Installé à Barcelone depuis plus de 20 ans, Mathieu Carenzo est un business angel très actif dans l’écosystème entrepreneurial espagnol. Investisseur dans une trentaine de startups et professeur à l’IESE Business School, il partage sa vision de l’investissement, de l’entrepreneuriat et de l’impact de l’intelligence artificielle sur le commerce.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Je m'appelle Mathieu Carenzo, je suis né en France il y a 50 ans et j'habite en Espagne depuis 2004. Dans la vie, je suis investisseur privé ou “business angel” : j'investis dans des startups (une trentaine actuellement). Je suis aussi professeur à l'IESE Business School où j'enseigne aux étudiants des BBA (Bachelor of Business Administration) et d’autres programmes l'entrepreneuriat et comment y investir.
Pourquoi avoir choisi Barcelone ?
Je suis parti de France en 98. J'ai fait mon CSNE (Coopérant du Service National en Entreprise), l'équivalent du VIE à l'époque au Mexique, où j'ai vécu jusqu’en 2004. Ensuite, j'ai déménagé à Barcelone pour faire mon MBA (Master of Business Administration) et je ne suis jamais résolu à repartir.
Quelle est la principale idée reçue sur les investisseurs que vous voulez déconstruire ?
Je pense qu’en général les gens ont une idée très négative des investisseurs, qui sont perçus comme de simples profiteurs du travail des entrepreneurs. Je pense que c'est l'idée reçue la plus inutile.
Pour avoir du succès, une entreprise est un mix de deux composantes indispensables : le travail et le capital. C'est comme si tu faisais une course à pied : 10 personnes partent en même temps en courant et il y en a une qui a un vélo. Forcément, c'est celui qui aura le vélo qui gagnera et moi, j’amène le vélo.
Je pense que l'erreur qu'il ne faut pas commettre, c'est de mettre tous ses œufs dans le même panier, en investissant que dans une seule boîte.
Si un investisseur devait retenir qu'un seul conseil pour éviter les pièges, qu'est-ce que ce serait ?
Je pense que l'erreur qu'il ne faut pas commettre, c'est de mettre tous ses œufs dans le même panier, en investissant que dans une seule boîte.
La probabilité de succès est donc faible. Pour que ça devienne rentable, il faut investir dans plusieurs entreprises, idéalement de se créer un portfolio (ensemble d'actifs financiers détenus par un individu dans le but de les faire fructifier) avec une dizaine pour augmenter les probabilités de soutien.
Vous avez notamment investi dans Glovo à ses débuts. Qu'est-ce qui vous a convaincu de miser sur cette start-up ?
Deux choses fondamentales m’ont convaincu. Premièrement, ça marchait, c'est-à-dire que c'était plus qu'une simple idée : c'était une idée qui avait été mise en action et le projet était de le faire en plus grand. Ce qui fait la différence entre une idée et une start-up c'est que les gens le font.
Deuxièmement, les fondateurs étaient très complémentaires : l’un plus jeune, l’autre plus expérimenté, l’un plus charismatique, l’autre plus discret, chacun avec ses compétences propres. Ils ont vraiment su me convaincre.
De façon plus générale, qu'est-ce qui vous pousse à investir ou au contraire à ne pas investir dans un projet ?
Je suis investisseur, donc l'objectif de mon investissement reste d’être rentable. L'idée, c'est que j'investis dans des boîtes qui vont arriver à être suffisamment grandes pour qu'un autre investisseur plus riche que moi rachète mes parts.
Je pense que l'arrivée de l'IA est un tournant majeur. Là où il fallait autrefois des semaines, voire des mois, une idée peut désormais devenir un MVP (Minimum Viable Product) en quelques heures seulement.
Comment avez-vous intégré l'Intelligence artificielle dans vos cours en école de commerce et comment a-t-elle changé votre façon d'évaluer une entreprise ou un investissement ?
Je pense que l'arrivée de l'IA est évidemment un changement énorme. Ce que ça change fondamentalement, c'est que transformer une idée en un MVP, un Minimum Viable Product, ça peut se faire en trois heures. Pouvoir le tester est maintenant à la portée de tout le monde. Par exemple, ça veut dire que dans les cours, il ne s’agit pas pour les élèves de faire un business plan de 40 pages dans Word. Il s'agit de faire un produit et de le tester. Ce qui est important, c'est de tester cette idée auprès des utilisateurs potentiels ou des clients. Et donc ça avec l'IA, c'est faisable à un coût quasiment nul et de manière très rapide et très efficace.
Pourquoi l'IA facilite justement la phase de test d'un produit ?
Par exemple, un site web peut être créé, codé en deux heures avec l’I.A. alors qu'avant ça prenait au moins une semaine à tout faire. C’est donc beaucoup plus facile et plus rapide.
Est-ce que vous avez un mot de la fin ?
Je suis absolument persuadé des deux choses :
1. L'entrepreneuriat est le chemin le plus rapide vers la liberté
2. Les entreprises qui créent des emplois sont des entreprises qui croissent, notamment entre la troisième et la huitième année. C'est-à-dire qu’on ne peut pas espérer que des entreprises du CAC 40 ou des entreprises de l’IBEX 35 (CAC 40 espagnol) créent des emplois. Elles sont arrivées à une maturité où elles optimisent leur process et ne cherchent plus à employer et ne créent donc plus d’emplois.
J'ai fait une étude sur le nombre d'emplois créés par les entreprises dans lesquelles j'ai investi les 15 dernières années : c'est plus de 5.000. En parallèle, sur ce même temps, l'IBEX 35, a détruit environ 100.000 emplois en Espagne. Donc, si on n'investit pas et qu’on n’aide pas les nouvelles entreprises, on ne crée pas les emplois du futur.
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