Richard Wagner et “Der Ring des Nibelungen”

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 17/06/2022 à 10:00 | Mis à jour le 17/06/2022 à 10:00
Photo : © Staatsoper unter den linden
Illustration des opéras de Wagner, Ring

Le Staatsoper unter den Linden présente la tétralogie dès l’automne 2022 jusqu’au printemps 2023. L'occasion de revenir sur l'histoire de ce classique.

 

Wagner écrivit : “Le mythe est le poème primitif et anonyme du peuple”. Telle est la mesure à laquelle sont pliés les héros de l’Anneau, là s’enracine la grandeur qui subjugua tous ceux qui assistèrent à la création de cette œuvre. Le compositeur trouva dans les grandes sagas scandinaves ce souffle épique qui seul pouvait s’accorder à son élan visionnaire.

 En 1848, Wagner composa un poème en prose qui constituait l’esquisse de l’Anneau tel que nous le connaissons : Le Mythe du Nibelung, esquisse d’un drame, et même une première version de ce qui deviendra Le crépuscule des dieux, La mort de Siegfried. En 1852, malgré l’exil, le poème entier de la Tétralogie (le cycle des quatre opéras qui composent l’Anneau est achevé.

 

Le mythe est le poème primitif et anonyme du peuple.

 

Une vie pleine de passions

Richard Wagner est né à Leipzig, en Saxe, le 22 mai 1813. Son père était greffier à la “direction de la police” de la ville ; il est mort six mois après sa naissance. Leipzig était une importante ville d’arts et de commerce, où Bach et Goethe avaient passé de fécondes années, mais au moment où Wagner vit le jour elle était au centre de graves événements. Au printemps 1813, Napoléon qui s’efforçait de reconquérir la Prusse après la terrible retraite de Russie, avança vers l’Elbe, les Saxons étant ses alliés. En octobre, la bataille des Nations, qui dura trois jours, près de Leipzig, chassa Napoléon de Saxe et d’Allemagne.

Les conséquences du siège de Leipzig furent atroces. Une épidémie de typhus frappa la ville, à cause de l’empoisonnement des eaux de l’Elbe par les cadavres des soldats et des chevaux qui y avaient été jetés après le carnage. Au plus fort de l’épidémie, le 22 novembre 1813, Karl Friedrich Wagner, le père officiel de Richard, succomba à la maladie.

 

En 1831, quoiqu’il n’eût pas terminé ses études secondaires, Wagner s’inscrivit à l’université comme étudiant en musique. Il épousa une jeune actrice Minna Planer en 1836 mais leurs relations furent tumultueuses.

Ce que l’on peut retenir avant tout, c’est la passion de Louis II de Bavière pour la musique de Wagner, son attachement à Wagner ne se démentit jamais, quoiqu’il ne s’épanouit jamais plus que dans l’éloignement, comme en témoignent les lettres pathétiques de Louis II.

 

Cette amitié fut douloureuse et exaltée, mais permit à Wagner de réaliser son rêve : construire un théâtre où l’on pouvait jouer ses œuvres. Ainsi naquit son Festspielhaus à Bayreuth ; la première représentation complète du Ring eut lieu en août 1876. Elle consacra définitivement Wagner dans sa gloire.

C’est alors qu’au désespoir de Louis II, Wagner connut une passion amoureuse pour Cosima, la fille illégitime de Liszt. Veuf depuis 1866, il fut rejoint par Cosima qui demande le divorce afin de se remarier avec lui en 1870.

 

Cosima et Richard s’installèrent dans une belle villa à Tribschen, sur le lac de Lucerne. Il y acheva Siegfried et Le crépuscule des dieux. Son bonheur avec Cosima se reflète dans Siegfried-Idyll, composée pour Cosima. Son dernier opéra, Parsifal, fut achevé à Palerme en 1882 et créé à Bayreuth la même année. Exploitant à merveille l’acoustique de son Festspielhaus - expérimentée lors de la première du Ring intégral en 1876 - Wagner porta avec Parsifal, le langage musical aux limites plus tard franchies par Schönberg, qui ne s’est jamais départi de son admiration pour sa musique.

 

L’état de santé de Wagner se dégrada, les crises cardiaques se multiplièrent. En 1882, il partit s’installer avec sa famille à Venise, où il avait l’intention de composer quelques symphonies. Le 13 février 1883 alors qu’il travaillait à son bureau, il fut victime d’une dernière et fatale crise cardiaque. Il fut inhumé à Bayreuth, lieu qui demeure un monument à la gloire de son génie flamboyant.

 

L’Anneau 

Cette œuvre gigantesque fut écrite à l’envers. Wagner écrivit d’abord la mort de Siegfried. La Walkyrie vient s’ajouter à cette œuvre, vint ensuite s’ajouter un prélude en quatre tableaux - qui fut intitulé L’or du Rhin. La mort de Siegfried devint Le crépuscule des dieux. Wagner se montra très sélectif dans l’utilisation de ses sources, mais il ne commença à inventer ses légendes que lorsqu’il fut parvenu à la rédaction de L’or du Rhin. C’est ainsi que les filles du Rhin sont un pur produit de son imagination.

Le propos essentiel de Wagner, au travers de sa notion du “drame musical” est la fusion des arts : poésie, musique, théâtre et mythe, au service d’une conception globale du monde et de l’existence. Wagner alla jusqu’à produire des thèmes représentatifs des personnages mais aussi des motifs traduisant des concepts abstraits : le Feu, la Mémoire, la Destruction des dieux, la Rédemption par l’amour. En outre, les leitmotive évoluent à mesure que progresse l’action. La représentation de son œuvre dans le théâtre de Bayreuth construit tout spécialement à cet effet, dure quatorze heures et s’étend sur quatre jours.

 

Richard Wagner laisse un catalogue de 43 œuvres achevées. Une cinquantaine de partitions sont soit perdues, esquissées ou inachevées. Le compositeur allemand a écrit 14 opéras que l’on peut classer en 4 opéras de jeunesse, 10 opéras de maturité, inscrits au répertoire de Bayreuth.

Comme l’a écrit Nietzsche, son amitié avec Wagner fut une “amitié d’étoiles”, celle de deux êtres entiers et radicaux jusqu’à l’excès. Qu’on en juge d’après cet écrit de Nietzsche en 1866 : “J’aime en Wagner ce que j’aime en Schopenhauer : le souffle éthique, la croix, la mort, l’abîme. Je suis absolument incapable de critiquer cette musique de sang-froid, elle fait vibrer chaque fibre, chaque nerf en moi..."

 

 

Retrouvez la programmation du Staatsoper unter den Linden, et la programmation du Ring, ici.

 

 

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Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
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Emma Granier

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