Avec et sous la plume des oiseaux

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 23/03/2022 à 22:00 | Mis à jour le 24/03/2022 à 11:57
Photo : © Julien Cinier
Une personne au bord d'une étendue d'eau, en train d'admirer un cygne

Le printemps est de retour et, avec lui, le chant des oiseaux. Ils sont si mélodieux à Berlin que l’on peine à rentrer chez soi afin de continuer à les écouter.

 

Le tac tac des corbeaux annonce leur retour à Berlin ; ils viennent de la Sibérie pour rester à la fin de l’hiver dans la capitale. Ils se rassemblent le soir en croassant. Le promeneur peut être surpris également par des mélodies variées et insolites. Ce sont les geais qui s’amusent à imiter le chant d’autres espèces et même le miaulement des chats ou le hennissement des chevaux.

Mais ce sont les mésanges qui se renversent sur les branches pour picorer des baies et qui émettent continuellement des cris pour communiquer entre elles. Lorsqu’elles atteignent les sommets des arbres, elles gonflent leur plumage et chantent de façon monosyllabique et répétitive.

 

Vivre à Berlin, c’est en quelque sorte “habiter en oiseau”

Habiter en oiseau, l’ouvrage de Vinciane Despret (née en 1959), philosophe des sciences est une enquêtrice de la vie des oiseaux, de la façon dont ils vivent ensemble. Les oiseaux en effet, sont des” petits maîtres à penser” qui nous aident à nous déprendre de nombreux clichés. L’habitat, la territorialité, les migrations, les mues, tous ces phénomènes nous enseignent une certaine sagesse naturelle. Nous sommes souvent séduits par le chant des oiseaux, mais ils nous apprennent encore beaucoup plus lorsque nous les observons.

 

Écouter le dialogue entre deux merles et constater que leur silence peut-être également une séquence significative ; observer que le canard colvert en période de mue, dans la phase de l’éclipse où ses rémiges tombent ce qui l’empêche de voler et le rend plus vulnérable, sont des caractéristiques qui peuvent permettre de mieux réfléchir. La pause du chant ou le retrait par la mue sont des observations intéressantes traduisant des moments peut-être de fragilité auxquels nous sommes nous-mêmes confrontés. Les éthologistes observent chez les oiseaux des émotions dans leurs différentes personnalités et comportements. Les oiseaux qui s’accouplent peuvent montrer de l’amour les uns envers les autres comme l’illustre la fable de La Fontaine (1621-1695) intitulée Les deux pigeons.

 

Illustration représentant un corbeau
© Claire Limpert - claires-kreationen.de 

 

Berlin accueille également des oiseaux aquatiques

La capitale allemande est connue pour ses nombreux lacs et rivières. Ainsi, les mouettes, les goélands, les canards, les poules d’eau, les cygnes et quelques hérons cendrés sont attirés par la richesse que l’eau leur apporte, notamment les poissons. Berlin est le paradis pour la biodiversité et les animaux sauvages.

Le parc naturel du Westhavelland à l’ouest de Berlin est le domaine de l’eau et en particulier l’eau de la Havel, c’est le lieu de repos des oiseaux migrateurs du Nord.

 

Illustration représentant un héron
© Claire Limpert - claires-kreationen.de 

 

Les oiseaux dans la littérature

Faisant référence au goût des oiseaux, Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) écrit l’une des plus belles citations et pensées à propos de ceux-ci : “Ce sont les enfants et les oiseaux qu’il faut interroger sur le goût des cerises et des fraises”. Mais les oiseaux peuvent être aussi perçus par les artistes comme fantasmes, ils sont fascinants parce qu’ils viennent d’époque préhistorique, en effet les oiseaux encore appelés dinosaures aviens, sont les seuls représentants actuels des dinosaures théropodes.

 

William Wharton (1925-2008) dans sa fiction Birdy, présente un personnage qui n’a qu’une passion, celle des oiseaux. Sa vie s’organise autour d’immenses volières qu’il construit pour ses canaris, mais son obsession vire bientôt à la folie, il souhaite voler et devenir lui-même un oiseau. Les oiseaux ont fasciné des générations d’humains par leurs chants mais surtout du fait qu’ils volent. Léonard de Vinci (1452-1519) a dessiné et construit des machines volantes qui semblaient davantage tenir du vol plané que du vol battu.

D’autres artistes, comme Patrick Süskind (1949- ) a créé un climat de peur, voire de phobie pour un quinquagénaire taciturne confronté à la présence d’un pigeon dans le couloir menant à sa chambre. De même, dans le thriller américain, les oiseaux, inspiré de la nouvelle éponyme de Daphné du Maurier (1907-1989), Alfred Hitchcock (1899-1980) montre des corbeaux qui attaquent les humains.

 

 

Les oiseaux au service de l’homme

Cependant, nombre d’oiseaux ont été au service de l’homme. En commençant par les pigeons qui grâce à leur sens de l’orientation sont capables de transmettre des messages. Avant le GPS et internet, les pigeons voyageurs ont servi les Egyptiens, les Perses, les Chinois et les Grecs, ces derniers, communiquent les résultats des jeux olympiques en utilisant des pigeons puis, les Romains dont Pline l’Ancien (23 après J C -79) écrivait dans son Histoire naturelle : “A quoi servent les remparts et les sentinelles et le blocus, quand on peut faire parvenir des nouvelles à travers l’espace”.

 

Durant la première guerre mondiale, les Allemands ont utilisé des pigeons-espions qui portaient un appareil photographique miniature. Les pigeons voyageurs peuvent parcourir d’une traite 1000 kilomètres, sans pause à une vitesse de pointe de 120 km/h. Ils s’orientent grâce à des cristaux de magnétite mais aussi par le champ magnétique terrestre et à la position du soleil et des étoiles.

L’histoire, peut-être la plus étonnante, est celle d’un pigeon qui fit la fortune d’un Rothschild. En effet, lors de la défaite de Napoléon (1769-1821) à Waterloo en 1815, ce financier, grâce à un pigeon messager, disposa avant tout le monde de cette information qui lui permit une excellente spéculation boursière.

 

On se souvient également des pigeons nommés ”Vaillant” et Cher Ami” qui sauvèrent des soldats lors de la première guerre mondiale. Charles Fourier (1772-1837) philosophe dans son ouvrage très original intitulé L’harmonie universelle et les phalanstères souligne qu’une révolution pourrait faire naître des micro-sociétés libertaires où les pigeons seraient les meilleurs messagers.

 

D’autres oiseaux ont aidé les hommes à chasser ou à pêcher. Par exemple, la pêche au cormoran est une méthode traditionnelle dans laquelle les pêcheurs utilisent des cormorans à pêcher en eau douce. Depuis 1300 ans, cette pêche a été pratiquée au Japon “UKAI” mais est désormais une attraction touristique. Pour contrôler les oiseaux ; les pêcheurs posent une ligature à la base de la gorge qui les empêche d’avaler les plus gros poissons, mais laisse passer les plus petits. En Europe, la pêche au cormoran a été brièvement pratiquée du XVI è au XVII è siècles en Angleterre et en France.

 

En ce qui concerne la chasse, l’art de la fauconnerie aide à capturer le gibier dans son milieu naturel avec un oiseau de proie affaité (dressé). La fauconnerie trouve son origine dans les steppes et les hauts plateaux d’Europe centrale. L’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen pratiquait la chasse avec le faucon dans les bois du Vulture, dans la région italienne de Basilicate. Avec Louis XIII, la France avec cet art connaît son apogée.

 

Site du gouvernement allemand
Site du gouvernement allemand

 

Les emblèmes nationaux

Si l’aigle fédéral est l’animal symbole national de l’Allemagne, il est l’équivalent du coq pour la France. L’aigle bicéphale fut le symbole de la Confédération germanique de 1814, il fut monocéphale durant l’Empire allemand de 1871 et de la République de Weimar de 1919.

 

Nombre d’oiseaux ont aidé les hommes dans leurs différentes activités. Nous devons les respecter et les sauvegarder, car 421 millions d’oiseaux ont disparu en moins de 30 ans en Europe tels le chardonneret élégant, le coucou, le milan royal, le pigeon ramier, la perdrix grise, l’alouette. La pollution, les pesticides, les changements climatiques en grande partie par la présence humaine en sont les causes. A tire d’aile sauvons nos amis volants !

 

 

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Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
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Emma Granier

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