Des cigarettes électroniques modifiées avec des drogues circulent en Thaïlande, soulevant l’alarme sanitaire mondiale, alors que le vapotage progresse chez les jeunes, y compris en France.


Les autorités thaïlandaises ont lancé une alerte sur la circulation de cigarettes électroniques « truquées », contenant non seulement de la nicotine mais aussi des substances illicites comme la kétamine ou d’autres narcotiques dangereux pour le cerveau et la respiration. Des analyses ont notamment révélé la présence d’étomidate, un anesthésique puissant réservé à l’usage hospitalier. Ces produits, vendus sans étiquetage clair, exposent les consommateurs à des effets imprévisibles. Ce phénomène intervient dans un pays où les e-cigarettes sont déjà illégales, mais où un marché parallèle continue de prospérer.
Un détournement mondial des dispositifs de vapotage
Le cas thaïlandais s’inscrit dans une tendance plus large : la cigarette électronique est de plus en plus utilisée comme vecteur de drogues. Une étude internationale publiée dans Drug and Alcohol Dependence a montré que près de 40% des utilisateurs interrogés avaient déjà utilisé une e-cigarette pour consommer une autre substance que la nicotine.
Parmi eux :
- 18% pour du cannabis,
- 11,7% pour de la MDMA,
- 10,9% pour de la cocaïne,
- 7,8% pour des cannabinoïdes synthétiques,
- 7,3% pour des opioïdes comme le fentanyl.
Une problématique mondiale : usage en hausse et risques sanitaires
Selon l’Organisation mondiale de la santé, au moins 15 millions d’adolescents dans le monde utilisent des cigarettes électroniques, avec un usage parfois supérieur à celui des adultes dans certains pays.

Le développement de liquides non contrôlés et de produits contrefaits complique la surveillance sanitaire. Contrairement aux e-liquides réglementés, ces versions illicites peuvent contenir des substances psychoactives non déclarées, augmentant les risques d’intoxication aiguë.
En France, vigilance accrue malgré un cadre réglementaire
En France, le vapotage est légal mais encadré : interdiction de vente aux mineurs, limitation du taux de nicotine et obligation d’étiquetage. On estime qu’environ 3 millions d’adultes français vapotent quotidiennement (environ 6% de la population), et près de 37% des Français ont déjà essayé la cigarette électronique.
Concernant les détournements à des fins de consommation de drogues, les données françaises restent incomplètes mais plusieurs signaux existent :
- Des saisies de puffs contenant du THC à des concentrations jusqu’à trois fois supérieures à celles du cannabis classique ont été réalisées sur le territoire.
- Une enquête IFOP de 2024 montre que 14% des vapoteurs déclarent acheter occasionnellement des produits via des circuits non réglementés, ce qui accroît le risque de tomber sur des liquides modifiés.
- Chez les adolescents de 15-16 ans, près de 7% sont vapoteurs sans être fumeurs de tabac, un public particulièrement vulnérable aux expérimentations.
L’alerte lancée en Thaïlande met en lumière une évolution préoccupante : la cigarette électronique, initialement présentée comme outil de réduction des risques liés au tabac, peut devenir un vecteur discret de drogues illicites. Si la France dispose d’un cadre réglementaire plus strict, la progression du marché parallèle et l’attractivité du vapotage chez les jeunes montrent que la question dépasse désormais la seule problématique de la nicotine.












