Dimanche 5 décembre 2021
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La Thaïlande prête à aider des réfugiés de Birmanie mais pas tous

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 31/03/2021 à 02:27 | Mis à jour le 17/04/2021 à 09:15
Photo : REUTERS / Soe Zeya Tun - Un blessé fuyant les violences en Birmanie est transporté sur une civière pour recevoir des soins dans le village frontalier de Mae Sam Laep, dans la province thaïlandaise de Mae Hong Son, 30 mars 2021
Refugies evacues de Birmanie a Mae-Hong-Son

Le Premier ministre thaïlandais a expliqué mardi que son pays est prêt à accueillir les réfugiés de Birmanie les plus affectés par les violences sans pour autant accepter tous ceux qui fuient le pays

Sept personnes fuyant les frappes aériennes militaires en Birmanie ont été autorisées à entrer mardi dans un village frontalier de Thaïlande où elles ont reçu des soins, alors que le Premier ministre a affirmé le même jour que les autorités ne repousseraient pas les réfugiés fuyant les violences.

La Thaïlande, qui entretient des relations cordiales avec la Birmanie, a nié les accusations de certains activistes selon lesquelles les autorités auraient repoussé des milliers de personnes tentant de fuir la répression contre les opposants au coup d'État militaire de février.

Dans le village de Mae Sam Laep, dans la province de Mae Hong Son, un responsable de la santé a déclaré que sept personnes arrivées par bateau sur la rivière Salween qui marque la frontière appartenaient à l'ethnie Karen et avaient été blessées dans les offensives de l’armée birmane.

Toutefois, l'armée thaïlandaise continuait de renvoyer la plupart de ceux qui fuyaient la Birmanie estimant que la situation à la frontière était sûre, a déclaré à Reuters un autre officiel de la région, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat.

Mardi, un villageois de Birmanie, Kyaw Lar Bri, a déclaré avoir été touché par des éclats d'obus lors d'une attaque aérienne, samedi, avant de s'enfuir dans la jungle puis d’embarquer plus tard à bord d'un bateau pour traverser la rivière jusqu'à Mae Sam Laep avec les six autres blessés.

"la zone n'est toujours pas sûre et les gens n'osent pas retourner dans leurs villages", a déclaré l’homme de 48 ans.

Une femme soignée en Thaïlande avait des cicatrices et des boursouflures sur le visage.

Lundi, des militants ont accusé la Thaïlande images à l’appui d'avoir repoussé plusieurs milliers de personnes venant de Birmanie.

Le Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-O-Cha a d’abord minimisé mardi la situation de certains groupes tentant de passer la frontière, avant d’expliquer l’approche thaïlandaise vis-à-vis des réfugiés.

"Certains villageois sont arrivés et nous avons demandé quel était leur problème et ils ont dit qu'ils n'en avaient pas – par conséquent pouvez-vous repartir ? Nous ne leur avons pas pointé d’armes au visage, nous nous leur avons même serré la main et nous nous sommes souhaités les uns les autres leur meilleur. C’est humanitaire", a déclaré le chef du gouvernement, au pouvoir depuis le coup d’Etat de 2014.

Sur la problématique des réfugiés de Birmanie dans son ensemble, le Premier ministre a reconnu que "s'il y a de vraies souffrances, nous ne pouvons pas les nier, (…) la Thaïlande a le devoir de fournir un soutien aux personnes en difficulté qui demandent de l'aide". 

"Mais les autorités thaïlandaises ne peuvent pas faire savoir qu'elles accepteront tout le monde, car les responsables de la sécurité aux frontières et les agences connexes doivent d'abord élaborer un plan et des principes pour préserver la sécurité nationale", a-t-il souligné, cité par le journal The Nation.

"Il s'agit d'un problème humanitaire et les deux parties doivent trouver une solution ensemble", a ajouté Prayuth Chan-O-Cha, rappelant que la Thaïlande avait de nombreuses années d'expérience dans l’accueil des réfugiés, ayant abrité plusieurs centaines de milliers de personnes dans des camps aux frontières du Cambodge et de la Birmanie pendant plusieurs décennies. 

Il a précisé qu'un programme de rapatriement pour les 100.000 réfugiés restant dans ces camps avait été suspendu à la suite du coup d'État du 1er février et que les autorités se préparaient à accueillir davantage de personnes qui seront traitées selon les principes humanitaires.

Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Don Pramudwinai, a de son côté fait savoir que la Thaïlande avait demandé aux nouveaux dirigeants militaires birmans de réduire le niveau des violences. 

Interrogé par des journalistes sur le renvoi forcé de réfugiés, le gouverneur de la province de Mae Hong Son, Sithichai Jindaluang, a déclaré: "En principe, l'armée a dit que c'était volontaire".

Et d’ajouter que sur les 2.000 personnes entrées en Thaïlande, beaucoup seraient déjà reparties, et que les autres allaient rentrer dans leur pays au cours des prochains jours, confirmant que sept réfugiés étaient soignés à l'hôpital.

Le gouverneur a par ailleurs indiqué que si la situation s'aggravait, la province mettrait en place un centre ad hoc pour coordonner le soutien du gouvernement aux réfugiés.

De violents affrontements ont encore éclaté ce week-end près de la frontière thaïlandaise entre l'armée et des combattants de la plus ancienne force minoritaire ethnique de Birmanie, l'Union Nationale Karen (KNU), qui dénonce également le coup d'État.

Les forces de sécurité ont tué samedi au moins 141 personnes en s’attaquant aux opposants au coup d'État, dans la journée la plus sanglante depuis le putsch.

La KNU mettait en garde contre de nouvelles attaques, affirmant avoir des renseignements selon lesquels son quartier général à Laywah, où ceux fuyant les zones centrales ont probablement trouvé refuge, serait bombardé. Une source au sein de la KNU a déclaré que des avions de combat avaient survolé la région mardi.

Des gens de Birmanie tentent également d’entrer en Inde, où un État frontalier a retiré un ordre de refuser de la nourriture et des abris aux réfugiés fuyant les violences, selon deux responsables, après que la mesure ait suscité de vives critiques publiques.
 

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