LESE-MAJESTE - La Thaïlande sous le feu des critiques de l’ONU

Par Agence France Presse | Publié le 06/02/2017 à 23:00 | Mis à jour le 03/10/2019 à 03:22

La Thaïlande doit cesser d'utiliser la loi contre le lèse-majesté comme un outil de répression politique, demandent les Nations unies, qui mettent en avant le cas d'un étudiant en détention pour avoir partagé sur internet un article sur le nouveau roi.

Un haut responsable des Nations Unies a fortement critiqué mardi le premier cas de lèse-majesté porté devant la justice thaïlandaise depuis l'intronisation du nouveau roi Vajiralongkorn, estimant qu'aucun personnage public ne devait être au-dessus des critiques.

Jatupat Boonpatararaksa, étudiant militant pro-démocratie connu sous le nom de Pai, a été arrêté début décembre pour avoir partagé sur internet un article de la BBC Thai sur le nouveau roi (lire notre article).

Des milliers de personnes ont partagé cet publication et écrit en thaï mais seul Jatupat Boonpatararaksa, connu sous le nom de Pai, a été arrêté.

Il s'agit du premier dossier de lèse-majesté concernant le nouveau monarque Maha Vajiralongkorn, monté sur le trône le 1er décembre quelques semaines après le décès de son père, qui a régné 70 ans.

Plusieurs demandes de libération sous caution ont été entendues à huis clos par la justice et il risque jusqu'à 15 ans de prison s'il est condamné.

"Les personnalités publiques, y compris celles exerçant les plus hautes fonctions politiques, doivent pouvoir être critiquées", rappelle le rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'expression, David Kaye, dans un communiqué, tout en se disant préoccupé par le recours aux audiences secrètes.

"Les clauses concernant le crime de lèse-majesté du code pénal thaïlandais sont incompatible avec les lois internationales sur les droits de l'Homme", ajoute-t-il.

Connue sous le nom d'"article 112", la très stricte loi thaïlandaise sur le crime de lèse-majesté prévoit de 3 à 15 ans de prison pour quiconque diffame le roi, la reine, son héritier ou le régent.

Les rares médias, y compris internationaux, évoquant ces affaires ne donnent aucun détail des accusations de crainte de tomber sous le coup de la loi eux-mêmes. Les arrestations et les condamnations peuvent être racontées mais pas les détails des accusations car cela peut être considéré comme une violation de la loi.

"De telles lois n'ont pas de place dans un pays démocratique" a insisté David Kay en appelant la Thaïlande à les révoquer.

Evidemment, les chances que cela se produise sont minces dans un pays dirigé par des généraux ultra-royalistes qui ont formé en 2014 le gouvernement le plus autoritaire que le royaume ait connu depuis des décennies.

Depuis l'arrivée au pouvoir des militaires après un coup d'Etat en mai 2014, les poursuites pour crime de lèse-majesté se sont multipliées et les sanctions alourdies.

Mais les autorités ont peu de contrôle sur ce qui est écrit ou dit hors du pays, les Thaïlandais, réputés pour être hyperconnectés, ont donc accès aux critiques ou tout simplement à des faits qui dérangent l'establishment.

Dans l'article partagé par Pai, la BBC livre des détails sur le nouveau roi, dont la vie tumultueuse est souvent évoquée dans l'intimité par les Thaïlandais mais jamais commentée dans les journaux ou sur les réseaux sociaux.

Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères a indiqué qu'il ne pouvait s'exprimer sur le dossier de Pai car l'affaire était en cours.

Mais il a défendu la loi de lèse-majesté en soulignant que "les droits ne son pas absolus" et que des poursuites sont engagées lorsque les commentaires "perturbent l'ordre public et l'harmonie sociale".

En août 2015, un homme a été condamné à 30 ans de prison et une femme à 28 ans après avoir publié sur Facebook des messages jugés insultants pour la famille royale.

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