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LAURE D’HAUTEVILLE - Pour que « Beyrouth reprenne sa place de capitale culturelle dans le monde arabe »

Par Sarah Delbos | Publié le 06/02/2018 à 13:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 10:01
Photo : Laure d'Hauteville
Laure d'Hauteville

Laure d'Hauteville fondatrice et directrice du BEIRUT ART FAIR fait partie des finalistes des Trophées des Français de l’étranger, organisés par lepetitjournal.com, dans la catégorie « culture/art de vivre ». Pour cette 6e édition, le vainqueur sera récompensé le 13 mars par le groupe Le Monde, notre partenaire média.    
 

Retrouvez l’interview de Laure d'Hauteville que nous avions faite cette année à l’occasion de la 8e édition de BEIRUT ART FAIR qui a eu lieu du 21 au 24 septembre 2017.

 

LPJ Beyrouth : Pourriez-vous vous présenter ?

Laure d'Hauteville : Je suis la directrice et organisatrice générale de BEIRUT ART FAIR. Je suis arrivée au Liban en 1991 et c'est très vite devenu mon pays d'adoption. J'ai habité pendant 14 ans au Liban, et depuis je continue à venir tous les mois au pays du Cèdre.

 

Comment avez-vous créé BEIRUT ART FAIR ?

Étant journaliste pour la rubrique culture du journal « Le Commerce du Levant », j'ai rencontré tous les acteurs de l'art contemporain au Liban. Un jour, une de mes amies, Joumana Dammous, m'a proposé d'organiser une exposition au sein d'un salon des banques. Je n'avais pas du tout l'intention de créer une foire ! Une fois l'exposition terminée, je me suis dit « c'est fatiguant, je ne peux plus refaire ça ! ». Mais la presse libanaise a été dithyrambique.

En 1998, j'ai fondé la première foire dédiée à la création artistique au Moyen-Orient, ART-SUD. Après l'assassinat de Rafic Hariri en 2005, je suis partie à Abou Dhabi et j'ai lancé en collaboration avec les équipes d'Art Paris en 2007 et 2008, les deux premières éditions d'Art Paris Abu Dhabi, devenue aujourd'hui Abu Dhabi Art Fair.

En 2009, le Liban s'est enfin stabilisé. Je suis donc revenue et j'ai créé en 2010, BEIRUT ART FAIR, une plateforme internationale pour les artistes du Middle-East, North-Asia, South-Asia (ME.NA.SA).

 

Pourquoi un tel intérêt vis-à-vis du Liban ?

Quand j'ai créé la foire à Beyrouth en 1998, il n'y avait pas de foire dans la région. En revanche, il y avait beaucoup de très bons artistes et de très bonnes galeries. A l'époque, les Libanais ne regardaient pas la modernité artistique comme aujourd'hui. Cela me tenait à c?ur de montrer aux Libanais leur patrimoine, de leur dire : « Vous achetez beaucoup d'art occidental mais dans votre région aussi, l'art est très fort, il est le témoin de son temps ». Je voulais faire découvrir et redécouvrir les artistes phares qui font l'histoire de la région du Moyen-Orient.

 

Que pensez-vous de Beyrouth, du Liban et de ses habitants ?

Beyrouth est un bouillonnement artistique. Dans chaque famille libanaise, il y a un artiste ou un collectionneur. L'art et la culture ont toujours fait partie du quotidien des Libanais. Ce sont des gens très sensibles, très ouverts à l'autre, qui s'intéressent beaucoup à la culture. Ce sont des personnes qui aiment tout ce qui est innovant dans le domaine de la musique, de la mode, du design, du cinéma? Ils aiment découvrir et être surpris.

Jamais dans aucun autre pays, on pourra trouver un peuple aussi dynamique, curieux et éduqué. Le nombre d'expositions et d'événements artistiques dans un si petit pays est impressionnant. C'est un bouillonnement artistique et culturel dans les quatre coins du pays. Le Liban est un foisonnement d'événements artistiques.

 

Lors de cette 8e édition de BEIRUT ART FAIR, la première édition de Beirut Design Fair se déroulera en parallèle. Pouvez-vous nous en parler ?

Pendant quatre ans, nous avons fait du design dans BEIRUT ART FAIR, mais le public n'a pas apprécié de voir le design mélangé avec de l'art contemporain. On a donc décidé l'année dernière d'arrêter le design, et nous avons proposé à Hala Moubarak, co-fondatrice de Beirut Design Fair, d'être notre partenaire.

 

Quels sont les objectifs de BEIRUT ART FAIR ?

Nous voulons que Beyrouth reprenne sa place de capitale culturelle dans le monde arabe. Ce sont les événements politiques au Liban qui ont permis au Golfe de prendre la place de Beyrouth. Mais la culture est ici, pas ailleurs.

Le but de BEIRUT ART FAIR, c'est donc de devenir à chaque fois de plus en plus forte et qualitative, pour fédérer toute la création artistique et les grands acteurs de l'art moderne et contemporain, au Levant et dans le monde arabe. On ne cherche pas à être une foire immense. On cherche à être une foire à taille humaine, une boutique « art fair » c'est-à-dire une foire de niche, où le collectionneur et l'amateur d'art viennent pour découvrir. Il y a tellement de foires d'art contemporain à travers le monde que le public se lasse peu à peu... Quel est l'intérêt de venir à Beyrouth si c'est pour retrouver les mêmes ?uvres que dans les autres grandes foires ? Si on vient à Beyrouth, c'est parce que l'on veut découvrir !

 

Quels avantages retirent les galeries de leur participation à la BEIRUT ART FAIR ?

Cela permet aux galeries libanaises de pouvoir faire des échanges et de travailler avec des galeries internationales. Suite aux précédentes éditions de BEIRUT ART FAIR, il y a des artistes français ou anglais qui ont collaboré avec des galeries locales. C'est donc un échange, à l'image de Beyrouth et plus généralement du Liban, pays de partage et de dialogue.

 

Quels sont vos objectifs pour le futur ?  

Notre objectif est de pouvoir élargir au maximum l'influence des principaux artistes de la région et d'organiser une grande exposition muséale de ces artistes dans des musées en Europe.

 

A savoir en plus sur Laure d'Hauteville :

- Diplômée en Histoire de l'art à la Sorbonne et membre de l'Association Internationale des Critiques d'art (AICA), elle arrive au Liban en 1991.
- En 2014, elle créé la Singapore Art Fair.
- En septembre 2016, elle est décorée par le ministère libanais de la Culture au Liban pour ses 25 années au service du Liban. 

 

 

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