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« La Sagrada Família nous invite à lever les yeux » : une messe exceptionnelle en français

Le 3 octobre, à 16 heures, le père Patrick Portier, curé de la paroisse francophone Notre-Dame-de-Lourdes de Barcelone, célébrera une messe en français dans la Sagrada Família. Organisé à l’occasion du centenaire de la mort d’Antoni Gaudí, l’événement devrait réunir plusieurs milliers de fidèles venus de Barcelone et de communautés francophones du monde entier. Interview.

Père Patrick PortierPère Patrick Portier
Père Patrick Portier, DR.
Écrit par Francis Mateo
Publié le 14 septembre 2026

Pourquoi avoir choisi d’organiser cette messe à la Sagrada Família ?

Père Patrick Portier : Nous vivons à Barcelone et nous devons nous intéresser pleinement à ce qui fait l’histoire et l’identité de cette ville. La communauté francophone n’a pas vocation à vivre à l’écart, enfermée dans une sorte d’entre-soi. Nous sommes inscrits dans la cité : beaucoup de nos paroissiens parlent espagnol et leurs enfants parlent catalan. Le centenaire de la mort de Gaudí constituait donc une occasion que nous ne pouvions pas laisser passer.

Au-delà de la commémoration, c’est surtout le message porté par la Sagrada Família qui nous intéresse. Cette basilique est un chantier qui traverse les générations. Elle nous rappelle que chacun de nous est également une construction en cours, avec ses fondations, ses fragilités et ses élans. J’espère presque qu’il y aura toujours des grues autour d’elle, car elles témoignent de cette œuvre qui ne cesse de grandir.

 

La Sagrada Família nous invite d’abord à lever les yeux. (...) Dans un monde souvent inquiet, elle nous dit : « Regardez vers le ciel. »

 

Que représente personnellement pour vous cet édifice ?

La Sagrada Família nous invite d’abord à lever les yeux. Chacun peut mettre derrière ce geste ce qu’il souhaite, mais cette verticalité possède quelque chose de rassurant. Dans un monde souvent inquiet, elle nous dit : « Regardez vers le ciel. » Elle nous sort de l’immédiateté et nous rappelle qu’il existe peut-être quelque chose de plus grand que nous.

La durée exceptionnelle de sa construction constitue aussi une école de patience. Nous vivons dans une société où tout doit aller très vite, où nous voulons des résultats immédiats. Or cette basilique nous enseigne qu’une grande œuvre demande du temps, parfois davantage qu’une vie humaine. Ceux qui l’ont commencée savaient qu’ils ne la verraient pas achevée. Cela nous interroge sur ce que nous-mêmes acceptons de transmettre sans nécessairement en recueillir les fruits.

 

Quelle forme prendra la célébration du 3 octobre ?

Ce sera une messe célébrée en français et ouverte à l’ensemble de la communauté francophone. Nous accueillerons également des représentants de communautés catholiques francophones établies dans plusieurs régions du monde, notamment à Los Angeles, Singapour, Nairobi, La Haye et en Chine. Cet événement sera donc à la fois religieux, culturel et fraternel. C’est aussi une manière, à travers la foi partagée, de faire vivre la francophonie dans ce qu’elle a de plus concret : une langue commune qui rapproche, permet le dialogue et crée des liens.

 

S’agit-il de la première messe francophone célébrée dans la basilique ?

Une messe en français y avait déjà été organisée, il y a un peu plus de dix ans, à l’occasion d’un anniversaire de la communauté catholique francophone. Elle avait réuni plus de 400 personnes. Pour cette nouvelle célébration, nous avons obtenu l’autorisation de la Fondation de la Sagrada Família, avec laquelle il était évidemment indispensable de travailler.

Cette fois, la mobilisation prend une tout autre ampleur. Nous avions initialement fixé un objectif de 1.500 participants et nous avons déjà atteint ce chiffre. Il existe un véritable engouement et nous avons demandé à pouvoir accueillir davantage de personnes. La basilique permet de réunir environ 1.500 fidèles dans sa partie centrale, mais sa capacité peut aller jusqu’à 3.000 personnes en utilisant les espaces équipés d’écrans.

 

Comment expliquez-vous cette mobilisation ?

La Sagrada Família exerce naturellement une très grande attraction, y compris auprès de Français installés depuis longtemps à Barcelone qui, parfois, la connaissent encore assez mal. Certains hésitent à la visiter parce qu’ils ne parlent ni espagnol ni catalan, ou parce qu’ils ne savent pas comment y entrer dans le cadre d’une célébration. Nous voulons leur dire : « Venez découvrir ce lieu, il fait aussi partie de votre ville et de votre histoire. »

Les paroissiens ont également invité leurs parents et leurs proches. Des familles viendront de France, notamment de Chartres. Une chorale réunissant des enfants de la paroisse s’est constituée spécialement pour l’occasion. Tout cela donne à cette journée une dimension à la fois spirituelle, familiale et populaire.

La messe sera-t-elle accompagnée d’autres rendez-vous ?

Une conférence consacrée à Gaudí et à son œuvre sera proposée à 11 heures dans les locaux de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes. Elle permettra de mieux comprendre la vision de l’architecte et la place de la Sagrada Família dans la ville. La messe commencera ensuite à 16 heures. Pour des raisons d’organisation et de sécurité, les participants devront se présenter une heure à l’avance et l’inscription préalable, accessible sur le site Internet de la paroisse, est obligatoire. Notre souhait est que cette journée ne soit pas seulement un rassemblement ponctuel, mais aussi une occasion de réfléchir au sens de ce monument et à ce qu’il peut encore nous dire aujourd’hui.

 

La communauté (de la paroisse) rassemble régulièrement plusieurs centaines de personnes et sa moyenne d’âge se situe autour de 35 ans.

 

Qui sont les fidèles de la paroisse francophone de Barcelone ?

La communauté rassemble régulièrement plusieurs centaines de personnes et sa moyenne d’âge se situe autour de 35 ans. C’est une paroisse très jeune, avec de nombreuses familles, des étudiants et de jeunes professionnels. Nous avons également un groupe scout d’environ 90 enfants, accompagné par une quinzaine de chefs.

Ce qui me frappe depuis mon arrivée à Barcelone, il y a quatre ans, c’est la volonté des personnes de participer. Beaucoup prennent spontanément contact avec nous lorsqu’elles s’installent dans la ville et proposent leurs compétences. Des journalistes, des comédiens, des enseignants, des entrepreneurs ou des spécialistes de différentes disciplines viennent nous dire : « Je me mets à votre service. » Cette générosité rend possible un grand nombre de projets.

 

Cette communauté est-elle également engagée dans la vie barcelonaise ?

C’est essentiel. Nous travaillons avec des associations locales, notamment auprès d’enfants porteurs de trisomie, de jeunes en difficulté ou de personnes en situation de précarité. Nous organisons aussi des collectes de vêtements et des actions caritatives pendant le carême. Notre choix est d’agir ici, à Barcelone, parce que les besoins sont bien réels.
Nous rencontrons notamment des étudiants fragilisés par le coût des logements. Certains consacrent près de 700 euros sur un budget mensuel de 1.000 euros à leur loyer et n’ont ensuite plus suffisamment d’argent pour vivre correctement. Nous organisons des repas auxquels chacun contribue selon ses moyens. Derrière l’image d’une communauté française privilégiée, il existe aussi des situations de solitude, de pauvreté et des familles confrontées à de grandes difficultés.

 

La Sagrada Família incarne admirablement cette idée : des personnes venues d’horizons différents participent à une œuvre qui les dépasse. Le 3 octobre, nous célébrerons bien sûr le centenaire de la mort de Gaudí, mais aussi la patience, la transmission et la capacité de construire ensemble.

Quel message souhaitez-vous finalement transmettre le 3 octobre ?

Nous voulons rappeler que les francophones ne sont pas seulement de passage à Barcelone. Ils y vivent, y travaillent, créent des entreprises, s’engagent dans des associations et contribuent à la vie de la cité. Cette messe est une façon de rendre visible cet ancrage tout en affirmant notre volonté d’ouverture.

La Sagrada Família incarne admirablement cette idée : des personnes venues d’horizons différents participent à une œuvre qui les dépasse. Le 3 octobre, nous célébrerons bien sûr le centenaire de la mort de Gaudí, mais aussi la patience, la transmission et la capacité de construire ensemble. Comme la basilique, notre communauté demeure un chantier vivant, tourné vers le ciel mais profondément enraciné dans Barcelone.

 

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