MANIF – Les manifestants défilent à nouveau et testent les nerfs du gouvernement

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 29/04/2010 à 00:00 | Mis à jour le 15/12/2018 à 13:17
Photo : Quentin WEINSANT0 - Près de 2.000 manifestants ont défilé vers le nord de Bangkok avant de se retrouver nez à nez avec les forces de l'ordre sur l'avenue Vibhavadi, près de l'aéroport de Don Muang
manif chemises rouges Thailande

De nouveaux affrontements ont fait 1 mort et 18 blessés hier, dans le nord de Bangkok. Les Chemises rouges ont provoqué le gouvernement en défilant dans la ville, tandis que les forces de l'ordre ont bloqué le convoi pour l'empêcher de renforcer les manifestations dans les provinces. Le Premier ministre a quant à lui évoqué à la télévision la possibilité d'une démission, bien que cette option ne semble encore n'être qu'une solution de dernier recours

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Un important convoi de manifestants anti-gouvernementaux Chemises rouges a quitté hier leur base fortifiée dans le centre de Bangkok pour encourager leurs camarades à la périphérie de la capitale, jouant encore un peu plus avec les nerfs du gouvernement au point d'entrainer de nouveaux affrontements. "Les Chemises rouges ont convenu d'envoyer une unité d'opération pour mener des activités en dehors du site [de protestation] dans la paix et la non-violence", avait alors déclaré l'un des dirigeants du mouvement, Nattawut Saikua. Environ 2.000 manifestants embarqués sur 200 pick-ups et 500 motos ont quitté dans la matinée le carrefour Ratchaprasong pour rejoindre le nord de Bangkok, au marché de Talad Thai. "Nous allons offrir un soutien moral aux résidents, et nous allons rencontrer et parler aux gens le long de la route", avait alors précisé Nattawut. Toutefois, des affrontements ont éclaté lorsqu'environ 900 soldats et militaires ont tenté de retenir les manifestants en faisant des tirs de sommation près de l'aéroport de Don Muang, sur l'avenue Viphavadi, puis en visant les Chemises rouges avec des balles en caoutchouc. Selon le dernier bilan des services d'urgence, cet accrochage a fait un soldat tué d'une balle dans la tête et 18 blessés. Selon une source anonyme du Bangkok Post, le soldat aurait été tué par le tir ami d'un autre soldat, alors qu'il conduisait une moto. Le Centre de résolution des situations d'urgence (CRES) a par ailleurs annoncé dans la soirée avoir arrêté 14 leaders du mouvement, sans pour autant donner de détails. Il a aussi révélé avoir confisqué 62 grenades de modèle M79 retrouvées sur une moto près de l'endroit où les affrontements ont eu lieu. La crise, qui dure depuis la mi-mars, semble désormais complètement engluée et s'étend en province où plusieurs opérations des Rouges ces derniers jours ont tenté d'empêcher les forces de l'ordre d'envoyer des renforts.

Le gouvernement multiplie les menaces

Les soldats déjà présents continuent quant à eux de garder la capitale, qui est sous état d'urgence depuis le 7 avril, et a connu en près de trois semaines les affrontements les plus sanglants depuis 18 ans, qui ont fait à ce jour 27 morts et près de 1.000 blessés. Le porte-parole de l'armée, Sunsern Kaewkumnerd, avait précédemment averti que les manifestants pourraient faire face à des tirs de balles réelles en cas d'opération militaire, et avait précisé que des postes de contrôle avaient été placés pour empêcher les gens d'amener des armes dans la zone de confrontation. Une position qu'il a réitérée et précisée mardi soir. "Si un attaquant vient dans un périmètre de 100 mètres, les autorités jetterons des grenades lacrymogènes, mais s'il se rapproche a moins de 30 mètres, les fusils pourront être utilisés", a-t-il prévenu, cité hier par The Nation. "Nous allons faire en sorte que les responsables opérationnels comprennent qu'ils doivent essayer de ne pas prendre de vie. Toutefois, ils devront agir en conformité avec la situation", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre évoque avec prudence une démission

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision BBC World service, le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva a assuré qu'il renoncerait à ses fonctions s'il était convaincu de nuire à la stabilité de la Thaïlande, laissant entendre que la crise dépasse désormais le cadre de solutions à court terme. Interrogé sur la question de savoir s'il pourrait démissionner s'il pensait être un obstacle à la stabilité et au rétablissement du Royaume, il a répondu : "bien sûr, je n'ai jamais placé mes intérêts au dessus de ceux de mon pays, mais nous devons convenir en ce moment que les problèmes que nous voyons ne sont pas purement politiques". Ce dernier a néanmoins précisé que la stabilité était aussi menacée par d'autres problèmes, et qu'il devait faire face à des questions sécuritaires et terroristes, bottant la balle en touche. De plus, Abhisit a souligné qu'il n'avait pas l'intention d'imposer la loi martiale pour réprimer les manifestants. "La loi martiale devrait être déclarée par l'armée et ce n'est pas en mon pouvoir. En ce moment, elle n'a pas l'intention de le faire", a-t-il assuré. Par ailleurs, les manifestants anti-UDD des "sans couleurs" ont annoncé hier vouloir annuler leurs manifestations futures, tandis que l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), alias les "Chemises jaunes", a annoncé vouloir rallier aujourd'hui 40 bases militaires en Thaïlande pour déposer une pétition et demander aux soldats de remplir leur devoir et de restaurer l'ordre dans le Royaume.

Plusieurs ambassades ont émis des alertes et conseillent désormais aux voyageurs de faire preuve d'une extrême prudence. L'ambassade britannique et celle du Canada conseillent à leurs ressortissants "d'éviter tout voyage non-essentiel dans le Royaume de Thaïlande en raison de manifestations politiques d'une ampleur grandissante, qui ont été marquées par de la violence, des morts et des blessés", évoquant notamment la nature volatile de la situation. L'ambassade de France, quant à elle, évoque une situation très tendue et demande aux Français présents à Bangkok d'éviter les zones de manifestation, et de faire preuve d'une extrême vigilance lors de leurs déplacements.

Lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP jeudi 29 avril 2010

Voir les Conseils aux voyageurs de l'Ambassade France à Bangkok (28/04/2010)

Le Général Khattiya se déclare commandant de l'armée rouge
Après plusieurs semaines de silence, le général renégat Khattiya Sawasdipol, alias Seh Daeng, revient sous les feux des projecteurs pour se déclarer publiquement commandant des troupes rouges. Il est le seul à pouvoir se balader en uniforme militaire au milieu des Chemises rouges, et ne cache désormais plus son rôle dans la bataille qui oppose les manifestants au gouvernement. Seh Daeng se surnomme lui-même "commandant" du Front uni pour la démocratie contre la Dictature (UDD), en prévision d'une opération militaire qui viserait à disperser les manifestants rassemblés au carrefour Ratchaprasong. Il a annoncé que les barricades, construites de pieux de bambous aiguisés et de pneus usagés, ont été aspergées d'essence pour pouvoir les transformer en mur de feu pour ralentir ou stopper les forces de l'ordre. Selon lui, la disposition des barricades ont été inspirées des fortifications utilisées dans la guerre entre la Birmanie et le Siam (1785-86) sous le règne du roi Rama I. "Les murs ont été construits par la sagesse populaire", a annoncé Seh Daeng, cité hier par le Bangkok Post. "Des barricades similaires sont installées à Pratunam, Siam Square et Chitlom, et sont défendues par plus de 2.000 agents de sécurité", a-t-il ajouté. Selon lui, un millier de gardes aux couleurs rouges ont été recrutés et devraient suivre une formation de deux mois dans un lieu tenu secret, tandis que des renforts devraient recevoir des ordres spécifiques à partir de vendredi, sans donner plus de détails. En plus des barricades, les manifestants se sont équipés de roquettes de bambous (Bangfai) pour repousser les hélicoptères. L'ancien général Khattiya est une véritable icône chez les Chemises rouges, et avait été suspendu en janvier après qu'un comité d'enquête avait révélé qu'il avait payé loyauté à l'UDD.

Q.W. jeudi 29 avril 2010

Le Parti Démocrate risque toujours la dissolution
La Cour constitutionnelle a accepté hier d'examiner la recommandation de la Commission électorale sur la dissolution du Parti démocrate pour un prétendu détournement de fonds publics. "Lors d'une réunion ce matin la Cour a accepté d'étudier l'affaire contre les démocrates déposée par la Commission électorale", a expliqué un fonctionnaire. La défense a désormais 15 jours pour déposer son dossier. La Commission électorale avait appelé plus tôt dans le mois à une dissolution du parti du Premier ministre Abhisit Vejjajiva pour des accusations de donation illégale lors des élections en 2005, et pour l'utilisation abusive d'une subvention de la commission. Le parti est notamment suspecté d'avoir reçu une donation privée irrégulière de 258 millions de bahts (5,9 millions d'euros), alors que la limite est fixée à 10 millions de bahts.

Q.W. jeudi 29 avril 2010

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