Dimanche 5 décembre 2021
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La Thaïlande nie refouler les réfugiés birmans bloqués à la frontière

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 30/03/2021 à 01:32 | Mis à jour le 30/03/2021 à 01:57
Photo : Burma Rangers gratuits / via REUTERS - Des milliers de Karens en Birmanie ont dû fuir les villages de la zone frontalière avec la Thaïlande, après les frappes aériennes de l'armée birmane.
Exode des refugies Birmans en Thailande

Les autorités thaïlandaises ont nié lundi avoir refoulé plus de 2.000 réfugiés qui avaient fui les frappes aériennes en Birmanie, mais un responsable local a admis que les bloquer à la frontière et leur refuser l'accès aux organisations humanitaires extérieures s'inscrivait dans la politique du Conseil National de Sécurité.

Plusieurs milliers de personnes ont fui la Birmanie au cours du week-end après que des avions de combat ont attaqué des villages dans une zone près de la frontière contrôlée par des forces de l'ethnie Karen qui avaient attaqué un poste militaire.

Mark Farmaner, directeur de Burma Campaign UK, a déclaré à Reuters que plusieurs milliers de personnes avaient été forcées de retourner dans le camp de déplacés de Ee Thu Hta, du côté birman de la frontière, tandis qu'une autre ONG a donné le nombre de 2.009.

Une vidéo tournée par un villageois karen et publiée par Reuters montre des réfugiés embarquant sur des bateaux sous la surveillance de soldats thaïlandais.

"Regardez, les soldats thaïlandais ont dit aux villageois de rentrer. Ici, vous pouvez voir que les personnes âgées doivent rentrer. Regardez là, il y a beaucoup de soldats thaïlandais", commente un villageois karen sur la vidéo. Les autorités ont empêché les journalistes de Reuters d'accéder à la zone.

Le gouverneur de la province thaïlandaise de Mae Hong Son, Thichai Jindaluang, a affirmé devant les journalistes que les réfugiés n'étaient pas repoussés. Les médias officiels ont rapporté qu’ils se trouvaient dans un endroit sûr en bordure de la frontière dans les districts de Mae Sariang et Sop Moei.

"Les autorités thaïlandaises continueront de s'occuper de ceux côté thaïlandais tout en évaluant l'évolution de la situation et les besoins sur le terrain", a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Tanee Sangrat, affirmant également que les informations selon lesquelles les Karens avaient été repoussés étaient inexactes.

"Bloquer ceux qui ont fui"

Mais le chef du district de Mae Sariang, Sangkhom Khadchiangsaen, a déclaré lors d'une réunion sur place que ceux qui fuyaient devraient être bloqués.

"Toutes les agences devraient suivre la politique du Conseil National de Sécurité (CNS), c'est-à-dire que nous devons bloquer ceux qui ont fui et les maintenir le long de la frontière", a-t-il dit.

"L'armée a pour principale responsabilité de gérer la situation sur le terrain et nous ne devons pas permettre aux responsables du HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), aux ONG ou d'autres organisations internationales d'avoir un contact et une communication directs. Ceci est absolument interdit."

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Tanee Sangrat, a déclaré à Reuters qu'il n'avait aucun commentaire à faire sur ce que le chef du district de Mae Sariang avait dit.

Le HCR n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ainsi que le Réseau Karen Européen (European Karen Network), ont critiqué le gouvernement thaïlandais.

Plus de 500 morts

"L’acte cruel et illégal de la Thaïlande doit cesser maintenant", a déclaré Sunai Phasuk, chargé de recherches sur la Thaïlande pour l’ONG internationale Human Rights Watch.

Le Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-O-Cha, lundi, a dit souhaiter que les problèmes de la Birmanie restent là-bas, tout en soulignant que le gouvernement se tenait prêt à accueillir des réfugiés et rejetant les accusations que la Thaïlande soutenait la junte.

"Nous ne voulons pas d'exode, d'évacuation vers notre territoire, mais nous respecterons les droits de l'homme", a déclaré Prayuth aux journalistes à Bangkok.

Les forces de sécurité birmanes ont durement réprimé les manifestations populaires depuis la prise de pouvoir des militaires le 1er février, tuant au moins 510 personnes, selon l'ONG Assistance Association for Political Prisoners (AAPP), basée à Mae Sot.

L'armée a justifié son coup d'État en affirmant que les élections de novembre remportées par Aung San Suu Kyi étaient frauduleuses, une affirmation rejetée par la commission électorale.

L’AAPP a par ailleurs revu à la hausse le bilan de la journée du samedi 27 mars, la plus sanglante depuis le coup d’Etat, portant le chiffre des morts à 141.

Cette journée correspondait avec la traditionnelle Journée des forces armées, qui commémore la résistance contre l'occupation japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. A cette occasion, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hélicoptères ont défilé sur une immense esplanade de Naypyidaw, devant un parterre de généraux des délégations russe et chinoise.
Le vice-ministre russe de la défense, Alexander Fomin, a également fait le déplacement et a rencontré la veille les hauts dirigeants de la junte.

Selon des diplomates, huit pays - la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Vietnam, le Laos et la Thaïlande - ont envoyé des représentants à la parade de la “Journée des forces armées”, mais la Russie a été la seule à y envoyer un ministre.

Les critiques et sanctions occidentales n’ont pour l’instant pas réussi à infléchir l’état-major militaire de même que les manifestations quasi-quotidiennes depuis que la junte a pris le pouvoir et arrêté Aung San Suu Kyi, la dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont le parti a largement remporté les dernières élections en novembre.

Le rapporteur spécial de l’Onu Tom Andrews a estimé qu’il était temps pour la communauté internationale de passer à l’action via le Conseil de sécurité de l’Onu ou à défaut par la réunion en urgence d’un sommet international.

Le plus haut officier militaire américain et près d’une douzaine de ses homologues ont appelé dans un communiqué l’armée birmane à respecter les normes internationales de conduite et souligné qu’elle avait pour responsabilité “de protéger - et non de nuire - au peuple qu’elle sert.”

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