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Twitter, arme de mobilisation massive d’une demandeuse d’asile

Par AFP | Publié le 10/01/2019 à 00:00 | Mis à jour le 10/01/2019 à 10:52
Photo : https://www.maxpixel.net/Together-Twitter-Facebook-Exchange-Of-Information-292988
Twitter demande d'asile Thailande

Rahaf, une Saoudienne de 18 ans, devait être immédiatement renvoyée depuis Bangkok dans son pays où elle s’estime menacée. Près de 200 tweets plus tard, grâce à la force des réseaux sociaux, les autorités thaïlandaises ont renoncé.

"Vous êtes le vrai pouvoir", a lancé hier la jeune femme aux internautes sur Twitter, alors que la Thaïlande l’a placée, à sa demande, sous la protection du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) qui étudie sa demande d’asile. "Nous souhaitons fournir une plate-forme où les voix marginalisées peuvent être vues et entendues", a déclaré de son côté un porte-parole de Twitter dans un communiqué.

Grâce aux près de 200 tweets qu’elle a postés, Rahaf Mohammad al-Qunun, jeune fille brune vêtue à l’occidentale, est sortie de l’anonymat en moins de 48 heures.

Samedi, en voyage au Koweït avec sa famille, elle décide de fuguer et atterrit à l’aéroport de Bangkok. Elle envisage de rallier dans la foulée l’Australie où elle compte déposer une demande d’asile. Mais elle est arrêtée à son entrée sur le territoire thaïlandais. Les autorités lui notifient son renvoi, la conduisant dans une chambre d’hôtel de l’aéroport où elle doit rester jusqu’à son expulsion, prévue lundi matin.

À l’aide d’une table et d’une chaise, elle se barricade dans la pièce d’où elle poste sur Twitter une multitude de messages et de vidéos désespérés. "Je suis la fille qui s’est enfuie en Thaïlande. Ma vie est en danger si je suis forcée de rentrer dans mon pays", écrit-elle.

Rahaf Mohammad al-Qunun dit craindre que sa famille, qui lui aurait déjà fait subir des violences physiques et psychologiques, ne la tue. Elle fait aussi savoir à une ONG qu’elle souhaite renoncer à l’islam.

Rapidement, une campagne de soutien s’organise sur les réseaux sociaux, notamment sous le hastag #saverahaf. Des internautes demandent aux gouvernements français, allemand, américain ou encore canadien de plaider sa cause. Même l’ambassadeur d’Allemagne en Thaïlande, Georg Schmidt, exprime "ses vives inquiétudes", lui aussi sur Twitter.

Lundi, peu avant midi, le vol KU412 de la compagnie Kuwait Airways, censé ramener la jeune femme, décolle sans elle. Une première victoire de la Toile. Nadthasiri Bergman, une avocate thaïlandaise spécialisée dans les droits de l’homme, dépose alors en urgence un recours pour empêcher son expulsion, rejeté immédiatement.

Mais la pression sur les épaules des autorités thaïlandaises ne faiblit pas. Une pétition lancée sur internet récolte plus de 75.000 signatures.

80.000 abonnés sur Twitter

Et, sur Twitter, plus d’un demi-million de personnes mentionnent le hashtag #saverahaf ou le compte de la jeune femme. Ce dernier, ouvert il y a seulement quelques jours, compte désormais 80.000 abonnés.

Face à cette onde de choc, le chef de la police de l’immigration thaïlandaise, Surachate Hakparn, capitule. Il annonce lundi après-midi que la jeune fille ne sera pas « renvoyée contre son gré », puis qu’elle est placée sous la protection du HCR. Une décision rarissime dans le royaume, qui n’est pas signataire de la convention des Nations unies sur les réfugiés : les demandeurs d’asile sont généralement expulsés en toute discrétion ou attendent des années dans des centres de rétention surpeuplés avant d’être éventuellement envoyés dans des pays tiers.

#savemylife

De plus en plus, les réseaux sociaux tentent de s’ériger en rempart dans ces affaires très sensibles. En novembre, Hakeem Alaraibi, un footballeur bahreïni réfugié politique en Australie, avait été arrêté dans un aéroport de Bangkok en raison d’une demande d’extradition de l’émirat. Depuis le centre de détention de l’aéroport, il avait envoyé plusieurs clichés sur WhatsApp, repris par les médias du monde entier. Deux mois plus tard, il n’a toujours pas été extradé à Bahreïn et un tribunal de Bangkok doit se prononcer sur son cas.

Les réseaux sociaux aident à "faire passer le message" et "rendent les autorités plus prudentes", estime Nadthasiri Bergman. Surachate Hakparn a lui-même reconnu que Twitter pouvait "attirer l’intérêt de la communauté mondiale", démentant toutefois avoir renoncé à l’expulsion de la jeune femme sous la pression.

L’affaire Rahaf Mohammad al-Qunun est loin d’être terminée. Son père et un de ses frères sont arrivés hier à Bangkok pour tenter de lui parler, tandis que la jeune fille continue, sur Twitter, "à implorer l’aide" de la communauté internationale et a lancé un nouveau hashtag, #savemylife.

AFP/Joe FREEMAN et Sophie DEVILLER
 

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