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SOCIÉTÉ — Au pays du sourire, la violence des collégiens reflète des regards tristes

Par Eric DESEUT | Publié le 14/02/2013 à 00:00 | Mis à jour le 19/07/2019 à 02:30

Au cours de l'année 2012, les affrontements entre collèges rivaux de la capitale thaïlandaise ont occasionné chaque mois une centaine d'incidents dont une vingtaine se sont soldés par des décès ou des blessures graves.

En livrant ces chiffres, la police de Bangkok dévoile l'impressionnante collection de machettes, couteaux, faucilles, marteaux et autres sabres de fabrication artisanale confisqués aux étudiants des filières techniques qui concentrent la plupart des accrochages.

Au sein d'une nation aussi fortement structurée par un sens de la hiérarchie qui exacerbe les frustrations il s'agit de défendre à tout prix l'honneur d'écoles perçues comme les parents pauvres du système éducatif.

Un étudiant explique que ces rivalités entre collèges sont historiques et qu'il revient aux nouveaux élèves de prendre le relais pour démontrer leur loyauté. "C'est une sorte de bizutage qui crée une culture du respect des anciens sous le sceau d'une fraternité violente", explique Manit Wongsomboon de la police de Bangkok. "Les élèves sont convaincus qu'ils doivent se battre pour gagner le respect de leurs ainés et cela crée un cercle vicieux de vengeances", dit-il. "Ils s'en prendront à n'importe quel élève d'une école d'où est venue une agression. C'est presque comme une guerre".

L'actuelle augmentation des violences inquiète les autorités qui pointent la responsabilité des réseaux sociaux désormais utilisés pour organiser rassemblements et guet-apens alors que les rixes plus sporadiques d'antan étaient le plus souvent issues de rencontres de hasard. Pour autant Montri Sintawichai, responsable de la Fondation pour la protection de l'enfance, renvoie la balle dans le camp des adultes.

Dans un pays dont la population civile possède environ 10 millions d'armes "les gamins pensent : je dois faire comme papa et maman qui sont respectés parce qu'ils sont armés", estime-t-il. Et de citer un artiste japonais : "la Thaïlande est connue comme le pays du sourire. Certes les Thaïlandais sourient facilement, mais si vous les regardez dans les yeux, ils sont tristes".

E.D.  jeudi 14 février 2013
 

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