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Une cour de Bangkok arrête le projet de promenade sur le Chao Phraya

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 07/02/2020 à 01:15 | Mis à jour le 07/02/2020 à 03:06
Photo : Reuters
Fleuve-Chao-Phraya-Bangkok

La justice a renvoyé dans leurs buts les autorités de Bangkok, retoquant le grand projet de promenade sur le fleuve Chao Phraya qui promettait de dénaturer la vie locale et d’aggraver les inondations

Le tribunal administratif de Bangkok a demandé aux autorités de la capitale thaïlandaise d'arrêter les travaux de construction d’une promenade monumentale sur les berges du Chao Phraya qui, selon des urbanistes et des écologistes, aggraveraient les inondations et évinceraient des centaines de familles vivant du fleuve.

Le tribunal a notifié mercredi à la Bangkok Metropolitan Administration (BMA) que la longue promenade de 7 kilomètres de long de chaque côté du fleuve Chao Phraya affecterait le transport fluvial et endommagerait l'écologie.

Le tribunal a donné 30 jours à la BMA pour soumettre le plan de ce projet de 8,3 milliards de bahts (242 millions d’euros), qui fait l’objet de controverses depuis que les autorités en ont fait l’annonce il y a plusieurs années.

"La décision du tribunal est très bonne et montre que le tribunal a écouté nos préoccupations concernant le projet", s’est félicité Ajaphol Dusitnanond, président de l'Association des Architectes Siamois, un groupe de pression des professionnels du secteur à Bangkok.

"Nous sommes tous d'accord sur le fait que les rives du fleuve doivent être réaménagées, mais cela ne signifie pas que nous pouvons construire dans le fleuve et affecter son débit. Nous espérons que la BMA nous écoutera à partir de maintenant", a-t-il déclaré jeudi à la Fondation Thomson Reuters.

Dans les villes asiatiques en plein essor, les espaces ouverts et les bâtiments anciens font place aux autoroutes et aux tours d'habitation modernes qui, selon les critiques, privent ces cités de leur caractère, contribuent à accroitre les inégalités et amplifient les effets néfastes de l'expansion urbaine.

À Bangkok, les autorités éradiquent peu à peu des trottoirs les vendeurs et les stands de nourriture et ont expulsé récemment une communauté de plus de 300 personnes vivant à côté d'un ancien fort pour y faire un parc public qui, selon les détracteurs, ne vise qu'à impressionner les touristes.

Des dizaines de communautés vivant sur le fleuve ont déjà été expulsées dans le cadre de ce projet de promenade, selon des groupes de défense des droits de l’homme.

Le Chao Phraya ou «fleuve des rois» - qui parcourt 372 km depuis le centre de la Thaïlande pour se jeter dans le golfe de Thaïlande - était autrefois l’artère commerciale et logistique de la capitale.

Il reste encore une voie navigable très fréquentée, les impressionnantes barges croisant les petits traversiers et autres bateaux-taxis qui transportent des milliers de passagers chaque jour. Des centaines de personnes vivent depuis des décennies dans les maisons de bois sur pilotis qui bordent les rives du fleuve.

Avec un record de 39 millions de touristes l'année dernière, Bangkok est la ville la plus visitée du monde, et les développeurs se sont tournés vers la rivière pour attirer encore plus de visiteurs, construisant de nouveaux centres commerciaux et convertissant les anciens entrepôts en cafés et galeries d'art à la mode.

Selon la BMA, la promenade présentait l’avantage de faire table rase des empiètements illégaux et d’ouvrir la rivière et ses monuments historiques au public avec des parcs, des pistes cyclables et des passerelles.

Mais les urbanistes et les architectes estiment que les autorités n'ont pas bien évalué tout l’impact que ce projet pourrait avoir dans son ensemble sur la ville, où les inondations sont déjà fréquentes pendant la mousson.

"C’est bien plus qu'une simple passerelle – il s’agit d’une construction massive à même le fleuve, qui rétrécira son lit et affectera son débit, et de fait augmentera le risque d'inondation", souligne Yossapon Boonsom, architecte paysagiste.

"La BMA a maintenant une nouvelle chance de consulter les professionnels et de trouver une voie meilleure", estime Yossapon, membre de Riverside Assembly, un groupe de planificateurs, d'architectes et de militants engagés dans la conservation du Chao Phraya
 

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