Édition internationale

LE GÉNIE DE LA LANGUE - Mur des cons, printemps des cons

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 mai 2013

 

Depuis quelque temps, on emploie beaucoup le mot. Qu'en disent nos chiennes de garde du féminisme ambiant ? Car oublie-t-on que ce terme désignait naguère l'une des parties les plus ombreuses et les plus prisées du blason féminin, célébrée en 1866 par le peintre Gustave Courbet sous le titre "L'origine du monde" ?

Où est le temps où l'on vendait sous le manteau une ?uvre érotique d'Aragon, intitulée "Le con d'Irène"1, qui à vrai dire ne cassait pas trois pattes à un canard, bien loin de la santé gaudriolesque des "Cent mille verges" d'Apollinaire.

Le mot vient de cunnus, la gaine ou le fourreau - dérivé de cuneus, le coin. Cunae, c'est le berceau ou le nid. Tout cela fleurait bon l'intimité et le mystère des naissances.

Or le mot désigne depuis le XIXème siècle une personne d'intelligence pour le moins bornée, qui aurait, selon l'expression populaire, la tête dans les fesses. Charmante réputation des femmes ! Pourtant la contrepèterie la plus célèbre de la langue française, celle de Rabelais en son abbaye de Thélème, remonte aux sources : "A Beaumont le Vicomte".  

D'après un dictionnaire étymologique, ce serait Mérimée - l'auteur de Colomba ! -, qui aurait employé pour la première fois le mot comme adjectif injurieux en 1831. Depuis nous avons eu "Le Dîner de Cons", le "Casse-toi pauv'con" où seuls des hommes sont concernés.

Les Tontons flingueurs : "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît"

Brassens, Brel, Gainsbourg, Céline ou Sartre ont consacré des vers et des phrases à ce terme équivoque, mais les titres de chansons ne sauraient être titres de noblesse.

Surtout qu'aujourd'hui, le talent n'y est plus, et qu'il s'agirait plutôt de dénonciations et de dazibao - journal mural de la Chine communiste - comme diraient nos maoïstes d'antan.

Or figurez-vous que le mot désignant la double parure du corps masculin et qui a donné l'injure de "couillon"  vient du grec koléos qui, lui aussi, signifie le fourreau ! Décidément, en amour, on s'apprête toujours à dégainer ! Le coléoptère est, ainsi, l'insecte qui a ses ailes (-ptères) dans un fourreau. Mais là encore, deux poids, deux mesures : "couillon" est plus affectueux  ...

"Ce mot espiègle qui échappe à la règle" (Pierre Perret)

Tentons donc désormais d'éviter ce petit mot mal-à-propos en nous rappelant ce que chantait  Brassens dans "Le Blason" :

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres pas plus, familier, coutumier
[?]
C'est injuste, Madame, et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens.

Elizabeth Antébi (www.lepetitjournal.com/cologne) Mardi 14 mai 2013

1 Sorti en 1928 et remis à la mode par l'éditrice Régine Deforges en 1968.

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Publié le 13 mai 2013, mis à jour le 13 mai 2013
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