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AL-KAMANDJATI – Apporter la musique dans les camps

Par Caroline IRIGOIN | Publié le 19/10/2017 à 17:35 | Mis à jour le 19/10/2017 à 18:22
Photo : Cours d’éveil musical dans le camp de Bourj el Barajneh
Karmanjati

Créée par l’altiste Ramzi Aburedwan en 2002, l’association Al-Kamandjati, du nom d’un instrument de musique très proche du violon, initie à la musique 1500 enfants palestiniens dans les Territoires palestiniens et 75 enfants dans les camps palestiniens de Chatila et Bourj el-Barajneh depuis 2008 à Beyrouth.
 

 

Un projet social et musical

Dans les locaux de l’association partenaire Beit Atfal Assumoud où ont lieu les cours, des dessins et collages colorés ornent les murs. Le dimanche matin, les cours ont lieu à Chatila et l’après-midi à Bourj el-Barajneh. Dans le couloir, les enfants, ravis et impatients, attendent avec leurs parents le début de leur cours. L’éducation musicale comprend des cours d’éveil musical, des cours individuels d’instruments - nay, oud, qanoun, violon, tabla, violoncelle et piano - ainsi que des temps de pratique en chorale et en orchestre.
 

« Beit Atfal Assumoud (‘Maison des enfants de la résistance’ en arabe) est le premier centre social à s’impliquer dans ce type de projet au Liban. Elle joue un rôle important pour convaincre les familles du fait que la musique a un impact important dans le développement et l’éducation des enfants. Elle assure un suivi et intervient en cas de problème », confie Jamal Abusaleh, coordinatrice des activités culturelles du centre social de Chatila. La musique n’est pas toujours bien perçue par les parents avec lesquelles un dialogue est instauré. « Certaines familles n’acceptaient pas la musique parce qu’elle ne fait pas partie de la culture de l’islam. D’autres estiment que la réussite scolaire passe avant les activités extrascolaires », ajoute-elle.
 

Les professeurs utilisent divers outils d’éducation musicale adaptés à l’enfant. « La dimension ludique est très importante dans l’apprentissage. On ne peut pas leur faire aimer la musique sans passer par le jeu. Il faut combiner les deux, en passant par exemple par des chansons ou des histoires. Je fais également de la musicothérapie avec eux. L’impact sur le comportement des enfants est flagrant », témoigne Tammam Saeed, professeur de oud.

 

Pratique chorale dans le camp de Chatila

                                                                                 Pratique chorale dans le camp de Chatila

« Une chance qu’ils n’ont pas dehors »

Le projet répond à un besoin. « L’accès à la culture et à l’enseignement musical est un réel besoin dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban» explique Julie Vautard, chef de projet et de développement d’Al Kamandjâti au Liban. Vecteur de dialogue entre les cultures, la musique a le pouvoir de donner de nouvelles perspectives aux enfants, de leur permettre de s’évader de la dureté de leur quotidien et de lutter contre les préjugés lorsqu’ils donnent des concerts en dehors des camps.

Dans un bureau animé par le passage joyeux d’élèves qui demandent des renseignements pour aller en cours de musique, Abdul Qader Muslemani, travailleur social à Bourj el-Barajneh, témoigne de son expérience. « La musique a un très fort impact sur leur état d’esprit. Ils deviennent plus responsables, plus confiants et s’en sortent mieux à l’école. Dans la société, on porte sur eux un regard différent. En parallèle, on essaie d’initier les filles à jouer d’instruments plutôt utilisés par les garçons. Par exemple, peu de filles jouent de la tabla, comme peu conduisent un taxi ou sont policières. On tente de changer cela ».

En plus de donner accès à la musique, l’objectif du projet est d’intégrer les jeunes sur le plan professionnel. Khalil Abdul Mouti, élève de 17 ans qui participe au projet depuis huit ans, a commencé à apprendre le tabla et participe au programme de formation des élèves avancés pour devenir un jour professeur de musique. « Quand je fais de la musique, je suis heureux et fier. Je veux devenir musicien professionnel », déclare-t-il avec un sourire rayonnant. Nour Aburaya, 24 ans, qui a appris le oud, vient d’être engagée comme assistante de coordination sur le projet au Liban. Pour Julie Vautard, « le futur de l’association réside dans ses jeunes qui prendront la relève un jour. En plus de donner accès à la musique, le projet est dans une démarche de professionnalisation ».
 


Ramzi Aburedwan, fondateur du projet Al Kamandjati, a reçu mardi, le prix international de la paix de la  Fondation Gandhi (Gandhi International Peace Award). « Je voudrais exprimer ma joie sincère de recevoir ce prix que je dédie à mon grand-père (...) La musique m'a appris la résilience mais aussi comment être fier de mon patrimoine culturel et le protéger » a affirmé Ramzi Aburedwan à cette occasion.

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