Mercredi 12 août 2020
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Gouvernement: quels bénéfices tirent les indépendantistes catalans ?

Par Francis Mateo | Publié le 07/01/2020 à 10:00 | Mis à jour le 07/01/2020 à 15:20
Photo : source ERC
negociation psoe erc

L'abstention d'ERC pour faciliter l'élection de Pedro Sanchez au poste de président du gouvernement suscite tous les fantasmes. Mais quel est le véritable bénéfice pour l’indépendantisme en Catalogne ?


Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) a parfaitement su valoriser l'abstention de ses treize députés au parlement espagnol afin de permettre à Pedro Sanchez de s’asseoir à nouveau dans le fauteuil du président de gouvernement. "À quel prix ?", s'interroge l'opposition de droite, dont le représentant Pablo Casado n'a pas hésité à évoquer la "liquidation de la souveraineté nationale, de l'égalité entre Espagnols et de la légalité". 

Une phrase qui illustre parfaitement les fantasmes suscités par cette alliance entre le PSOE et ERC qui tient -officiellement- en un peu plus d'une page, si l'on considère le communiqué diffusé par les deux formations. La première concession des équipes de Pedro Sanchez, et donc la première victoire pour le parti indépendantiste catalan concerne la reconnaissance écrite d'un "conflit politique" entre l’État et la Generalitat. Un rapprochement linguistique démontrant déjà la volonté d'ouvrir une nouvelle étape dans la relation entre le gouvernement central et la Catalogne, basée sur "le dialogue et la loyauté institutionnelle".

Avec comme clé de voûte "la création d'une table bilatérale de dialogue, de négociation et d'accord" associant de forme paritaire les représentants du gouvernement espagnol et du Govern de Catalogne, pour mettre fin à la "judiciarisation" du conflit. L'accord prévoit par ailleurs que ce travail de concertation commencera dans un délai de quinze jours après la formation du gouvernement, c'est-à-dire d'ici la fin du mois de janvier.


Divergences de stratégies indépendantistes

Mais la principale victoire d'ERC concerne la "validation démocratique [des futurs accords] à travers une consultation de la citoyenneté de Catalogne, conformément aux mécanismes prévus ou à prévoir dans le cadre du système juridico-politique". C'est en quelque sorte ce que tous les indépendantistes catalans réclament à cor et à cri depuis l'organisation du référendum du 1er octobre 2017 : un vote en Catalogne concerté avec le gouvernement central. 

Et c'est aussi l'argument qui permet à ERC de se différencier de la stratégie de confrontation portée par la formation JuntsXCat de Carles Puigdemont (depuis Bruxelles) et Quim Torra (depuis la présidence de la Generalitat). L'inhabilitation de ce dernier par la Junta Electoral Central (JEC) n'a d'ailleurs pas empêché le parti d'Oriol Junqueras d'affirmer des positions largement soutenues par sa base (l'accord a été approuvé à 96,7 % par les militants). 

Le coordinateur national d'ERC, Pere Aragonès, a joué le rôle majeur dans ce rapprochement avec Pedro Sanchez. Avec évidemment en arrière plan le blanc-seing d'Oriol Junqueras, qui semble avoir transformé sa cellule de Lledoners en QG ; d'autant qu'il est aujourd’hui pleinement reconnu comme "euro-député" par le Parlement Européen (au même titre que Carles Puigdemont et Toni Comín, qui siégeront à Bruxelles le 13 janvier prochain au nom de JuntsXCat). Ce qui place les institutions espagnoles face à une contradiction supplémentaire dont ERC pourrait tirer profit en s'asseyant à la nouvelle table des négociations.

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francis mateo

Francis Mateo

Journaliste spécialisé en économie et tourisme, correspondant pour lepetitjournal.com en Catalogne, Francis Mateo est également directeur des éditions Barnanews.com (Barcelone).
2 Commentaire (s)Réagir
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Sandra jeu 09/01/2020 - 14:40

Il ne s'agit pas d'un "conflit politique". Il n'y a pas en Espagne de "judiciarisation" de la politique, comme l'affirment les indépendantistes avec une bonne dose de mauvaise foi. Quand on ne respecte pas les lois, alors il y a une sanction, cela se passe dans toutes les démocraties. Les dirigeants indépendantistes ont fait quelque chose d'illégal : il ont convoqué un référendum illégal et ont déclaré l'indépendance d'un territoire de façon unilatérale. Ils ont tenté de perpétrer un coup d'état, depuis le pouvoir, pour déroger la Constitution et le Statut d'Autonomie de Catalogne et voulaient prendre le contrôle de la Justice en Catalogne, c'est-à-dire ni plus ni moins que supprimer la séparation des pouvoirs. Et pour cela ils ont fait usage de fonds publics et utilisé les médias publics. Il est normal qu'ils soient sanctionnés. Le problème actuellement en Espagne est qu'on assiste à une intervention de la politique dans la justice, ce qui est très grave en démocratie. Par ailleurs, vous oubliez de préciser qu'à la fameuse "table de négociation" entre le gouvernement espagnol et les représentants de la Generalitat, ne pourra malheureusement pas s'asseoir la partie "contitutionnaliste" c'est-à-dire ceux qui souhaitent que la Catalogne reste dans l'Espagne et dans l'Europe, plus de la moitié des votants catalans. Vous n'expliquez pas non plus que cette consultation est illégale car l'Espagne est indivisible, tout comme la France, comme le précise sa Constitution, ce qui veut dire que normalement tous les Espagnols devraient pouvoir s'exprimer sur un territoire qui appartient à l'Espagne. Or Sánchez a cédé sur la consultation à laquelle ne participeront que les Catalans. C'est très préoccupant. Enfin, au sujet d'Oriol Junqueras. Aujourd'hui, le Tribunal Suprême a confirmé que le leader d'ERC reste inhabilité et ne pourra pas s'accréditer comme Eurodéputé.

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PatCash mar 14/01/2020 - 13:41

Oui, très bon commentaire, car l'article de Mateo apparaît totalement orienté, oubliant la réalité historique d'aujourd'hui (tentative de coup d'état) et les contorsions cyniques de Sanchez qui prend le risque de briser l'unité de l'Espagne en "dialoguant" avec les soudards catalans et les anciens de l'ETA. Le but de Sanchez est le pouvoir à tout prix, il se fiche des nationalistes, mais le jeu est dangereux, car en se prostituant devant les sécessionnistes il engage, alors qu'il est minoritaire, l'Espagne sur les voies d'une nouvelle confrontation civile, peut-être violente. Le mépris des constitutionalistes, pourtant majoritaires en voix lors de toutes les élections en Catalogne, est totalement occulté par Mateo, propagandiste simpliste de l'ERC.

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