Samedi 24 octobre 2020

Un jeune millionnaire thaïlandais défie la junte en lançant son parti

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 16/03/2018 à 00:00 | Mis à jour le 27/03/2019 à 02:54
Photo : LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP - Thanathorn Juangroongruangkit et Piyabutr Saengkanokkul co-fondateurs du parti "Future forward" ("En avant l'avenir") lors de son lancement le 15 mars 2018
Future forward party

Un jeune millionnaire thaïlandais a lancé jeudi un défi à la junte militaire au pouvoir en créant son parti politique, à l'approche d'élections promises pour début 2019.

"Ce que je vois, c'est une société au bord de l'effondrement", a confié à l'AFP Thanathorn Juangroongruangkit, novice en politique de 39 ans qui s'occupait jusqu'à présent de la gestion du groupe familial, Thai Summit.

Il évoque les coups d'Etat à répétition, les profondes inégalités sociales et le manque d'indépendance de la justice.

"Il y a de fortes chances que je me retrouve en prison... Mais c'est un risque que je suis prêt à prendre", a-t-il ajouté.

Depuis le coup d'Etat militaire de mai 2014 contre le dernier gouvernement civil, plusieurs hommes politiques de premier plan ont eu affaire à la justice. parmi eux, Yingluck Shinawatra, la Première ministre dont le gouvernement a été renversé: elle vit en exil en Angleterre pour échapper à une condamnation largement dénoncée comme politique.

Avant elle, son frère Thaksin, lui aussi Premier ministre, a choisi la voie de l'exil pour échapper à une affaire de corruption qu'il juge politique.

Baptisé "Future forward" ("en avant l'avenir"), l'émergence du parti de Thanatorn, jeune golden boy au look de beau gosse et aux valeurs libérales est très commenté en Thaïlande, faisant les titres des journaux depuis des jours.

C’est au détour d’une conversation nocturne entre Thanathorn Juangroongruangkit et un jeune professeur de droit, Piyabutr Saengkanokkul que le parti est né il y a trois mois.

Ils espèrent parvenir à rassembler les votes des jeunes dans un royaume rongé par les coups d’Etat et la corruption. 

Alors que l'opposition traditionnelle, notamment le Puea Thai des Shinawatra, est en mauvaise posture, avec ses figures de proue en exil, ce nouveau venu suscite tous les espoirs des militants du retour à la démocratie.

Thanatorn "donne de l'air frais", "il n'a pas de bagage politique, pas d'affaire de corruption" contre lui, s'enthousiasme Pavin Chachavalpongpun, politologue en exil et pourfendeur de la junte. C’est aussi grâce à son parcours atypique qu’il compte mener le pays vers un futur plus démocratique. En effet il est à la fois à la tête d’une famille multimilliardaire, coureur d’ultra-marathons et ancien étudiant militant de gauche. 

Plusieurs dizaines de partis nouvellement créés se sont enregistrés en vue des élections promises début 2019, après plusieurs reports. Le problème pour ces nouvelles recrues sur la scène politique thaïlandaise est qu’elles ne sont pas autorisées à faire campagne.

Parti démocratique du Siam, parti pour l'unité de la Thaïlande... la plupart des nouveaux entrants sont des novices en politique venus du milieu des affaires, du milieu universitaire, mais aussi plusieurs partis créés par des agriculteurs du nord et du sud du pays et même une star de Youtube.

La vie politique thaïlandaise était dominée depuis près de 20 ans par le Puea Thai qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001, mais est aujourd'hui affaibli.

Depuis leur arrivée aux manettes, les militaires craignent un retour au pouvoir de la famille Shinawatra, leur bête noire.

Certains analystes n'hésitent pas à voir en Thanatorn le "nouveau Thaksin", millionnaire entré en politique et devenu très populaire dans les zones rurales grâce notamment à ses programmes d'aide sociale. 

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