons précisément les zones à risque », a ajouté U Min Kyi dans un paternalisme tout à fait exemplaire de l’attitude de nombreux dirigeants birmans. Un paternalisme qui enrage Zaw Zaw Htoo, le député de la circonscription locale numéro 2 de Paung, où se trouve le village de Ye Pyar Gone, qui réclame à cors et à cris que le rapport soit rendu public : « Nous voulons savoir si ces sites vulnérables sont proches de zones résidentielles ou non. Les populations doivent avoir accès à ces informations officiellement afin de pouvoir se préparer. Sans informations sur les emplacements précis de ces sites, nous ne pouvons pas effectuer de travaux de relocalisation ou d'évacuation si nécessaire ».

U Min Kyi a répondu que, sur la base des résultats, observations et recommandations soumis dans le rapport, le gouvernement mènerait des campagnes de sensibilisation parmi la population. En ce qui concerne les zones ayant subi des glissements de terrain dans le passé, le rapport recommande de ne pas construire de maisons sur les pentes abruptes ou au pied des montagnes et des collines, et de ne pas creuser au pied d’une colline. Mi Kon Chan, la députée de la circonscription locale numéro 1 de Paung, abonde en ce sens, jugeant que des terrassements illégaux au pied de la montagne pour étendre des complexes résidentiels avaient probablement contribué à la catastrophe : « Le sol à la base de la zone de glissement de terrain est devenu mou à cause de ces travaux. Combiné aux récentes fortes pluies, cela a provoqué un glissement de terrain ». Bien que la mousson arrose copieusement la région chaque année, c'est la première fois qu’elle subit un glissement de terrain aussi important. 

Selon un rapport du Système régional intégré d'alerte rapide multirisque, Mawlamyine, la principale ville de l’état de Mon, a une pluviométrie annuelle moyenne de 4 638 millimètres, dont 1 140 au seul mois d’août. La mousson, plus humide, et l’augmentation du nombre d’événements météorologiques extrêmes (fortes pluies, tempêtes) sont deux facteurs qui, selon le rapport, pourraient entraîner une augmentation des inondations et des glissements de terrain. À la suite du glissement de terrain de Mottama, les habitants ont également mis en cause la déforestation. La question a été soulevée au parlement national plusieurs jours après l’accident lorsque des députés ont appelé le gouvernement à intensifier ses efforts en faveur de l’environnement, tant dans la préparation aux catastrophes naturelles que dans l’intensification de la restauration et préservation des forêts. Surtout, les élus ont réclamé que la loi soit plus et mieux appliquée quant aux pratiques commerciales illégales, comme l’abattage sauvage des arbres, qui causent des dommages environnementaux et sociaux.

U Ye Myint Swe, vice-ministre des Ressources naturelles et de la Protection de l'environnement, a répondu aux députés que depuis 2017, son ministère a lancé un projet à long terme de préservation des zones forestières, dans le cadre duquel de nombreux arbres sont plantés ou replantés à travers le pays. Mais il a aussi admis que faute de personnel suffisant, le ministère est limité pour lutter efficacement contre l'abattage illégal.

Lundi : Catastrophes naturelles : la Birmanie est-elle prête ?

Mardi : Le risque sismique, un danger bien réel et longtemps sous-estimé

Mercredi : Les cyclones, de plus en plus nombreux…

Hier : Inondations : après qui le déluge ?

Sur le même sujet
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Birmanie !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition internationale