Édition internationale

Rencontre avec Rose Claverie, journaliste aux mille casquettes

De Hong Kong à Barcelone, en passant par Londres, Rose Claverie a construit son parcours au fil des opportunités et des expatriations. Entre économie, entrepreneuriat et développement personnel, elle raconte un chemin guidé par la curiosité, les rencontres et l’envie constante de découvrir de nouveaux mondes.

une femme avec un haut rouge sourit devant un microune femme avec un haut rouge sourit devant un micro
Rose Claverie
Écrit par Eva Andrieux-Brullmann
Publié le 10 juin 2026

Pouvez-vous votre parcours en quelques mots ?


Je suis journaliste de formation. J'ai étudié à l'Ecole de Journalisme de Lille après une prépa hypokhâgne. J'ai travaillé pendant quatre ans à BFM Radio. J'étais reporter spécialiste des entreprises, ce qui était un peu un hasard pour moi qui avait un profil littéraire.

Ensuite, je suis partie travailler chez Bloomberg à Londres, où je couvrais les ouvertures des marchés financiers. 
Même si je commençais très tôt, j’adorais ce boulot. C'était ma première expatriation, j’ai beaucoup appris. Puis, je suis devenue reporter free-lance et correspondante pour pas mal de journaux télé. J'ai couvert des sujets super intéressants comme la mort de Margaret Thatcher ou encore les émeutes de 2011. 


Finalement, en 2015, mon mari a été muté et nous sommes partis vivre en famille à Hong Kong. Là-bas, j’ai pris la responsabilité du club APM (Association Progrès du Management), qui réunit des dirigeants d’entreprise et des entrepreneurs francophones. Chaque mois, j’organisais des rencontres avec des intervenants de haut niveau venus partager leurs réflexions sur la stratégie, le management, mais aussi la philosophie, les sciences ou la géopolitique. 

Aujourd’hui encore, je reste très attachée à Hong Kong et à l'Asie. En 2021, après le Covid, on voulait rentrer en Europe et on a choisi Barcelone.

Aujourd'hui, j’anime en anglais le podcast Harvest Series, où j'interviewe des speakers internationaux sur le développement personnel. Depuis deux ans, je travaille aussi pour Frenchfounders, un club francophone qui facilite la connexion entre ses membres pour favoriser des échanges business, où je contribue à l’animation de la communauté.

 

Est-ce que vous avez toujours voulu vous expatrier ?


Alors c'est vraiment un hasard total. Tant que j'ai des opportunités qui me plaisent, je suis du genre à foncer et à y aller. J'ai eu une enfance très classique en banlieue parisienne, avec des parents français, on voyageait de temps en temps mais sans plus.

Honnêtement, rien ne me prédestinait à quitter la France. Et puis un jour, j’ai reçu un appel de Bloomberg, qui me proposait de rejoindre leurs équipes à Londres. Ce simple coup de téléphone a changé le cours de ma vie.

J’avais 28 ans à l'époque. Je n’ai pas passé des semaines à peser le pour et le contre. La décision s’est imposée comme une évidence : je devais y aller.

 

Comment avez-vous découvert le monde de l’économie et de la finance ?

Là non plus, ce n’était pas vraiment planifié. 
J'avais un profil littéraire et c’est lors de mon premier stage à BFM que j’ai découvert le monde de l’économie sous un angle totalement nouveau. Un univers qui m’était alors assez étranger, mais qui a immédiatement éveillé ma curiosité.


Après quand je suis partie à Bloomberg, c'était une autre paire de manches parce qu'il fallait passer un test de finance pour entrer dans la rédaction. Un vrai challenge pour moi qui n’avait jamais fait d'études en économie. 

De fait,  chaque nouvelle que j'annonçais à la télé pouvait avoir un énorme impact sur les marchés financiers. 
Donc il fallait être super couvert. 

J'étais plongée dans la vie des dirigeants, j'interviewais tous les matins en direct les analystes sur le secteur du pétrole, de l'or. Comprendre le cours des actions, les mouvements des flux financiers était captivant.

Avec le recul, cette expérience m’a appris une chose essentielle : il ne faut jamais renoncer à une opportunité sous prétexte que l’on ne maîtrise pas encore un domaine.

 

Souvent, ce n’est pas un manque de compétences qui nous freine, mais simplement le fait que nous n’avons pas encore eu l’occasion d’apprendre.

 

Pourquoi avoir choisi Barcelone ?

Après Hong Kong, on a fait une liste avec plusieurs villes où l’on se projetait, dont Paris évidemment. Mais on avait pris trop goût à cette vie de Français à l’étranger. 
Et puis finalement le coup de cœur est tombé sur Barcelone pour pour la langue, sa proximité avec la France et pour son climat exceptionnel. Je trouve même quelques similitudes à Barcelone avec Hong Kong : toutes les deux sont des villes "plein air", sympas et dynamiques. 

 

Pourquoi, une fois revenue en Europe après votre expérience à Hong Kong, vous n'avez pas voulu travailler de nouveau dans un média traditionnel ? 

Excellente question, que je me suis posée d’ailleurs. 

Entre-temps, je dois dire que j'étais tombée amoureuse du développement personnel. Il se trouve qu’en arrivant à Barcelone, une nouvelle opportunité s’est présentée : on m’a proposé d’animer le podcast Harvest Series. Une proposition à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

C'était une nouvelle aventure qui se présentait à moi. Je m’étais pourtant toujours dit que je ne bosserais jamais en anglais. Et puis, devant cette occasion, je me suis demandé si le fait qu’elle se présente à moi à ce moment précis n’était pas un signe qu’il fallait simplement oser.

Comme que Harvest organise des retraites spirituelles qui se déroulent en Turquie, c’est là que tout se passe : je fais généralement une vingtaine d'interviews pendant les cinq jours de la retraite avant de rentrer à Barcelone. 
C’est assez sportif. 

 

Parmi toutes les personnalités que vous avez rencontrées au fil de votre parcours, laquelle vous a le plus marquée, et pourquoi ?

Il y en a eu plusieurs, mais si je devais en retenir une, ce serait sans doute ma rencontre avec Gabor Maté. Ce médecin d’origine hongroise a consacré une grande partie de son travail à comprendre l’impact des traumatismes sur notre santé physique, émotionnelle et relationnelle.

À l’époque, je m’intéressais déjà au développement personnel, mais je n’avais pas encore exploré en profondeur toute la dimension introspective de ce travail. En fait, je me suis rendue compte que soigner ses traumatismes, c’est non seulement important pour avoir une meilleure relation avec soi-même mais aussi avec les autres.

Je l’ai interviewé quatre fois dans le podcast Harvest Series. 
J'ai même fini par interviewer sa femme et son fils. Gabor Maté est un personnage assez intriguant et j’ai dû écouter plusieurs fois les interviews pour pouvoir le saisir pleinement. 

 

D'où vous vient cet intérêt pour le développement personnel ? 

Ça s'est vraiment construit au fil des opportunités, sur le terrain : je m'en étais déjà un peu approchée avec l'APM à Hong Kong, mais ça restait très lié au business. 

Là où je suis allée plus loin dans la conscience et dans l'intériorité, c’est vraiment avec Harvest. 

Quand Roman Carel, le cofondateur d’Harvest Series m'a contactée, je ne ressentais pas un besoin vital de développement personnel, je voyais juste en cette opportunité une nouvelle fenêtre pour connaître le monde. 
Tout comme Bloomberg l'a été à un moment dans ma vie pour comprendre l'économie.

 

Si vous deviez définir le développement personnel pour vous, ce serait quoi ? 


Le développement personnel, ce serait se comprendre mieux soi-même pour se libérer.

De manière rigolote, je dirais d’être moins un boulet pour les autres. De manière plus profonde, d’être plus au service, de transmettre de plus belles choses à son entourage pour avoir des relations plus saines avec autrui.

Il s’agit aussi de prendre des décisions concrètes, de passer à l'action sans être trop dans la contemplation qui nous fait perdre beaucoup de temps finalement. 

Mais, il faut aussi mettre des limites au développement personnel, ne pas oublier qu'on est tous de simples humains et qu’on est autorisé à faire des erreurs.

 

Est-ce que vous arrivez à faire un lien entre votre rôle dans le réseau FrenchFounders et votre métier de journaliste ?

Oui bien sûr ! Les deux sont très liés.

Dans FrenchFounders, chaque membre de l'équipe occupe un rôle bien différent, complémentaire. Moi, je dois essayer de décrypter les tendances, ici à Barcelone : voir quels sont les sujets qui pourraient passionner, rassembler nos membres. 

Quand on a déterminé ces sujets, on essaye d'organiser des rencontres en petits groupes, en faisant intervenir des experts. C'est moi qui anime ces rencontres. Donc là, je fais mon job de journaliste ou je les interviewe en essayant d’incorporer un côté un peu plus chaleureux qu'une interview classique et de capter aussi le côté humain, tout ce qui se joue pour ses dirigeants : on a chacun nos blocages, nos peurs, nos ambitions. 

 

Quels sont les avantages et les inconvénients d'être journaliste free-lance ?

Côté inconvénient, il y a déjà la charge administrative et la solitude. 
Parfois qui peut peser de chez soi. C’est pour ça qu'aujourd'hui j'essaye de trouver un coworking, même si je suis assez entourée. En plus, être indépendant, c’est aussi être sur des milliards de dossiers en même temps qui sont certes très intéressants mais très prenants. 

Tous ces côtés négatifs peuvent ressortir encore plus dans un contexte financier instable, ce qui peut être le cas avec le freelance.

Bien évidemment, il y a aussi des côtés positifs. Quand on a un esprit curieux, c'est juste génial parce qu'on est amenés à explorer une variété de sujets, à parler à plein de monde, et à être toujours stimulé, et ça tout en jouissant d’une certaine liberté. Tu maîtrises ton agenda.  Étant maman de deux enfants, c'est important pour moi de pouvoir m'occuper d'eux de pouvoir leur donner du temps. 

 

Un mot de la fin ?

J’attends de voir ce que la vie me réserve et je suis toujours ouverte à de nouveaux projets ! 


 

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