

En visite à l'Institut Français de Barcelone, l'Ambassadeur de France en Espagne Jérôme Bonnafont s'est confié au Petitjournal.com : il revient avec nous sur des relations qu'il juge excellentes entre l'Espagne et la France. L'occasion également de faire le point sur les projets d'infrastructures en cours et le rôle de la communauté française fortement implantée en Catalogne.
Lepetitjournal.com : On a pu lire dernièrement que les relations entre la France et l'Allemagne se dégradaient. Qu'en est-il des relations franco-espagnoles ?
Jérôme Bonnafont (Photo lepetitjournal.com) : Elles sont excellentes. Vous avez peut-être entendu les propos du Président de la République et du Premier Ministre espagnol lors de leur rencontre en marge du match de football France-Espagne il y a quelques semaines. Ils les ont effectivement qualifiées d'excellentes, en détaillant les sujets sur lesquels portent ces relations, c'est-à-dire une bonne convergence sur l'analyse de ce que doit être la politique européenne de sortie de crise avec un équilibre entre l'ajustement fiscal, l'ajustement budgétaire nécessaire et le besoin de croissance, et donc de liquidités dans l'économie pour financer la croissance. Nos relations sont aussi au beau fixe au niveau bilatéral avec une excellente coopération dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et le crime organisé. Nos deux pays travaillent main dans la main sur ces thématiques compte tenu de l'actualité. Une très bonne coopération également dans la réalisation des infrastructures -et cela concerne la Catalogne en particulier- avec des projets dans les domaines de l'énergie et des transports. Enfin, un dialogue diplomatique dense sur des sujets comme la Syrie, le Liban ou le Mali par exemple, où l'Espagne apporte un appui significatif à l'effort de reconstruction du pays dans lequel nous sommes engagés.
Quels sont les développements à venir entre la Catalogne et l'Hexagone ?
L'idée de développer les interconnexions entre l'Espagne et la France est de relier l'Espagne aux grands réseaux européens de transports et d'énergies. La moitié de nos échanges physiques avec l'Espagne passe par le Pays Basque et l'autre moitié par la Catalogne. C'est dire l'importance de cette dernière. Côté catalan, deux sujets sont en cours de réalisation. Tout d'abord la ligne de train à haute vitesse entre Perpignan et Figueras qui est en train de s'achever. L'autre grand projet est la ligne électrique à haute tension qui va passer par le couloir méditerranéen et qui va permettre de multiplier par deux les échanges d'électricité entre la France et l'Espagne. Ces deux infrastructures majeures vont être réalisées pour l'une à la fin de l'année, pour l'autre à la fin 2014.
Pensez-vous que la Catalogne a toujours les atouts pour attirer les entrepreneurs français ?
Oui. Le principe même d'une région frontalière est que les deux parties coopèrent de façon dense quand les relations sont amicales. On ne peut être que frappé par le nombre de Français qui vivent et travaillent en Catalogne et à l'inverse par le nombre d'Espagnols qui sont de notre côté de la frontière.
Croyez-vous que cette communauté française fortement implantée en Catalogne a un rôle à jouer dans le redressement économique de la région ?
De façon générale, je pense qu'il faut une combinaison de facteurs pour sortir de la crise dans laquelle nous nous trouvons. Il faut d'abord des politiques macro-économiques de la part des Etats, de bonnes infrastructures comme celles que nous venons d'évoquer et surtout un esprit d'entreprise pour que la création de richesses soit stimulée. De ce point de vue, j'observe que la Catalogne est par tradition terre d'accueil de nombreux étudiants et que beaucoup de jeunes Français viennent s'installer ici. Donc oui, je pense que par l'esprit d'entreprise et par les agréments qu'offre une ville comme Barcelone notamment, la communauté française peut apporter en termes d'innovation et de création de nouvelles entreprises. Ce matin, le Président de la Generalitat nous a répété qu'il mettait l'accent sur "La Catalogne terre d'innovation". Il serait à mon goût intéressant d'intensifier le travail de mise en relation des institutions universitaires et scientifiques françaises et catalanes à la recherche des financements européens. Comme nous le faisons déjà avec d'autres provinces espagnoles.
Propos recueillis par Stéphane HODJA (www.lepetitjournal.com) Vendredi 3 mai 2013
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