JUSTICE — Nouvelle indulgence pour le jeune tueur à la Mercedes

Par Eric DESEUT | Publié le 07/03/2013 à 00:00 | Mis à jour le 16/03/2019 à 06:08

Condamné pour homicide involontaire après avoir foncé sur des passants au volant de sa Mercedes en 2007, le fils d'une ex-Miss Thaïlande vient de voir sa peine réduite à 2 années de prison avec sursis par une Cour d'appel -tandis que le dossier de l'héritier Red Bull est finalement transmis au ministère public.

En 2009, Kanpitak Pachimsawat avait été initialement condamné à 10 années de réclusion par la Cour de Phra Khanong qui avait alors écarté les arguments de ses avocats plaidant la fragilité psychologique de leur client incapable de se contrôler sous l'effet du stress. Mais c'est cette ligne de défense qui a été finalement validée cette semaine par la Cour d'appel. Le jeune homme aujourd'hui âgé de 24 ans n'a pas encore goûté aux geôles du royaume puisque sa famille fortunée avait prestement déboursé une caution de 6 millions de bahts après l'accident. Le fait-divers avait provoqué une telle émotion que Kanpitak est désormais célèbre sous son surnom de Mu Ham. Après un banal accident de la circulation et une altercation avec un chauffeur de bus qu'il avait agressé, Mu Ham avait délibérément dirigé sa puissante berline allemande sur un groupe de personnes. Bilan : un mort et sept blessés.

Une sentence de deux années de prison avec sursis semble constituer la norme pour les jeunes privilégiés qui transforment leurs véhicules de luxe en armes mortelles. C'est la peine dont avait bénéficié une jeune aristocrate de 17 ans qui avait causé la mort de neuf personnes après avoir conduit à vive allure et sans permis. Désormais largement commenté sur les réseaux sociaux, ce type de fait-divers ne passe plus inaperçu et cause un ressentiment croissant au sein de la population thaïlandaise lassée par le traitement de faveur accordé au cénacle des privilégiés. La blogueuse Kaewmala en déroule le menu : confortable délai pour se préparer à l'interrogatoire, convocation au poste de police à sa convenance, indulgence sans limites pour les contingences personnelles telles que maladies soudaines ou visites au cimetière, libération sous caution accordée quels que soient la gravité des chefs d'inculpation, sentences allégées et sursis quasi systématiques.

Ce sont donc des Thaïlandais désabusés qui ont appris mercredi 6 mars que la police de Thong Lor a finalement transmis le dossier du petit-fils du créateur de la boisson énergisante Red Bull au ministère public. Le procureur décidera d'une éventuelle mise en examen. Selon le Bangkok Post les enquêteurs ont retenu les seuls chefs d'inculpation de conduite négligente ayant entrainé la mort et délit de fuite. La référence à l'alcoolémie semble avoir disparu du dossier bien que les tests se soient révélés positifs. Il est vrai que le jeune Worayuth Yoovidhya avait tergiversé pendant de longues heures avant de daigner recevoir les enquêteurs. Ses avocats peuvent donc prétendre qu'il a bu seulement après l'accident pour noyer son désespoir. Il avait aussi profité de ce répit pour tenter de faire porter le chapeau au chauffeur de la famille après avoir tué un policier motocycliste alors qu'il fonçait sur l'avenue Sukhumvit au volant de sa Ferrari le 3 septembre 2012.

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