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Mékong : Les chimistes taïwanais font exploser la production de "meth"

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 27/11/2018 à 00:00 | Mis à jour le 19/07/2019 à 03:46
Photo : Romeo GACAD / AFP - Les policiers thaïlandais font l'inventaire d'une saisie en mai 2018
Saisie de drogue Thailande

Les chimistes taïwanais sont l’un des moteurs de la surabondance de méthamphétamine qui envahit la région du Mékong grâce à leur capacité à perfectionner la recette de manière à éviter de passer sous les radars portés sur d’autres précurseurs chimiques, ont annoncé vendredi des policiers thaïlandais.

Des saisies record, qu’il s’agisse de comprimés de méthamphétamine de basse qualité appelée "yaba" et ou la version plus puissante et plus coûteuse en cristaux, la "crystal meth", ont été effectués cette année par la police thaïlandaise.

Les experts affirment que les barons du "Triangle d’or", principalement dans l’état Wa, territoire auto-administré de Birmanie, produisent des quantités de drogue inédites. Un commerce qui pèse des dizaines de milliards de dollars chaque année, d’autant que la méthamphétamine "Made in Myanmar" parvient jusqu’aux marchés très lucratifs d’Australie et du Japon.

Cette surabondance est en partie due à de nouveaux précurseurs chimiques de drogue moins chers, a déclaré vendredi l'un des plus hauts responsables de la police antidrogue en Thaïlande, attribuant ce changement à l'expertise des chimistes taïwanais qui travaillent avec les syndicats de la drogue.

"Ils utilisent maintenant du cyanure de sodium (une substance utilisée dans chaque fabrique thaïlandaise qui n’est pas contrôlée"), explique le major-général Watchara Thipmongkol, chef de la lutte antidrogue pour le nord de la Thaïlande, où se trouve la partie du royaume qui compose le Triangle d'or.

La Thaïlande contrôle les meilleures substances permettant de produire de la méthamphétamine, notamment le P2P et les médicaments contre le rhume, l’éphédrine et la pseudoéphédrine. Cela signifie que les acheteurs et les vendeurs sur cette filière sont suivis et contrôlés.

Mais l'abondance du cyanure de sodium, meilleur marché, a permis de relever le prix des pilules de "yaba" – puissant stimulant appelé "médicament qui rend fou" - jusqu'à environ 100 bahts (2,7 euros) en Thaïlande.

"Avec des produits chimiques moins chers, ils peuvent produire 100 millions de pilules et, même si seulement 20 millions de pilules parviennent à passer au travers des contrôles de police,... cela vaut le coup", ajoute le général Watchara Thipmongkol.

Les chimistes taïwanais œuvrent depuis longtemps dans le commerce de la méthamphétamine en Asie, soit en tant que "chimistes contractuels", soit en exploitant leur propre laboratoire.

Leur implication dans la région du Mékong est "franchement sans surprise compte tenu des compétences requises pour gérer des laboratoires de méthamphétamine, ainsi que l’expertise et la renommée qu’ils ont acquises au fil du temps dans d'autres régions de l'Asie du Sud-Est", indique Jeremy Douglas, représentant régional de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

Les réseaux de drogue font également preuve de créativité quand il s’agit de trouver de nouveaux moyens de tromper la police, dissimulant la méthamphétamine dans des camions de fruits en Thaïlande, ou profitant des frontières poreuses et de la faiblesse des forces de l'ordre laotiennes sous-financées pour acheminer la drogue vers le sud.

L'argent de la drogue prolifère dans la région - et pourtant, peu de grandes figures font les frais des saisies quasi quotidiennes.

La police thaïlandaise a annoncé la semaine dernière qu'un responsable local, Aka Janoo, avait été arrêté avec 250.000 comprimés à Chiang Rai, porte d’accès des États Wa et Shan, qui abritent d’importants sites de production de drogue côté birman. Néanmoins, les saisies record de précurseurs de drogues sont plus rares.

La Birmanie reconnaît un "important" problème de production de drogue, mais affirme que ses voisins doivent aider à empêcher l'entrée de précurseurs chimiques permettant de la fabriquer.

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